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À Bagnols-sur-Cèze, Bernard Couffin porte la voix des familles de victimes de la route

À la tête du collectif Justice pour les victimes de la route, Bernard Couffin mène un combat aussi intime que public. Père d’un jeune homme tué dans un accident, il s’est engagé, avec d’autres familles frappées par le drame, pour mieux accompagner celles et ceux qui, du jour au lendemain, basculent dans un univers administratif et judiciaire d’une extrême complexité.

Son objectif : rompre l’isolement et fournir des outils concrets pour défendre les droits des victimes.

Un guide né du vécu et de l’urgence

Le document que promeut aujourd’hui le collectif n’est pas un simple fascicule d’information. Il s’agit d’un guide opérationnel, élaboré en collaboration avec l’association Victimes et Avenir, fondée en 2016 par un ancien courtier en assurances.

« Lors d’un accident grave impliquant l’un de ses clients, il s’est rendu compte des lacunes énormes dans la prise en charge des victimes », explique Bernard Couffin. De ce constat est née une structure composée principalement de juristes et de professionnels du secteur assurantiel. Le collectif bagnolais, lui, regroupe essentiellement des victimes de la route et des familles endeuillées.

Le guide détaille méthodiquement :

  • les déclarations à effectuer auprès des assurances,
  • les démarches auprès des organismes sociaux et des caisses d’assurance maladie,
  • la préparation du procès pénal,
  • et surtout la constitution du dossier d’indemnisation.

« On est seuls. Personne ne vous aide. Il faut se débrouiller soi-même alors qu’on est en plein deuil », résume-t-il.

Trois ans d’instruction pour son fils

Derrière l’engagement militant, il y a une histoire personnelle. Celle de son fils, décédé dans un accident provoqué par un conducteur alcoolisé.

Après trois années d’instruction, les expertises sont désormais closes. Les analyses techniques du véhicule mis en cause — une BMW de 431 chevaux — ont confirmé ce que la famille redoutait : une alcoolémie de 1,90 g/l et une vitesse de 180 km/h au moment de l’impact, sans trace de freinage, à seulement 360 mètres d’un rond-point.

Les expertises psychiatriques, notamment pour les petits-enfants, ont été parmi les plus longues à finaliser. Le procès devrait se tenir courant 2026 devant les assises de Nîmes, même si aucune date n’a encore été fixée.

« Nous avons eu la chance d’avoir un proche capable de gérer toute la partie administrative. Sans lui, nous en aurions été incapables », confie-t-il. C’est précisément cette impossibilité, vécue dans la sidération du deuil, qui a motivé la création du guide.

Un outil accessible via QR code

Faute de moyens financiers, le guide est pour l’instant accessible en version numérique, via un QR code diffusé dans les mairies et les brigades de gendarmerie.

À Bagnols-sur-Cèze, Pont-Saint-Esprit, Laudun-l’Ardoise, Saint-Nazaire et Saint-Paul-les-Fonts, l’accueil des élus est favorable. À Pont-Saint-Esprit, Bernard Couffin a même intégré le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD).

Le guide est également disponible dans l’ensemble des gendarmeries du Gard, confirmant une reconnaissance institutionnelle du travail engagé.

Une version papier ? « Pourquoi pas, si les moyens suivent », répond-il prudemment.

Une journée nationale refusée

Au-delà de l’accompagnement juridique, Bernard Couffin défend un projet plus large : la création d’une journée nationale dédiée aux victimes de la route, le 16 mai.

Pour lui, cette date porterait trois dimensions :

  • un acte de soutien aux familles,
  • un acte de reconnaissance des victimes,
  • un engagement politique pour une justice plus efficace et plus humaine.

Le projet s’est toutefois heurté à des refus, venus à la fois de responsables politiques et de certaines associations nationales de défense des victimes.

« Pour nous, ce serait un symbole fort. On parle beaucoup de sécurité routière, mais pas assez des victimes et de leurs familles », estime-t-il.

« Un manque de respect envers les victimes »

Dans les échanges avec d’autres familles, le constat revient sans cesse : un sentiment de solitude, de lenteur procédurale, et parfois de déconsidération.

Le collectif ne se substitue ni aux avocats ni aux magistrats. Il veut combler un vide : celui de l’information claire et de l’accompagnement humain dès les premiers jours.

À travers ce guide et ses déplacements dans les communes du Gard, Bernard Couffin transforme son drame personnel en engagement collectif. Une manière de donner un sens à l’inacceptable — et d’éviter que d’autres familles ne se retrouvent, comme lui, perdues dans les méandres d’un système qu’elles découvrent trop tard.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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