Au lycée Einstein, l’école et l’industrie nucléaire unies pour construire l’avenir des jeunes

Le lycée polyvalent Albert Einstein de Bagnols-sur-Cèze a accueilli, ce jeudi 5 février, une séquence forte autour de l’orientation, de la formation et de l’emploi, à l’occasion de la visite d’Hélène Derrien, directrice des ressources humaines du groupe Orano. Une rencontre placée sous le signe du rapprochement entre le monde éducatif et celui de l’industrie, dans un contexte de profonds enjeux démographiques, économiques et sociétaux.
Un campus mobilisé pour la jeunesse
Proviseure du lycée Einstein et directrice du campus des métiers et des qualifications, Anne-Sophie Gréselle a ouvert les échanges en rappelant le sens de cette mobilisation collective. « Nous partageons tous le même enjeu pour nos jeunes : comment aller les chercher dès le collège et les accompagner jusqu’au post-bac, voire au-delà », a-t-elle souligné. Forte de 36 ans de carrière dans l’Éducation nationale, elle revendique une vocation tournée vers l’action et l’utilité sociale, avec un objectif clair : permettre à chaque élève de s’épanouir dans la voie qu’il ou elle choisira.
La question de l’égalité et de la lutte contre les déterminismes a largement traversé les débats. « Les femmes ont toute leur place dans des filières parfois délaissées. Se priver de 50 % de la population n’a aucun sens », a insisté Anne-Sophie Gréselle, évoquant le travail mené au sein de l’établissement pour déconstruire les stéréotypes, renforcer la confiance en soi et prévenir le décrochage scolaire, en particulier dans les filières scientifiques et industrielles.
Une filière nucléaire en pleine projection
Pour Hélène Derrien, cette visite intervient à un moment charnière pour la filière nucléaire, portée par de grands projets à l’horizon. « C’est une période enthousiasmante », a-t-elle déclaré, évoquant la construction de nouvelles usines, le développement du combustible MOX, mais aussi les liens avec d’autres secteurs stratégiques comme les mines, les batteries ou le médical, contribuant à la souveraineté du pays.
Le défi des ressources humaines est majeur : 15 000 recrutements sont prévus dans les dix prochaines années, à la fois pour remplacer les départs et accompagner les nouveaux projets industriels. L’alternance constitue un levier central, avec 900 alternants formés chaque année et près de la moitié recrutés à l’issue de leur parcours. « Ce sont des métiers longs à apprendre. Il faut fidéliser, transmettre les compétences des plus anciens aux plus jeunes et donner de la visibilité aux carrières », a-t-elle insisté, rappelant également l’importance des accords sur la qualité de vie et les conditions de travail.
Orientation et démographie : un défi territorial
Les échanges ont aussi mis en lumière des constats préoccupants sur le plan démographique. La baisse du nombre d’élèves attendue dans les prochaines années, notamment dans l’académie de Montpellier, pose la question de l’avenir de certains établissements, en particulier en zones rurales. Dans le même temps, le chômage des jeunes en Occitanie reste l’un des plus élevés de France.
Face à cette situation, les intervenants ont souligné la nécessité de mieux faire connaître les métiers industriels dès le collège et de redonner de l’attractivité aux voies de formation techniques. La réindustrialisation apparaît comme une réponse structurante, reposant à la fois sur des ingénieurs et sur des techniciens qualifiés.
Un travail collectif entre école et entreprise
Représentants de l’Éducation nationale, du monde industriel, des organismes de formation et de l’insertion ont défendu une conviction commune : le lien école-entreprise est indispensable. Interventions de professionnels dans les classes, accueil d’enseignants en entreprise, actions à destination des familles, maisons de l’orientation mobiles ou encore expérimentation de l’intelligence artificielle pour la découverte des métiers : autant d’outils mobilisés pour sécuriser le passage entre la formation et l’emploi.
Identifié comme un établissement pivot sur le territoire, notamment pour la filière nucléaire, le lycée Einstein s’inscrit pleinement dans cette dynamique. « Lutter pour la persévérance et l’ambition, sans oublier que les assignations sociales tombent très tôt, surtout en milieu rural », a conclu Anne-Sophie Gréselle. Un message largement partagé, dans l’idée que l’avenir industriel et économique du territoire passe avant tout par la réussite et l’émancipation de sa jeunesse.



