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Gard rhodanien : un projet majeur pour sécuriser l’accès à l’eau de 105 communes face au changement climatique

Ce jeudi 29 octobre, Saint-Laurent-des-Arbres accueillait un comité de pilotage consacré au schéma directeur d’eau brute et d’irrigation. Porté conjointement par l’Agglomération du Gard rhodanien et le PETR Uzège-Pont du Gard, ce projet d’envergure concerne 105 communes et près de 180 000 habitants. Les premières conclusions de l’étude révèlent des besoins considérables pour les prochaines décennies, avec une demande supplémentaire estimée à 46,6 millions de mètres cubes d’eau par an à l’horizon 2050. Agriculture, eau potable, développement économique et prévention des incendies : les enjeux dépassent largement la seule irrigation.

Une réflexion collective pour préparer les trente prochaines années

Autour de la table, ce jeudi matin à Saint-Laurent-des-Arbres, les représentants des collectivités territoriales, de l’État, du monde agricole et des organismes chargés de la gestion de l’eau étaient réunis pour une étape importante du schéma directeur d’eau brute et d’irrigation.

Cédric Clémente, vice-président de l’Agglomération du Gard rhodanien, Jonathan Pire, vice-président du PETR Uzège-Pont du Gard, et Xavier Picot, ingénieur chargé du projet hydraulique au sein de l’Agglomération, ont notamment participé aux échanges, aux côtés de Sébastien Ferra, directeur de la DDTM du Gard.

Étaient également associés les représentants de la Région, du Département, de la Chambre d’agriculture, du SDIS, des syndicats de bassins versants et de l’association Les Porteurs d’eau.

L’objectif de cette rencontre était de présenter les conclusions des deux premières phases de l’étude, consacrées à l’état des lieux des ressources disponibles et à l’évaluation des besoins futurs.

« Il faut avoir une vision à vingt ou trente ans, et non pas simplement à l’échelle d’un mandat », a insisté Cédric Clémente, rappelant que l’accès à l’eau constituait désormais une condition indispensable au développement du territoire.

Pour l’élu, ce projet doit permettre d’anticiper les conséquences du changement climatique, alors que les épisodes de sécheresse, les canicules et les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient.

46,6 millions de mètres cubes supplémentaires nécessaires chaque année

Les chiffres présentés par le bureau d’études BRL Ingénierie donnent la mesure du défi.

Le périmètre étudié s’étend sur 1 600 km², couvre 105 communes et concerne cinq ensembles intercommunaux, notamment le Gard rhodanien, le PETR Uzège-Pont du Gard, le Grand Avignon et Nîmes Métropole.

Sur ce territoire, l’agriculture connaît depuis plusieurs décennies de profondes transformations. Depuis les années 2000, le nombre d’exploitations agricoles a diminué de 45 %, tandis que la surface agricole utile reculait de 16 %. Dans le même temps, la superficie moyenne des exploitations est passée de 18 à 27 hectares.

Aujourd’hui, seuls 3 190 hectares sont irrigués, soit environ 7 % des surfaces agricoles du territoire. Parmi ces terres, 46 % sont consacrées à la vigne, 22 % à l’arboriculture et 7 % au maraîchage.

Pour mesurer les besoins, une vaste enquête a été menée auprès des exploitants agricoles. Avec 684 réponses sur 1 700 exploitations, soit un taux de participation de 40 %, elle témoigne d’une forte attente du monde agricole.

Les réponses font apparaître une demande directe portant sur 13 500 hectares supplémentaires à irriguer, dont 9 700 hectares de vignes. Après extrapolation et prise en compte des hypothèses retenues, le potentiel atteint 16 300 hectares supplémentaires.

À l’horizon 2050, l’étude estime ainsi à 44,8 millions de mètres cubes par an les besoins supplémentaires pour l’irrigation, auxquels s’ajoutent 1,9 million de mètres cubes pour d’autres usages. La demande supplémentaire totale est évaluée à environ 46,6 millions de mètres cubes annuels, auxquels s’ajoutent 5,1 millions de mètres cubes correspondant à des prélèvements à substituer, notamment dans la molasse.

Ces volumes constituent toutefois des estimations prospectives et non des prélèvements déjà décidés.

Le Rhône apparaît comme la principale ressource mobilisable

Reste une question essentielle : où trouver cette eau ?

Les conclusions de l’étude montrent que les ressources locales présentent d’importantes contraintes.

Le Gardon ne dispose pratiquement d’aucune marge de manœuvre pour des prélèvements supplémentaires. La Cèze connaît également des tensions quantitatives, notamment durant l’été, lorsque les débits diminuent fortement.

Les projections climatiques annoncent d’ailleurs une aggravation de ces situations, avec une baisse possible des débits d’étiage de 40 à 50 % au mois d’août à l’horizon 2100 sur certains secteurs.

Les eaux souterraines ne constituent pas davantage une solution généralisable. Certaines nappes sont déjà fragilisées et la molasse présente un déséquilibre quantitatif.

Dans ce contexte, le Rhône apparaît comme la principale ressource susceptible d’être mobilisée pour répondre aux besoins futurs.

Une solution qui devra néanmoins respecter les équilibres écologiques du fleuve, ses autres usages et l’évolution de ses débits.

D’autres pistes sont également envisagées, notamment la création de retenues permettant de stocker les eaux de ruissellement durant les périodes pluvieuses, afin de les utiliser lorsque les besoins agricoles deviennent plus importants.

L’objectif est aussi de substituer certains prélèvements existants, notamment dans les nappes souterraines, pour réduire la pression sur les ressources fragiles.

« Sans eau, nous ne pourrons plus produire correctement »

Pour les représentants agricoles, l’enjeu est considérable.

Jocelin Sigaud, représentant de l’association Les Porteurs d’eau et de la Chambre d’agriculture, a rappelé que le projet dépassait largement les seuls besoins de la viticulture.

Initialement créée autour des territoires viticoles de Chusclan, Laudun, Tavel, Lirac et Signargues, avec le soutien du syndicat des Côtes du Rhône, l’association entend désormais élargir sa représentation à d’autres filières agricoles.

Arboriculture, maraîchage, oléiculture, trufficulture ou encore production de grenades : toutes sont concernées par les difficultés d’accès à l’eau.

Le Gard rhodanien, qui compte notamment les trois crus de Tavel, Lirac et Laudun, est particulièrement exposé à cette problématique.

Pour les viticulteurs, la raréfaction de l’eau pose aussi la question du maintien des rendements et de la qualité des productions.

Les rendements prévus dans les cahiers des charges des appellations deviennent parfois difficiles à atteindre en raison du stress hydrique subi par les vignes.

L’irrigation est donc présentée comme un outil permettant de sécuriser les exploitations, de préserver la qualité des productions et d’améliorer la résistance des cultures aux épisodes de sécheresse.

L’association Les Porteurs d’eau envisage ainsi de faire évoluer ses statuts pour accueillir davantage de syndicats et de représentants agricoles, afin de défendre un projet commun à l’ensemble des filières.

Eau potable, incendies et développement économique : un enjeu bien plus large

L’une des particularités de ce schéma directeur réside dans son approche transversale.

Car au-delà des besoins agricoles, l’accès à l’eau conditionne également l’attractivité économique, l’implantation de nouvelles activités, le tourisme et la protection des populations.

Les premiers diagnostics montrent ainsi que les prélèvements destinés à l’alimentation en eau potable représentent environ 14,4 millions de mètres cubes par an, provenant à 99,6 % des eaux souterraines.

Sept communes rencontrent déjà des difficultés d’approvisionnement. Deux, Saint-Maximin et Saint-Marcel-de-Careiret, ont même connu des ruptures d’alimentation.

Six communes signalent également une vulnérabilité aux risques de pollution, tandis que 45 déclarent utiliser de l’eau potable pour des usages non domestiques.

Le projet devra donc également examiner les possibilités de substitution de certains usages, afin de préserver l’eau potable pour les besoins prioritaires.

Autre préoccupation majeure : la défense extérieure contre l’incendie et la prévention des feux de forêt.

La présence du SDIS au comité de pilotage doit permettre d’intégrer les besoins opérationnels des secours et d’anticiper les risques futurs.

Cédric Clémente a rappelé les conséquences des incendies qui ont touché la France durant l’été, soulignant l’importance d’une politique d’anticipation.

« L’eau, c’est l’avenir du territoire et de la vie », a-t-il résumé, considérant qu’un manque durable de ressources pourrait devenir un frein majeur au développement économique.

L’État associé dès les premières réflexions

La présence de Sébastien Ferra, directeur de la DDTM du Gard, témoigne également de la volonté d’associer les services de l’État dès les premières étapes du projet.

Un choix présenté comme essentiel pour éviter les blocages réglementaires ultérieurs.

L’État aura notamment un rôle d’accompagnement dans l’identification des contraintes administratives et environnementales, avant les éventuelles demandes d’autorisation qui relèveront des autorités compétentes, notamment de la préfète de région Occitanie.

Le directeur de la DDTM a souligné l’intérêt d’un dialogue régulier entre les collectivités, les porteurs de projet et les services de l’État.

Ces échanges doivent permettre de mieux comprendre les contraintes de chacun et d’éviter les incompréhensions susceptibles de ralentir la réalisation des futurs aménagements.

La question de la souveraineté alimentaire a également été évoquée. Dans un contexte national où les pouvoirs publics souhaitent maintenir et développer les capacités de production agricole, la disponibilité de l’eau apparaît comme un préalable indispensable.

Pour autant, aucun aménagement n’est encore arrêté et la future structure chargée de porter opérationnellement le projet reste à définir.

De nouveaux scénarios étudiés dès cet hiver

Comme l’a précisé Xavier Picot, le comité de pilotage marque la fin de la deuxième phase de l’étude, alimentée par plusieurs ateliers de travail et échanges avec les acteurs concernés.

Les prochaines étapes devront confronter les besoins identifiés aux ressources réellement mobilisables, puis imaginer différents scénarios d’aménagement.

Parmi les hypothèses figurent notamment l’acheminement d’eau depuis le Rhône, la création de retenues de stockage ou encore le développement de solutions adaptées aux spécificités de chaque secteur.

Car les besoins ne sont pas identiques partout. Sur le plateau de Lussan, par exemple, les problématiques liées à l’élevage diffèrent de celles rencontrées dans les plaines viticoles ou les secteurs maraîchers.

Le territoire sera ainsi organisé en trois secteurs de concertation afin de favoriser les échanges avec les acteurs locaux.

Après une première analyse de l’adéquation entre besoins et ressources en octobre, les scénarios de desserte seront travaillés en novembre et décembre 2026.

De nouveaux ateliers de concertation sont programmés au début de l’année 2027, notamment en janvier et février, avant l’élaboration du schéma de desserte en eau brute prévue entre avril et mai.

Cette démarche devra permettre de hiérarchiser les projets, d’évaluer leur faisabilité et de préparer les futurs investissements.

Un projet de territoire qui dépasse les frontières administratives

Pour Jonathan Pire, vice-président du PETR Uzège-Pont du Gard, les enjeux sont communs à l’ensemble des territoires concernés.

Du Gard rhodanien au Grand Avignon, en passant par l’Uzège et les communes situées aux portes de Nîmes, les difficultés d’approvisionnement et les conséquences du changement climatique imposent une réponse collective.

L’enjeu est désormais de transformer les premières conclusions techniques en une véritable stratégie partagée, associant les élus, les professionnels agricoles, les acteurs économiques et les partenaires institutionnels.

Un projet ambitieux à l’échelle de l’Occitanie, dont la réussite dépendra autant de la mobilisation collective que des solutions techniques retenues.

Pour Cédric Clémente, qui avait déjà évoqué le caractère vital et transversal de cette démarche lors de la venue de la présidente de Région Carole Delga en septembre, il s’agit de préparer dès aujourd’hui les conditions de vie et de développement des prochaines générations.

Si les études doivent encore préciser les investissements nécessaires, leur financement et les infrastructures envisageables, une conviction semble désormais partagée : la sécurisation de l’accès à l’eau constitue l’un des grands défis du Gard rhodanien et de l’Uzège pour les prochaines décennies.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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