Nîmes : au 3e rendez-vous économique du MEDEF, la sécurisation de l’eau au cœur des débats

À l’occasion du 3e rendez-vous économique organisé par le MEDEF à Nîmes, ce mardi 10 février, la première table ronde était consacrée à un enjeu stratégique pour le territoire : la sécurisation de la ressource en eau. Autour de la table : Jean-François Blanchet (BRL), Renaud Orsucci (Veolia), Sébastien Ferra (DDTM du Gard) et Denis Brunel (EDF Tricastin). Un échange dense, à la croisée des impératifs environnementaux, économiques et industriels.
Une ressource rare dans le Gard
Pour Sébastien Ferra, représentant de la DDTM du Gard, le constat est clair : l’eau est une denrée rare dans le département.
Contrairement à certaines idées reçues, les pluies hivernales abondantes ne suffisent pas à garantir un été serein. Le Gard repose en grande partie sur des nappes karstiques, qui se remplissent rapidement… mais se vident tout aussi vite. « Nous ne disposons pas de nappes de grand stockage », rappelle-t-il.
Le changement climatique accentue la pression. L’augmentation du nombre de jours de canicule est plus marquée dans le sud de la France que dans d’autres territoires européens. « Nous pensions être relativement épargnés. Aujourd’hui, nous savons que ce n’est pas le cas », souligne-t-il.
Le département doit donc composer avec :
- une ressource structurellement limitée,
- des besoins croissants (croissance démographique, activité économique),
- et une intensification des épisodes extrêmes.
Planification et arbitrage : un partage sous contrainte
La gestion de l’eau s’inscrit dans le cadre européen de la directive-cadre sur l’eau, déclinée en plans de gestion à l’échelle des bassins versants. L’objectif est simple sur le papier : retrouver l’équilibre entre ressource et usages.
Mais la difficulté est majeure : « La part du gâteau ne va pas s’agrandir », résume Sébastien Ferra.
Le plan Eau national fixe un objectif de 10 % d’économies. Or, dans le même temps, les entreprises ont besoin de se développer. La solution passe donc par :
- l’innovation technologique,
- l’optimisation des usages,
- et une meilleure répartition dans le temps des prélèvements.
Le comité de la ressource en eau (anciennement comité sécheresse), présidé par délégation du préfet, sera d’ailleurs réformé en 2026 autour de trois axes :
- Renforcement de la pédagogie et de la communication,
- Élargissement de la composition du comité,
- Révision des seuils d’alerte pour les rendre plus lisibles et anticiper le changement climatique.
Veolia : la technologie comme levier d’économie
Pour Renaud Orsucci, la réponse passe par des outils opérationnels. À l’échelle de Nîmes Métropole, plus de 5 000 compteurs en télérelève ont été déployés.
Objectif : suivre les consommations en temps réel, détecter les fuites après compteur et permettre aux abonnés — particuliers comme industriels — d’analyser leur consommation.
Résultat concret :
300 000 m³ d’eau économisés en un an, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’une commune comme Générac.
Au total, depuis 2020, 2 millions de m³ ont été économisés sur le territoire de la métropole, soit près de 9,5 % des prélèvements.
Par ailleurs :
- 1 300 à 1 400 km de réseau sont inspectés chaque année,
- plus de 600 fuites sont réparées annuellement.
À l’échelle nationale, dans le cadre de son plan stratégique, Veolia s’est engagée à économiser 33 millions de m³ d’eau d’ici 2027.
EDF Tricastin : sobriété hydrique dans le nucléaire
Denis Brunel, représentant du site du Tricastin, rappelle que la filière nucléaire dépend étroitement de l’eau.
La centrale du Tricastin, située au bord du canal de Donzère-Mondragon, fonctionne en circuit ouvert : l’eau prélevée est rejetée quasi intégralement (environ 100 %), contrairement aux centrales équipées de tours aéroréfrigérantes.
Trois usages principaux de l’eau :
- eau potable,
- eau industrielle (déméralisation),
- refroidissement.
Dans le cadre du plan national de sobriété hydrique, la filière nucléaire s’est engagée à réduire de 10 % ses consommations.
Au Tricastin, cela se traduit notamment par :
- un projet d’optimisation par osmose (projet Nestor),
- une réduction de 10 % des prélèvements industriels,
- une économie annuelle estimée à 80 000 euros.
EDF observe également des initiatives internationales, comme la centrale de Palo Verde (États-Unis) utilisant des eaux recyclées, ou celle de Barakah (Émirats arabes unis), opérant en climat désertique.
Une question centrale : pédagogie et acceptabilité
Un point sensible demeure : la lisibilité des arrêtés sécheresse.
Sur un même territoire, des restrictions peuvent s’appliquer à certains usages (nappes locales) tandis que d’autres, alimentés par le Rhône via le réseau BRL, restent autorisés. Cette différence de ressource complique la compréhension du grand public.
L’enjeu est donc double :
- technique (gestion fine des bassins),
- mais aussi sociétal (adhésion des usagers).
Vers un territoire d’innovation ?
Malgré le constat préoccupant, les intervenants ont insisté sur un point : la contrainte peut devenir une opportunité.
Le Gard, territoire sous tension hydrique, pourrait devenir un laboratoire d’innovation :
- optimisation industrielle,
- réutilisation des eaux usées,
- digitalisation des réseaux,
- adaptation des modèles agricoles.
La sécurisation de la ressource n’est plus uniquement une problématique environnementale. Elle devient un facteur structurant de compétitivité territoriale.
Et comme l’a rappelé un intervenant : si le comité de la ressource en eau ne se réunissait que deux années sur dix, ce serait le signe que l’équilibre est retrouvé. Aujourd’hui, il se réunit dix années sur quinze.
Le message est clair : l’eau n’est plus acquise. Elle se gère, s’anticipe et s’optimise.



