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Bagnols-sur-Cèze : l’audit financier constate que « les marges financières de la commune se sont réduites au cours des dernières années »

« Promesse tenue. » C’est par ces mots que Pascale Bordes a introduit la restitution publique de l’audit financier de la Ville. La maire avait pris durant la campagne l’engagement de faire examiner les comptes de la commune dès le début du mandat et d’en présenter les conclusions, « quelles qu’elles soient ».

Pour réaliser ce travail, la municipalité a sollicité Ressources Consultants Finances, cabinet basé à Rennes. Son directeur général délégué, Michaël Lecomte, a présenté lui-même les conclusions de l’étude, portant notamment sur la période 2020-2025 avant d’établir plusieurs projections jusqu’en 2032.

Premier constat selon Ressources Consultants : « les marges financières de la commune se sont réduites au cours des dernières années ». L’épargne nette, qui avoisinait le million d’euros en 2020 et 2021, « avait quasiment disparu en 2024 avant de remonter légèrement en 2025, autour de 600 000 euros ».

Le taux « d’épargne brute illustre cette évolution ». Après avoir évolué autour de 15 %, il est tombé à 9,3 % en 2024 avant de remonter à 10,9 % en 2025. « À titre de comparaison, l’échantillon de communes comparables retenu par le cabinet atteint en moyenne 14,6 % ».

Autre donnée significative : l’annuité de la dette représente 179 euros par habitant à Bagnols-sur-Cèze, contre 101 euros dans l’échantillon étudié. L’épargne nette atteint ainsi 32 euros par habitant, contre 128 euros en moyenne dans les communes comparées.

« Structurellement, depuis trois ans, l’épargne est faible et elle s’est dégradée », résume Michaël Lecomte.

« Entre 2020 et 2025, les charges de fonctionnement ont progressé de 4,9 millions d’euros, soit une hausse moyenne de 4,4 % par an ». Après neutralisation de l’inflation, leur progression ressort à environ 1,5 % par an.

« Les dépenses de personnel constituent le principal moteur de cette augmentation » explique le cabinet : elles sont passées de 12,3 à 15 millions d’euros, soit 2,7 millions supplémentaires. Les charges à caractère général ont, elles, augmenté de près de 1,6 million d’euros.

« Les recettes ont également progressé, mais moins rapidement » : +3,4 % par an en moyenne. L’essentiel de cette évolution provient de la fiscalité locale. Le produit des contributions directes a augmenté de 4,13 millions d’euros entre 2020 et 2025. Le cabinet rappelle notamment la hausse de 20 % du taux de taxe foncière décidée en 2021, qui avait généré environ 2,1 millions d’euros de recettes supplémentaires.

Le taux de taxe foncière sur les propriétés bâties atteint désormais 59,5 %, contre 43,7 % en moyenne dans l’échantillon retenu. Parallèlement, le revenu par habitant est inférieur de 22 % à celui des communes comparées.

Sur le volet de l’investissement, la Ville a consacré en moyenne 7,3 millions d’euros par an à ses équipements entre 2020 et 2025. « Le niveau a fortement augmenté en fin de période : 8,1 millions en 2024 puis 10,4 millions en 2025 » explique Michaël Lecomte .

« Or cette accélération intervient au moment où l’épargne diminuait ». Conséquence : près de 42 % des investissements réalisés sur la période ont été financés par l’emprunt.

Après avoir diminué entre 2021 et 2023, l’encours de dette est ainsi reparti à la hausse pour dépasser 26 millions d’euros fin 2025. « Le délai de désendettement, qui évoluait auparavant entre cinq et six ans, est désormais entré dans une première zone d’alerte », souligne le cabinet Ressources Consultants.

Ce dernier a toutefois tenu à nuancer le diagnostic : la commune n’est pas dans une situation de rupture financière. « Il n’y a pas de catastrophe », a-t-il expliqué, tout en soulignant une « fragilité » apparue en fin de période.

À cela s’ajoute un fonds de roulement négatif de 2,3 millions d’euros, assimilé par le cabinet à une « dette latente » qu’il faudra progressivement reconstituer.

L’audit s’est ensuite projeté jusqu’en 2032. En conservant 7,3 millions d’euros d’investissements annuels et une progression des charges limitée à l’inflation, estimée à 1,8 %, la trajectoire continuerait de se détériorer.

L’épargne nette tendrait vers zéro, le taux d’épargne brute passerait sous les 10 % et le délai de désendettement dépasserait 13 ans en fin de période.

« Clairement, c’est un scénario qui n’est pas soutenable », a conclu Michaël Lecomte.

Plusieurs leviers ont donc été testés. Une hausse de 7 % des taux d’imposition permettrait notamment de porter l’épargne nette à environ 1,66 million d’euros. Une réduction des investissements à 5 millions d’euros par an permettrait de limiter l’emprunt moyen à 2,9 millions d’euros par an. Enfin, un scénario combinant maîtrise des dépenses de fonctionnement et investissements ramenés à 6 millions d’euros aboutirait à une épargne nette d’environ 1,6 million d’euros.

Pascale Bordes exclut, pour l’heure, une hausse des impôts

La maire a immédiatement écarté le premier levier. « Je me refuse à augmenter la fiscalité locale », a-t-elle affirmé, rappelant son engagement de campagne. Une augmentation des taux ne constituerait, selon elle, que « la dernière des dernières solutions ».

La priorité sera donc donnée à la maîtrise des dépenses de fonctionnement. « La municipalité entend agir sur la masse salariale, profiter de certains départs pour ne pas remplacer systématiquement les agents, renégocier des contrats et réduire les dépenses énergétiques ».

La démutualisation avec l’Agglomération du Gard rhodanien doit également modifier l’organisation des services à compter du 31 décembre : « les agents de l’Agglomération retourneront à l’intercommunalité tandis que les agents municipaux resteront à la Ville » confirme Pascale Bordes.

Le directeur général des services, Jean-Louis De Coster, a annoncé le lancement d’un audit énergétique des bâtiments scolaires et la recherche d’économies sur plusieurs contrats de prestations.

Subventions et investissements également concernés

La municipalité entend aussi revoir certaines subventions. Pascale Bordes a notamment cité les aides accordées à certains clubs sportifs ainsi que les 190 000 euros annuels versés à Mosaïque en Cèze. Tout en reconnaissant le travail réalisé par la structure sur le territoire, elle estime que la commune « n’a plus les moyens » de maintenir certains niveaux de financement.

Les investissements seront également priorisés. La maire a cité la passerelle sur la Cèze, dont elle chiffre le coût à 1,56 million d’euros hors taxes, et le chantier de couverture du petit bassin de la piscine, actuellement confronté à des difficultés techniques.

À l’inverse, les écoles doivent devenir une priorité du mandat : rénovation énergétique, confort thermique, désimperméabilisation des cours et remise à niveau des équipements. Les gymnases et bâtiments publics doivent également faire partie des futurs programmes.

« Bagnols a vécu bien au-dessus de ses moyens », a résumé Pascale Bordes. Pour la maire, la situation est « critique », mais « pas désespérée », à condition de prendre rapidement des décisions.

L’audit place ainsi la nouvelle majorité face à une équation clairement définie : reconstituer l’épargne et contenir la dette tout en dégageant suffisamment de capacité d’investissement pour financer son propre programme. « Il va nous falloir de la rigueur et de la sagesse budgétaire », prévient Pascale Bordes, qui assume déjà que certains arbitrages pourraient être difficiles à faire accepter.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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