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Laudun-l’Ardoise : le projet MGH Energy provoque de vifs débats au conseil municipal

Le projet d’implantation de MGH Energy sur l’ancienne friche industrielle d’ArcelorMittal, à L’Ardoise, a suscité de longs échanges lors du conseil municipal de Laudun-l’Ardoise. Appelés à autoriser le maire Ludovic Di Rollo à signer une promesse de bail à construction, les élus ont confronté leurs positions sur les risques industriels, les inondations, la transparence du dossier et la place des habitants dans les décisions. Un débat particulièrement animé, au cours duquel le maire a défendu la nécessité de maintenir la commune autour de la table des négociations.

Un projet industriel d’un milliard d’euros sur 48 hectares

C’est un dossier majeur pour l’avenir économique de Laudun-l’Ardoise et, plus largement, du Gard rhodanien. Le conseil municipal était appelé à se prononcer sur l’autorisation donnée au maire, Ludovic Di Rollo, de signer une promesse de bail à construction concernant le projet porté par MGH Energy sur l’ancienne friche industrielle d’ArcelorMittal.

Retenue à l’issue d’un appel à projets lancé en 2025, l’entreprise ambitionne d’y développer une usine de production de carburants de synthèse bas carbone, principalement destinés aux transports aérien et maritime. Le projet comprend notamment des installations de production d’hydrogène, d’e-méthanol et d’e-kérosène.

L’investissement prévisionnel est estimé à un milliard d’euros, avec environ 400 emplois pendant la construction et 200 emplois directs permanents en phase d’exploitation.

Le site représente près de 48 hectares, dont 35 directement exploitables pour l’activité industrielle.

La promesse prévoit un bail initial de 32 ans, comprenant deux années prévisionnelles de construction et de mise en service, puis trente années d’exploitation. Trois renouvellements de dix ans seraient possibles, portant la durée totale maximale à 62 ans.

Sur le plan financier, le futur bail prévoit un loyer annuel de 1,05 million d’euros hors taxes pendant la construction, puis de 2,1 millions d’euros hors taxes pendant l’exploitation, versé à la Communauté d’agglomération du Gard rhodanien. La commune bénéficierait également de recettes fiscales liées à l’activité.

Mais derrière ces perspectives économiques, c’est surtout la question de la sécurité des habitants qui a dominé les échanges.

Patrice Prat alerte sur les risques d’inondation et le classement Seveso

Prenant la parole à titre personnel, en précisant que les membres de son groupe disposaient d’une liberté de vote, le conseiller municipal d’opposition Patrice Prat a exprimé une opposition de principe à l’implantation d’un établissement classé Seveso sur cette ancienne friche.

Pour lui, le choix du site pose une difficulté majeure en raison de son exposition historique aux crues du Rhône et de la proximité des habitations.

Il a notamment rappelé les inondations de 2002 et 2003, qui ont profondément marqué les habitants de L’Ardoise.

« Cela fait 23 ans que le site d’Arcelor a été inondé et qu’il n’a plus de vie industrielle », a-t-il souligné, rappelant qu’une nouvelle population s’était installée depuis dans le secteur.

Selon lui, il est impossible d’ignorer le traumatisme des habitants confrontés à la perspective d’accueillir une nouvelle activité industrielle présentant des risques.

L’élu estime que l’association d’un risque hydraulique et d’un établissement Seveso pourrait constituer un facteur aggravant pour le hameau.

« On ne peut pas reprocher aux Ardoisiens cette sensibilité au risque », a-t-il insisté, appelant à respecter les inquiétudes exprimées par la population.

Il considère qu’une telle installation aurait davantage sa place dans un secteur plus éloigné des habitations et moins exposé aux inondations.

La demande d’un référendum local

Au-delà de son opposition au choix du site, Patrice Prat a défendu l’organisation d’un référendum local.

À ses yeux, un projet susceptible d’engager la commune pour plusieurs décennies ne peut être envisagé sans une consultation directe des habitants.

« Notre souhait est d’obtenir l’adhésion ou non de la population », a-t-il expliqué, estimant que cette parole citoyenne devait avoir une véritable valeur dans le processus de décision.

Il a également rappelé que les élus disposaient, à travers leurs compétences en matière d’urbanisme, de moyens d’intervention sur l’avenir du site.

Revenant sur les inondations, il a défendu une position particulièrement ferme : « On va se jeter dans la gueule du loup », a-t-il lancé, considérant que l’implantation d’un établissement Seveso dans un secteur historiquement inondable reviendrait à ouvrir « la boîte de Pandore ».

Une position également nourrie par le souvenir de la création du parc régional Lavoisier, dont l’objectif était, selon lui, de permettre le développement d’activités industrielles en dehors des secteurs exposés au risque hydraulique.

« Je ne ferai pas la politique de la chaise vide », répond Ludovic Di Rollo

Face à ces interventions, Ludovic Di Rollo a défendu avec vigueur la nécessité pour la commune de participer aux discussions.

Le maire a d’abord rappelé que le conseil municipal ne se prononçait pas sur l’autorisation de construire l’usine, mais uniquement sur sa participation à une promesse de bail destinée à encadrer la poursuite du projet.

« Aujourd’hui, nous n’avons ni vous ni moi toutes les réponses », a-t-il reconnu.

Il a insisté sur les nombreuses études encore nécessaires, notamment concernant les risques, les raccordements et la faisabilité industrielle.

« Si une étude est négative, le projet tombe à l’eau », a-t-il assuré, rappelant que plusieurs conditions suspensives figuraient dans la promesse.

Sur les risques industriels, le maire a affirmé entendre les inquiétudes des habitants.

« Personne ici n’a le monopole de la sécurité des Ardoisiens », a-t-il répliqué.

Également habitant du secteur et père de famille, il a expliqué ne pas vouloir exposer sa propre famille à une éventuelle catastrophe.

Ludovic Di Rollo a toutefois tenu à prendre ses distances avec le choix initial du projet.

« Je ne suis pas là pour défendre le projet MGH. Je ne le défendrai jamais car je ne l’aurais pas choisi », a-t-il déclaré.

Il a rappelé que les premières décisions avaient été prises avant son arrivée à la tête de la municipalité, sous son prédécesseur Yves Cazorla et à l’échelle de l’agglomération.

Pour autant, il refuse de se retirer du processus.

« Me mettre en retrait de la promesse de bail, c’est me mettre en retrait des discussions. Je ne ferai pas la politique de la chaise vide », a-t-il affirmé.

Le maire considère que la présence de la commune dans les négociations constitue précisément un moyen d’obtenir des garanties supplémentaires pour les habitants.

Des garanties environnementales et industrielles inscrites dans la promesse

Le document soumis aux élus prévoit plusieurs dispositions destinées à encadrer le projet.

L’une des principales concerne le classement Seveso. La délibération impose que l’installation ne dépasse pas le régime Seveso seuil bas, sauf évolution réglementaire indépendante de la volonté de l’exploitant.

Toute évolution volontaire conduisant à un classement Seveso seuil haut serait interdite.

Les études de dangers devront également démontrer que les zones d’effets du projet restent contenues dans l’emprise foncière maîtrisée ou, le cas échéant, dans un périmètre expressément accepté par les collectivités concernées.

La question des transports figure aussi parmi les engagements. MGH Energy devra privilégier les voies fluviale et ferroviaire pour l’exploitation de son usine.

Le trafic routier industriel serait limité à une moyenne de cinq poids lourds par jour sur l’année, sauf autorisation expresse de l’agglomération. Cette limitation ne concernerait pas la phase de construction.

Le maire a rappelé que les services de l’État, notamment la DREAL, seraient chargés d’examiner les risques et de délivrer ou refuser les autorisations nécessaires.

Il a également assuré qu’il s’opposerait au projet si les études démontraient un danger incompatible avec la sécurité des habitants.

Dominique Griotto dénonce un dossier incomplet

Autre intervention particulièrement remarquée, celle de Dominique Griotto, ancien adjoint au maire et ancien président du comité de L’Ardoise.

L’élu a exprimé sa surprise de voir cette délibération présentée au conseil municipal alors que, selon son analyse, la commune ne figurait pas parmi les principales parties contractantes du bail.

Il a également dénoncé un dossier encore largement incomplet.

« C’est un dossier qu’on nous a caché pendant deux ans, qu’on nous a imposé et sur lequel on a peu d’impact », a-t-il déclaré.

Dominique Griotto a notamment pointé l’absence de certaines servitudes, les interrogations sur les accès au site, les pénalités éventuelles en cas de retard ou encore les délais de mise en conformité.

Il s’est également inquiété des possibilités d’évolution du stockage industriel, estimant que certaines formulations laissaient une marge de manœuvre trop importante au porteur de projet.

Il a regretté l’absence de dates et de montants précis concernant plusieurs engagements restant à définir.

Pour lui, les élus ne disposent pas des éléments suffisants pour accorder leur confiance à cette promesse de bail.

Il a donc annoncé voter contre.

Ludovic Di Rollo lui a répondu que le document était précisément un projet de promesse encore en discussion avec les conseils juridiques des différentes parties.

« Le projet n’est pas finalisé, les discussions sont en cours avec les avocats, tout n’est pas figé », a-t-il insisté.

Selon le maire, il serait contradictoire de réclamer davantage de garanties tout en refusant à la commune la possibilité de participer aux négociations.

Jean-Christophe Dauzon et Alain Duplan réclament davantage de transparence

La question de l’information du public a également suscité plusieurs interventions.

Le conseiller municipal d’opposition Jean-Christophe Dauzon a expliqué ne pas pouvoir voter favorablement à la délibération, estimant que les réponses apportées concernant la place de la population demeuraient insuffisantes.

Il a souligné qu’une abstention ne devait pas être interprétée comme un soutien au projet.

L’objectif, selon lui, était de permettre la poursuite des études tout en maintenant une vigilance sur les prochaines étapes et sur les garanties de transparence.

Son collègue d’opposition Alain Duplan a également regretté l’absence d’un véritable débat contradictoire avec les habitants.

Tout en reconnaissant qu’une partie des constats du maire pouvait être partagée, il a souligné le décalage entre le soutien institutionnel au projet et l’incertitude entourant l’opinion de la population.

« L’État, la Région, le Département, l’Agglomération et la Ville sont favorables, mais nous n’avons pas d’idée de la position de la population », a-t-il fait observer.

L’élu a regretté les conditions des précédentes présentations du projet, estimant qu’elles ne permettaient pas nécessairement à chacun de s’informer et de confronter les arguments.

Il a ainsi défendu l’organisation d’une véritable réunion publique contradictoire, estimant que les habitants étaient parfaitement capables de comprendre les enjeux d’un tel dossier.

De son côté, Carole Michel a exprimé une position favorable à l’autorisation de signature, mettant en avant l’intérêt de la réindustrialisation et les perspectives d’emplois.

Elle a néanmoins interrogé le maire sur la place exacte de la commune parmi les signataires du futur bail.

Un échange de plus en plus tendu sur le référendum

La proposition de référendum a provoqué l’un des échanges les plus vifs de la séance.

Ludovic Di Rollo a contesté l’utilité d’une consultation populaire à ce stade, alors que les études techniques et environnementales ne sont pas terminées.

« Quand on veut faire capoter un projet, on fait un référendum », a-t-il lancé.

Il a rappelé que les habitants avaient déjà eu l’occasion d’assister à des réunions d’information organisées avec MGH Energy et que les réponses techniques seraient progressivement apportées.

Pour le maire, les décisions définitives n’interviendront pas avant plusieurs années.

Il a également souligné que la commune conserverait des leviers d’action en matière d’urbanisme.

« Moi, je n’investis pas un milliard. Ce qui m’intéresse, c’est la sécurité des Ardoisiens », a-t-il affirmé.

Ludovic Di Rollo a insisté sur sa responsabilité d’élu, assurant qu’il assumerait ses décisions.

Patrice Prat a répondu qu’il ne cherchait pas à mettre personnellement en cause le maire, mais à défendre une position de principe.

« Je défends le référendum parce que je pense que ce projet le mérite », a-t-il réaffirmé.

Un vote marqué par sept élus non favorables ou en abstention

Au terme de ces échanges, le vote a fait apparaître des divergences au sein du conseil municipal.

Trois élus ont voté contre la délibération : Patrice Prat, Dominique Griotto et Arielle Luiselli, tandis que quatre élus se sont abstenus : Patrick Pannetier, Lucie Rouquet, Jean Christophe Dauzon et Alain Duplan. Carole Michel a, pour sa part, exprimé un vote favorable à l’autorisation de signature.

La délibération vise à permettre à Ludovic Di Rollo de participer à la conclusion de la promesse de bail à construction avec l’Établissement public foncier d’Occitanie, propriétaire du site, MGH Energy ou sa société de projet, et l’Agglomération du Gard rhodanien.

Cette étape ne vaut toutefois pas autorisation définitive de construire et d’exploiter l’installation industrielle.

Le projet reste notamment conditionné à la réalisation des études techniques, environnementales et économiques, à l’obtention des autorisations administratives, à la sécurisation des approvisionnements et raccordements ainsi qu’à la mobilisation des financements nécessaires.

Une chose est certaine : le projet MGH Energy continuera d’alimenter les débats à Laudun-l’Ardoise. Entre ambitions de réindustrialisation, perspectives d’emplois, mémoire des inondations et inquiétudes liées aux risques industriels, la question de l’acceptabilité du projet par les habitants apparaît désormais comme l’un des enjeux majeurs des prochaines étapes.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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