Philippe Pellaton, président d’Inter Rhône, estime que la Vallée du Rhône doit conjuguer résilience et compétitivité
À l’occasion du salon Wine Paris, Philippe Pellaton, président d’Inter Rhône, a dressé un état des lieux des AOC de la Vallée du Rhône, entre baisse historique des volumes, engagement environnemental renforcé et adaptation stratégique face aux mutations du marché.
Millésime 2025 : précision et équilibre
Malgré des conditions exigeantes, le millésime 2025 s’annonce qualitatif. Les baies, plus petites, offrent concentration et richesse aromatique. Les rouges se distinguent par leur finesse, leur fraîcheur et leur longueur. Les blancs présentent une belle minéralité et une aromatique éclatante. Harmonieux et précis, le millésime affiche toutefois des volumes en recul.
Une récolte historiquement basse
La production 2025 devrait atteindre environ 2 millions d’hectolitres, en baisse de 7 %, après une forte diminution déjà enregistrée en 2024. Les Crus septentrionaux reculent de 17 %, les AOC hors Côtes du Rhône de 9 %. Le vignoble perd également 5 % de surface, avec moins de 60 000 hectares revendiqués.
La répartition par couleur reste stable : 74 % de rouge, 13 % de rosé et 13 % de blanc — une quasi-égalité inédite entre blanc et rosé. Le rouge recule davantage (-8 %) que le blanc (-3 %).
Engagement environnemental renforcé
En 2025, 25 % des volumes sont certifiés bio (contre 23 % en 2024) et 37 % en HVE. Au total, 63 % de la production relève d’une démarche environnementale.
Un accord interprofessionnel de durabilité a été validé pour les Côtes du Rhône et Côtes du Rhône Villages rouges en Bio et HVE. Il fixe des prix d’orientation tenant compte des coûts de production (ex : 170 €/hl en Côtes du Rhône Bio, 130 €/hl minimum en HVE). Prévu pour deux ans, il vise à sécuriser la rémunération tout en maintenant la compétitivité.
Commercialisation contrastée
Les sorties de chais reculent de 5 % en 2025. Les Crus méridionaux progressent (+4 %), tandis que les Crus du Nord baissent de 8 %. Le vrac (deux tiers des volumes) recule de 4 %, le conditionné de 7 %. Toutes les couleurs sont en baisse : rouge (-5 %), rosé (-6 %), blanc (-7 %).
En grande distribution (39 % des débouchés), le contexte reste difficile (-3,2 % pour les vins tranquilles). Les AOP rhodaniennes limitent la baisse à -2,7 %. Les rouges résistent mieux que la moyenne et les blancs progressent (+3,5 %).
Chez les cavistes et en restauration, la Vallée du Rhône demeure leader des AOP tranquilles, avec des volumes quasi stables (-0,7 %) quand les autres régions reculent davantage. Les blancs y gagnent en reconnaissance.
À l’export, les volumes baissent de 5 %. Les Côtes du Rhône et Villages limitent le recul, les Crus du Sud progressent en volume (+11 %) mais moins en valeur. Sur dix ans, le chiffre d’affaires export reste en hausse (+7 %) malgré un volume en baisse de 20 %.
Relance, diversification et adaptation
Inter Rhône participe à un plan national visant à reconquérir les 25-45 ans, cible qui se détourne du vin. La grande distribution fait l’objet d’un réinvestissement stratégique.
La diversification se poursuit avec un travail sur des rouges plus légers (projet “Côtes du Rhône Claret”), l’extension de la production de blancs dans plusieurs appellations, et un programme expérimental sur les vins effervescents.
Enfin, l’engagement RSE d’Inter Rhône est confirmé par le maintien du label “Engagé RSE”. À travers le programme VITILIENCE et des travaux sur la décarbonation (bouteilles allégées, réemploi, haies, couverts végétaux), la filière affirme sa volonté d’adaptation climatique et de résilience économique.
En 2026, sept Crus célébreront des anniversaires majeurs, symbole d’une région qui entend conjuguer tradition, innovation et durabilité.



