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Rumeurs de l’Île Rouge : Madagascar entre soumission, révolte et espoir

Entretien avec l’écrivain René Bernard

Dans Rumeurs de l’Île Rouge, recueil de trois nouvelles situées à Madagascar, René Bernard donne à lire un pays à hauteur d’hommes et de femmes, marqué par la pauvreté, la résilience et les élans d’une jeunesse en quête d’avenir. Publié en mars, quelques mois avant la chute du pouvoir sous la pression de la « génération Z », l’ouvrage résonne aujourd’hui avec une acuité particulière au regard de l’actualité malgache.

Une connaissance intime du terrain

La justesse du regard de l’auteur s’enracine dans une présence régulière sur l’Île Rouge depuis 2016. Membre d’une association française partenaire d’une structure locale, il soutient à Madagascar une association qui gère un centre d’accueil pour enfants en situation de handicap mental, à Antalaha. « Ces nouvelles ne sont finalement que la mise en écrits de choses vues et entendues sur place », explique-t-il. Des récits courts, nourris du réel, où l’observation sociale prime sur l’exotisme.

Soumission, révolte, espoir : un triptyque sans trajectoire linéaire

Les trois nouvelles portent des sous-titres évocateurs — la soumission, la révolte, l’espoir. Pour autant, René Bernard se garde d’y voir un chemin balisé vers le développement. « Pour sortir de la situation difficile dans laquelle se trouve le pays, il faudrait sans doute abandonner la soumission au profit d’une certaine révolte. Mais rien ne garantit que cela conduise automatiquement à l’espoir », analyse-t-il.
La soumission reste étroitement liée à la pauvreté extrême, et la révolte ne peut émerger tant que la faim et le sentiment d’impasse dominent. Lorsqu’elle surgit, elle émane surtout d’une jeunesse instruite, capable de comparer sa situation à celle d’autres nations. « Soumission et révolte peuvent cohabiter au sein d’un même groupe, voire d’une même personne », souligne l’auteur.

2025, l’irruption de la jeunesse

L’actualité récente a donné une résonance particulière au recueil. En 2025, le président malgache a été destitué sous la pression de la jeunesse, ouvrant la voie à un gouvernement dit de « Refondation ». Pour René Bernard, cette mobilisation constitue un tournant : « J’ai vu la révolte en œuvre et, pour une fois, elle a marqué des points en mettant au pouvoir des responsables nouveaux. »
L’espoir reste cependant fragile. Dans la seconde nouvelle du recueil, la révolte de Malala ne débouche que sur le désespoir, rappelant que toute contestation ne mène pas nécessairement à une amélioration durable des conditions de vie.

La coopération comme horizon

Comment alors franchir une nouvelle étape ? Le troisième texte esquisse une piste : tirer la société vers l’avant par le développement d’initiatives fondées sur la coopération et la solidarité. « Il faut débloquer les freins au développement : la jalousie, la corruption, les égoïsmes forcenés, la volonté de réussir seul en écrasant les autres », estime l’écrivain.
Il évoque Mandresy et ses amis, personnages porteurs de cette ambition collective, mais aussi des expériences bien réelles observées sur le terrain. Parmi elles, un groupe de jeunes écrivains, s’exprimant en malgache ou en français, rencontrés au moment même du changement de gouvernement. Leurs textes, dits, écrits ou chantés, témoignent selon lui d’une compréhension profonde du travail collaboratif et de la force de la parole collective.

Un optimisme lucide

Malgré les obstacles, René Bernard se dit « très nettement optimiste » pour l’avenir de Madagascar. Il croit en une nouvelle génération qui a compris qu’une révolution se limitant à remplacer un pouvoir par un autre serait vouée à l’échec. La transformation des structures sociales et la vigilance citoyenne à l’égard de la puissance publique lui paraissent désormais incontournables. « C’est pourquoi la refondation actuelle me semble ouverte sur un avenir satisfaisant », conclut-il.

Un parcours marqué par l’engagement

Ancien professeur de mathématiques en lycée dans le Gard, puis responsable de la formation des enseignants à Montpellier, René Bernard a longtemps été engagé dans des associations d’éducation populaire. Il a également participé à une troupe de théâtre amateur et continue de chanter en chorale. Sensible aux questions humanitaires, il a adhéré à une ONG œuvrant auprès des pays du Sud, un engagement qui trouve aujourd’hui une traduction concrète à Madagascar.
Installé dans la vallée de la Cèze, en lisière de la forêt de Valbonne, il s’est lancé dans l’écriture romanesque au moment de la retraite.

Deux livres, une même réflexion

Outre Rumeurs de l’Île Rouge, dont les bénéfices sont reversés à une association malgache d’Antalaha et qui est illustré par un jeune artiste du pays, René Bernard est également l’auteur de Mémoires d’une ombre. Ce roman historique, consacré à la figure de Cléopâtre vue par un érudit discret de son entourage, interroge l’exercice du pouvoir, le rôle de l’éducation, de l’information et de la désinformation.
Deux ouvrages que tout semble opposer par le temps et l’espace, mais que relie une même conviction : si l’Histoire ne se répète pas, elle bégaie, parfois de manière troublante, à des siècles de distance.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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