Friche de l’Ardoise : MGH Energy, une technologie de rupture au service d’une réindustrialisation décarbonée

La désignation de MGH Energy comme lauréate de l’appel à projets pour la reconversion de la friche industrielle de l’Ardoise marque l’aboutissement d’un long travail collectif et ouvre une nouvelle page industrielle pour le Gard rhodanien. Derrière ce choix, un projet à forte intensité technologique, mais aussi l’histoire récente d’une entreprise régionale positionnée sur les carburants durables de nouvelle génération.
Un projet construit collectivement, sur le temps long
« Ce projet est une affaire collective », a rappelé Jean-Christian Rey, président de l’Agglomération du Gard rhodanien. Un an et demi de travail a été nécessaire, dont près d’un an consacré à la procédure d’appel à projets, menée avec l’EPF Occitanie, Ad’Occ et les services de l’État. Auditionnés fin 2025, les candidats finalistes ont été évalués au regard de critères exigeants : performance industrielle, robustesse financière, respect de l’environnement, intégration territoriale et retombées économiques.
Le projet porté par MGH Energy s’est imposé comme celui correspondant le mieux à la vision du territoire : un projet industriel décarboné, créateur d’emplois qualifiés et porteur d’avenir. « Le choix a été difficile au sein de la short-list, mais tous les critères ont été respectés », a souligné Yves Cazorla, maire de Laudun-l’Ardoise et vice-président en charge du foncier.
MGH Energy, une entreprise jeune au positionnement stratégique
Créée en 2015, MGH Energy s’est d’abord intéressée au stockage d’énergie en mer. L’évolution rapide des technologies de batteries a conduit l’entreprise à réorienter sa stratégie. À partir de 2018-2019, ses équipes ont travaillé sur la décarbonation du transport maritime avant de se tourner vers les carburants de synthèse, dits e-fuels.

La société, filiale du groupe Soper, est présidée par Jean-Michel Germa, pionnier de l’éolien et ancien officier de marine. Elle compte aujourd’hui une cinquantaine de salariés et s’appuie sur une équipe spécialisée dans l’ingénierie et le développement industriel, notamment autour de son directeur Gilles Léandro et de sa directrice du développement, Élodie Haté.
Les e-fuels, une alternative technologique aux biocarburants
Contrairement aux biocarburants issus de la biomasse, dont les ressources sont limitées, les carburants de synthèse développés par MGH Energy reposent sur l’utilisation d’électricité renouvelable, d’hydrogène vert et de molécules de carbone. Les études menées par l’entreprise ont montré qu’il est possible de produire autant, voire davantage, d’énergie à partir de ressources renouvelables que via la biomasse.
La réglementation européenne impose progressivement l’incorporation de carburants durables dans l’aviation, avec un objectif de 70 % à l’horizon 2050. En 2025, ce taux n’est encore que de 2 %, mais la montée en puissance est engagée. Le projet de l’Ardoise prévoit ainsi la production annuelle d’environ 70 000 tonnes de carburant d’aviation durable, soit près de 15 % de la consommation des aéroports d’Occitanie.
Une unité industrielle pensée pour le site de l’Ardoise
Le procédé industriel repose sur la synthèse entre hydrogène vert et carbone capté. Le CO₂ sera collecté auprès d’industriels de la vallée du Rhône, en priorité les plus proches du site : unités de valorisation énergétique, cimentiers ou méthaniseurs. Selon la distance, le transport s’effectuera par pipelines enterrés, par le rail ou par voie fluviale.
L’électricité nécessaire à la production sera fournie par des parcs d’énergies renouvelables régionaux, complétés par une centrale photovoltaïque d’environ 10 MW en autoconsommation installée sur le site. La proximité immédiate du Rhône constitue un atout stratégique : elle permet à la fois l’accès à l’hydroélectricité et une logistique majoritairement fluviale. Les carburants produits transiteront par l’eau vers Fos, Port-la-Nouvelle ou Sète, avant d’être acheminés vers les aéroports.

Sécurité industrielle et intégration territoriale
Classé ICPE Seveso seuil bas, le site a été volontairement dimensionné pour ne pas franchir le seuil haut, grâce notamment à des volumes de stockage limités. L’objectif est de contenir les risques à l’intérieur des 35 hectares de l’ancienne friche et de maintenir une distance fonctionnelle avec les zones habitées.
Le projet mobilisera environ 35 hectares : entre 7 et 10 hectares dédiés au photovoltaïque, aux parkings et à la réhabilitation de l’ancienne sucrerie, et près de 25 hectares consacrés à la production industrielle. Le bâtiment patrimonial de la sucrerie sera rénové et transformé en bureaux, illustrant la volonté de préserver la mémoire industrielle du site tout en l’inscrivant dans l’avenir.
Un investissement massif et des emplois qualifiés
L’investissement global est estimé à 1 milliard d’euros, financé à 30 % en fonds propres et à 70 % en dette, au fil de la maturation du projet. La labellisation « Site clé en main France 2030 » facilite l’intérêt et l’intervention de financeurs publics et privés.
La phase de construction, d’une durée d’environ deux ans, mobilisera près de 400 emplois. En phase d’exploitation, l’usine comptera environ 200 emplois directs, principalement des techniciens et des ingénieurs. Pour y répondre, MGH Energy prévoit de s’appuyer sur les formations locales, notamment à Alès, Nîmes et Bagnols, ainsi que sur les compétences et sous-traitants déjà présents sur le territoire.

Cap sur 2028
La mise en service de l’unité est envisagée à l’horizon 2031, avec la pose symbolique de la première pierre en 2028. Pour les élus comme pour l’entreprise, ce projet incarne concrètement une réindustrialisation décarbonée, respectueuse de l’environnement et créatrice d’emplois durables. Une nouvelle étape pour le site de l’Ardoise, longtemps à l’arrêt, désormais tourné vers l’industrie du futur.



