HEXANA, OTRERA, MGH Energy : plusieurs milliards d’euros de projets autour de Marcoule et L’Ardoise

La visite de Carole Delga à Laudun-l’Ardoise a permis de mettre en lumière plusieurs projets susceptibles de transformer profondément le paysage industriel du Gard rhodanien. Petits réacteurs nucléaires modulaires, carburants de synthèse et production d’énergie bas carbone pourraient se compléter à l’horizon 2030.
Trois noms ont particulièrement rythmé les échanges : HEXANA, OTRERA et MGH Energy. Trois projets différents mais potentiellement complémentaires autour d’un même objectif : produire une énergie bas carbone et l’utiliser directement pour décarboner l’industrie et les transports.
HEXANA développe une plateforme énergétique reposant sur des petits réacteurs modulaires de quatrième génération. Son concept associe deux réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium à un système de stockage thermique. Il doit permettre de produire à la fois de l’électricité et de la chaleur à haute température.
L’entreprise souhaite travailler directement avec les industriels afin d’identifier leurs besoins énergétiques et de proposer une production adaptée. Le Gard rhodanien présente selon elle une combinaison particulièrement favorable : culture historique du nucléaire, compétences industrielles, présence du CEA Marcoule, foncier disponible et forte mobilisation politique.
Les premiers salariés doivent pouvoir s’appuyer sur des bureaux mis à disposition par l’Agglomération du Gard rhodanien. L’entreprise prévoit parallèlement d’investir quelque 50 millions d’euros au cours des trois prochaines années. La phase de construction pourrait mobiliser jusqu’à 3 500 personnes, tandis que l’exploitation représenterait environ 300 emplois sur le site.

Autre acteur évoqué : OTRERA, qui développe également un réacteur nucléaire de quatrième génération à neutrons rapides refroidi au sodium. EDF est entré au capital de l’entreprise en 2026, aux côtés de plusieurs grands industriels français.
L’entreprise a présenté son ambition d’implanter à Marcoule un site précurseur à l’horizon 2032-2035. L’investissement évoqué atteindrait environ 1,5 milliard d’euros. Le projet entend capitaliser sur plusieurs décennies d’expérience française dans les réacteurs à neutrons rapides.
Sa technologie permettrait de produire de l’électricité mais aussi de la chaleur industrielle, autour de 150 degrés pour certains usages et jusqu’à 500 degrés pour les procédés nécessitant de hautes températures. L’installation aurait également vocation à rester compacte, avec une emprise annoncée inférieure à dix hectares.
À quelques kilomètres, MGH Energy prépare la reconversion de l’ancienne friche industrielle d’ArcelorMittal à Laudun-l’Ardoise.
Le projet représente un milliard d’euros d’investissement et prévoit une unité de production de carburants de synthèse destinée notamment au transport aérien et maritime. La future usine doit produire jusqu’à 70 000 tonnes d’e-kérosène et 50 000 tonnes d’e-méthanol par an, avec une mise en service visée en 2031. Environ 200 emplois permanents sont annoncés en phase d’exploitation.
Cette production nécessitera environ 2 TWh d’électricité par an selon les éléments présentés lors de la rencontre. C’est ici qu’apparaît la complémentarité possible entre le projet de carburants de synthèse et de futurs moyens de production nucléaire.
L’idée défendue à Laudun-l’Ardoise est ainsi de construire une chaîne complète : produire localement de l’énergie bas carbone, fournir cette énergie à l’industrie puis la transformer en carburants décarbonés.
Ces projets s’appuient sur l’environnement particulier du CEA Marcoule. Sa direction a rappelé que l’enjeu consistait aussi à « pérenniser l’existant ». Le site reste un centre majeur de recherche et d’innovation autour du cycle du combustible, du recyclage des matières nucléaires et du démantèlement.
Le futur centre de formation Invictus doit encore renforcer cette position en proposant, à partir de la fin 2027, des formations à différents métiers du nucléaire et du démantèlement.
Pour Carole Delga, l’existence simultanée de ces projets démontre la capacité du territoire à accueillir une nouvelle phase de réindustrialisation. À cela s’ajoute la candidature du Tricastin pour accueillir deux futurs réacteurs EPR2, soutenue par un comité stratégique réunissant les acteurs du Gard, du Vaucluse, de la Drôme et de l’Ardèche.
Entre EPR2, SMR, recherche nucléaire, carburants de synthèse et énergies renouvelables, le Gard rhodanien ne veut donc plus seulement défendre son patrimoine industriel. Il souhaite devenir l’un des territoires où se construira la transition énergétique française des prochaines décennies.


