Ressource en eau : le Gard rhodanien veut anticiper plutôt que subir

Après les enjeux industriels et énergétiques, la seconde partie de la visite de Carole Delga à Laudun-l’Ardoise a été consacrée à un autre défi majeur pour l’avenir du Gard rhodanien : la ressource en eau. Agriculture, eau potable, lutte contre les incendies, stockage et interconnexion des réseaux ont été au cœur des échanges.
Dans un territoire où l’agriculture représente près de 44 % des surfaces et les forêts et espaces naturels environ 46 %, la question de l’eau dépasse largement le seul enjeu agricole. C’est le message qu’ont voulu faire passer les élus et professionnels réunis autour de Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, de Denis Bouad, sénateur du Gard, de Ludovic Di Rollo, maire de Laudun-l’Ardoise, de Cédric Clémente, maire de Lirac et président des Communes forestières du Gard, ou encore des représentants du monde agricole.
« Il va falloir que l’on ait les équipements, localement et nationalement, pour combattre le feu », a notamment insisté Ludovic Di Rollo.
« Une culture citoyenne de l’eau »
Carole Delga a rappelé que le Gard faisait partie des territoires qui avaient très tôt pris conscience de la nécessité d’organiser le partage de la ressource, notamment à travers la création de BRL et l’utilisation de l’eau du Rhône pour alimenter plusieurs territoires du Gard, de l’Hérault et des Pyrénées-Orientales.
Mais face à l’accélération du changement climatique, la présidente de Région estime qu’il faut désormais aller beaucoup plus loin.
« Nous avons des épisodes pluvieux de plus en plus rares mais de plus en plus violents », a-t-elle souligné, rappelant notamment la sécheresse exceptionnelle connue par les Pyrénées-Orientales, où certaines communes ont dû être approvisionnées par camions-citernes.
La multiplication des incendies constitue également une préoccupation grandissante. Pour Carole Delga, eau, forêt et agriculture doivent être pensées ensemble. « Une terre cultivée est le meilleur pare-feu à la propagation de l’incendie », a-t-elle rappelé.
La présidente de Région souhaite ainsi développer une véritable « culture citoyenne de l’eau », considérée comme « un bien rare et précieux ».
Interconnecter les réseaux pour disposer d’un « plan B »
Parmi les pistes mises en avant figure celle d’un meilleur maillage des réseaux. L’objectif est de permettre aux territoires de disposer de solutions alternatives lorsqu’une ressource vient à manquer.
« Un maillage permet d’avoir un plan B », résume Carole Delga.
La réutilisation des eaux usées traitées constitue une autre voie à développer. Plusieurs exemples existent déjà en France, avec des centaines d’hectares agricoles irrigués à partir de l’eau issue de stations d’épuration.
« Il faut se battre pour avoir une réutilisation plus forte », estime la présidente d’Occitanie, qui défend également la création de retenues collinaires capables de récupérer une partie des précipitations lors des épisodes méditerranéens et d’éviter que toute cette eau ne rejoigne directement les cours d’eau puis le Rhône.
Elle souhaite que l’Occitanie puisse devenir une région expérimentale en matière de gestion de l’eau, avec des procédures administratives simplifiées et des moyens financiers renforcés.
« Aujourd’hui, les procédures sont un véritable parcours du combattant », regrette-t-elle. Elle dit avoir écrit au préfet de région pour demander davantage de souplesse afin de permettre aux projets d’aboutir plus rapidement.
« L’eau est vitale et transversale »
Pour Cédric Clémente, maire de Lirac et président des Communes forestières du Gard, le sujet est désormais central dans toutes les politiques d’aménagement.
« L’eau a été, est et sera vitale et transversale dans l’aménagement du territoire », a-t-il insisté.
Elle sert bien sûr à l’alimentation en eau potable, mais aussi à maintenir une agriculture active, à lutter contre les incendies et à protéger les paysages.
Dans le Gard rhodanien, la progression des friches agricoles inquiète particulièrement. Plus de 2 300 hectares seraient aujourd’hui concernés, tandis que la forêt a gagné plusieurs milliers d’hectares au détriment des espaces agricoles au cours des dernières décennies.
Pour Cédric Clémente, l’entretien des terres joue pourtant un rôle direct dans la lutte contre les incendies. Il cite notamment les vignes et les obligations légales de débroussaillement qui ont permis, à plusieurs reprises, de ralentir ou stopper des feux à proximité de zones habitées, comme à Roquemaure.
« Si on n’anticipe pas aujourd’hui, nous n’y arriverons pas demain », prévient-il.
L’Agglomération du Gard rhodanien travaille ainsi à une réflexion territoriale plus large visant à sécuriser l’eau potable, l’agriculture mais aussi l’eau brute destinée notamment à la défense contre les incendies.
Le paradoxe local est régulièrement souligné : le Rhône est tout proche, mais certains secteurs souffrent pourtant d’un accès insuffisant à la ressource.
BRL, « une solution parmi d’autres »
Fabrice Verdier a rappelé à ce titre l’expérience du réseau BRL. La réalisation d’Aqua Domitia avait nécessité onze années, notamment en raison de procédures administratives particulièrement lourdes.
« Nous avons l’ingénierie nécessaire pour acheminer l’eau et sauver des exploitations qui, sans BRL, n’auraient peut-être pas pu continuer à vivre », a-t-il expliqué.
Mais BRL ne saurait être considéré comme l’unique réponse : « C’est une solution parmi d’autres. »
Stockage, retenues, interconnexions, économies d’eau, réutilisation des eaux usées et adaptation des pratiques agricoles doivent fonctionner ensemble.
Un projet qui dépasse désormais la seule viticulture
Cette réflexion s’inscrit également dans le travail engagé depuis plusieurs années par l’association des Porteurs d’eau, créée en 2021 autour de plusieurs syndicats viticoles des Côtes-du-Rhône : Signargues, Tavel, Lirac, Chusclan, Laudun, Saint-Gervais et Côtes-du-Rhône.
À l’origine, la démarche visait principalement à étudier la possibilité d’un captage d’eau brute depuis le Rhône afin de sécuriser les exploitations viticoles confrontées au changement climatique.
Mais les porteurs du projet ont rapidement constaté qu’ils ne pouvaient assumer seuls un chantier d’une telle ampleur.
Ils se sont alors tournés vers les collectivités et les élus locaux pour porter une première phase d’études.
Aujourd’hui, le projet a changé de dimension.
« Nous ne sommes plus sur un projet purement agricole, mais sur un véritable projet de territoire », ont insisté ses défenseurs.
Car derrière l’irrigation se jouent aussi l’avenir des paysages, la prévention des incendies, le maintien de l’activité économique, la sécurité de l’alimentation en eau et l’attractivité touristique.
Denis Bouad appelle à « jouer ensemble »
Denis Bouad a lui aussi plaidé pour une approche collective. L’ancien président du Département a rappelé avoir lancé, il y a une dizaine d’années, un schéma départemental de l’eau brute.
« En dix ans, nous n’avons peut-être pas fait suffisamment. Il faut maintenant prendre le taureau par les cornes », a-t-il estimé.
Selon lui, le changement climatique oblige désormais à décloisonner les territoires et à partager les bonnes pratiques.
« Quand chacun travaille bien dans son coin mais n’échange pas avec son voisin, alors que nous avons les mêmes problématiques, nous perdons du temps. Si on ne joue pas ensemble, on ne réussira pas. »
Une philosophie largement partagée par Carole Delga, qui souhaite que les limites administratives ne deviennent pas un frein à l’action.
Agriculture, eau potable, forêt, incendies et développement économique sont désormais étroitement liés. Et pour les acteurs réunis à Laudun-l’Ardoise, la priorité est claire : ne pas reproduire les retards accumulés au cours des dernières décennies.
Car sur la question de l’eau, le constat est désormais partagé : le Gard rhodanien ne peut plus se permettre de rater le prochain train.



