Emmanuel Marc, une vie à entreprendre au rythme de Bagnols-sur-Cèze

C’est un mercredi, jour de marché. Emmanuel Marc m’accueille chez lui, des journaux sur la table, vêtu d’un polo noir brodé « L’Aveyron, vivre vrai », son foulard rouge autour du cou.
Car être vrai, c’est bien ce qui le caractérise, « Manu ». Restaurateur, sportif, commerçant, inventeur, animateur et entrepreneur infatigable, Emmanuel Marc a traversé plusieurs décennies de vie locale sans jamais vraiment tenir en place. Né le 24 décembre 1933 à Montpellier dans une fratrie de six, il a aujourd’hui derrière lui un parcours professionnel hors norme, fait de rencontres, de rebondissements et d’une philosophie de vie.
Dans ses mémoires qu’il a rédigé après ses 90 ans, il résume une existence menée selon ses propres choix, tout en gardant une conviction forgée très jeune, dès son entrée dans le monde du travail : « j’ai toujours fait ce que j’ai voulu, comme j’ai voulu, quand j’ai voulu, et où j’ai voulu. »
À 16 ans, en 1949, il entre dans le monde du travail comme manutentionnaire aux établissements Anduze, spécialisés dans les accessoires automobiles. Deux ans plus tard, il devance l’appel et effectue son service militaire au 29e bataillon du Génie, à L’Ardoise. C’est là que son histoire se rapproche définitivement du Gard rhodanien. En 1953, au Bar des Sports de Bagnols, il rencontre, grâce à un morceau de chocolat, celle qui deviendra son épouse : Madeleine Parat, « Mado ».
Emmanuel Marc rejoint ensuite Esso. Avec son épouse, il travaille à Marseille puis prend la gérance d’une station-service à Sénas, sur la Nationale 7. Déjà, il multiplie les activités : correspondant de presse, footballeur, pongiste. En 1960, il revient à Bagnols pour exploiter un dépôt de bières et boissons. Puis viennent une guinguette-camping au bord de l’Ardèche, le commerce, la représentation et même un élevage de plusieurs milliers de poules pondeuses à Combes, sur la commune de Sabran.
Mais la restauration va progressivement devenir son fil rouge. En 1971, César Midena lui propose de participer au lancement de Lou Pascalou, à La Roque-sur-Cèze. Lorsque le couple de cuisiniers quitte les lieux, Manu passe derrière les fourneaux. Une vocation se confirme, nourrie par les souvenirs de la cuisine aveyronnaise de sa grand-mère. Manu devient cuisinier presque par nécessité, avant d’en faire l’un des grands chapitres de sa vie.
Parallèlement, il s’impose déjà comme une figure de la vie bagnolaise. Passionné de sport, il crée l’Olympique Bagnolais de volley et pratique la pétanque à haut niveau local, jusqu’à participer aux championnats de France en 1968. Son surnom de « Capitaine » lui reste. En 1974, il se lance même dans la création des arènes La Cocarde, route d’Avignon à Bagnols.
La Halle Bagnolaise, le restaurant La Calèche, une activité forestière à L’Ardoise, les chaudières industrielles, puis les VTT jalonnent les années suivantes. Au début des années 1990, il imagine le « Vélo Kangourou », une drôle de machine entre vélo et trottinette. L’invention est présentée dans des foires, à Paris, à Miami et jusque sur les plateaux de télévision.
Après plusieurs années dans le nord de la France, Emmanuel Marc revient à la restauration. Il tient notamment L’Estaminet de l’Aveyron, puis La Belle Époque à Tauves, dans le Puy-de-Dôme.
Au début des années 2010, il revient aux sources avec L’Aveyronnais, un restaurant aux saveurs de Rouergue, profondément ancré dans ses racines familiales, du côté de son père.
« Début juillet donc, j’ouvrais le restaurant avec l’aligot, la truffade, le chou farci, le tripoux, la tête de veau, le foie de veau persillé et en desserts, la pachade, les crèmes brulées… »
« Je tenais également à mentionner Natacha, qui m’a accompagné 24 ans durant, depuis l’Estaminet à Béthune, jusqu’à la fermeture de l’Aveyronnais à Bagnols-sur-Cèze. »
Une vie bien remplie donc. Des anecdotes à foison, des souvenirs émus que Manu a encré dans ses mémoires en espérant que ceux qui, comme lui n’ont pas de diplôme, certificat d’études où brevet compris, « pourront espérer s’accomplir dans la vie et ne pas croire qu’ils n’en sont pas capables. »



