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Rive droite du Rhône : 230 millions d’euros pour remplacer 150 kilomètres de voie ferrée

Depuis la base travaux de Laudun-l’Ardoise, SNCF Réseau a présenté les coulisses d’un chantier hors norme sur la ligne ferroviaire de la rive droite du Rhône. Un chantier d’un peu plus d’un an, engagé entre Bourg-Saint-Andéol et Saint-Gervasy, pour un montant de 230 millions d’euros. Objectif : renouveler en profondeur un axe majeur pour le fret ferroviaire comme pour le transport régional, avec une première grande phase de travaux déjà lancée et une seconde séquence prévue à l’automne.

Thomas Hernandez, directeur régional SNCF Réseau Occitanie, a rappelé l’importance stratégique de cette opération. Chaque année, SNCF Réseau investit environ 550 millions d’euros en Occitanie pour maintenir et moderniser le réseau ferroviaire. Sur la rive droite du Rhône, ce sont 150 kilomètres de voie qui vont être refaits, à un rythme industriel d’environ un kilomètre par jour. Un rendement rendu possible grâce à l’utilisation d’un train-usine, capable de renouveler les rails, les traverses et le ballast dans une même séquence de travail.

Le chantier mobilise jusqu’à 450 agents en journée. Les interventions se déroulent de 8h à 17h, sur une ligne qui doit ensuite pouvoir retrouver sa vocation ferroviaire chaque soir. Car l’enjeu est aussi de maintenir la circulation des trains : près de 40 trains doivent pouvoir rouler entre 17h et le lendemain matin, dont huit trains de fret sur l’axe Le Boulou-Calais. La nuit, le train chantier est entretenu pour permettre la reprise des opérations dès le lendemain.

Les chiffres donnent la mesure de l’opération. Au total, 310 000 tonnes de ballast seront utilisées, soit environ deux tonnes par mètre de voie. Le chantier prévoit aussi la pose de 270 kilomètres de rails et de 245 000 traverses béton, à raison d’environ 1 666 traverses par kilomètre. Le ballast, élément stratégique de maintien de la voie, doit répondre à des critères précis de densité, d’angularité et de résistance à l’écrasement. Avant même le démarrage effectif du chantier, 25 000 tonnes de ballast étaient nécessaires pour alimenter les premières opérations.

Hugo Fraisier, maître d’ouvrage opérationnel pour SNCF Réseau, a détaillé l’organisation du chantier. Derrière les équipes de terrain, une importante maîtrise d’œuvre pilote l’ensemble des opérations. Les matériaux arrivent et repartent par train, afin de limiter le recours au transport routier. Les anciens rails sont découpés en panneaux de 18 mètres, avant d’être évacués. Les rails usés sont ensuite refondus dans le Nord de la France pour être réutilisés dans la fabrication de nouveaux rails. Le granulat issu du concassage est, lui, réemployé pour créer des pistes le long de la voie ferrée.

Cette logique d’économie circulaire est l’un des marqueurs du chantier. SNCF Réseau met également en avant le programme REUT, qui prévoit l’utilisation d’eaux usées traitées pour limiter les poussières lors de l’arrosage du ballast et des zones de travaux. Sur les 500 m³ d’eau utilisés chaque semaine, environ 400 m³ proviendront ainsi d’eaux usées réutilisées. Autre innovation : le déploiement d’un retardant sur les voies pour réduire le risque de départs de feu, dans un secteur particulièrement exposé aux épisodes de chaleur et de sécheresse.

La base arrière de Laudun-l’Ardoise joue un rôle central dans cette mécanique. Sur ce site stratégique, les matériaux sont stockés, préparés puis acheminés vers le chantier. En ordre de grandeur, il faut compter environ 2 200 tonnes de ballast et 1 666 traverses pour un kilomètre de voie renouvelée. SNCF Réseau a également investi 1,9 million d’euros pour réhabiliter les voies du site de la friche de l’Ardoise, afin de permettre cette organisation logistique.

Pour David Biallet, vice-président de l’Agglomération du Gard rhodanien en charge des mobilités, cette opération illustre un partenariat « utile et concret ». L’entreprise MGH a remporté l’appel à projet pour utiliser le site et y développer une production d’énergie décarbonée. La remise en état des voies par SNCF Réseau permet donc aussi de redonner une vocation économique et industrielle à la friche de l’Ardoise. À l’issue du chantier, la base arrière sera rendue, après avoir été conçue avec des matériaux recyclables ou réutilisés.

Ce vaste programme entraînera toutefois des contraintes importantes. Vingt-sept passages à niveau seront fermés temporairement au passage des trains de travaux. Les équipes rappellent que ces fermetures s’accompagnent d’études de déviation et d’une coordination avec les communes, les intercommunalités, les services de secours, les forces de sécurité et les gestionnaires de voirie.

Sur la rive droite du Rhône, ce chantier n’est donc pas seulement une opération de maintenance. Il s’agit d’un renouvellement massif d’infrastructure, pensé pour maintenir la performance du réseau ferroviaire pour plusieurs décennies, tout en intégrant davantage d’exigences environnementales, logistiques et territoriales. Un chantier lourd, contraignant, mais indispensable pour conserver un axe ferroviaire stratégique entre fret, mobilités régionales et développement économique.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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