Nîmes-Garons : le gouvernement lance la campagne nationale 2026 de lutte contre les feux de forêt et commande deux nouveaux Canadair

Une mobilisation nationale lancée depuis le Gard
La base aérienne de la Sécurité civile de Nîmes-Garons a accueilli ce jeudi 4 juin le lancement officiel de la campagne nationale 2026 de prévention et de lutte contre les feux de forêt. Pour l’occasion, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, et Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, avaient fait le déplacement dans le Gard, quelques heures après une visite dans le quartier Pissevin à Nîmes.
Choisir Nîmes-Garons n’a rien d’anodin. Depuis 2023, le site gardois est devenu le siège du Centre national de coordination avancée de la sécurité civile (CNCASC), véritable tour de contrôle des moyens nationaux engagés contre les incendies. Il abrite également la flotte aérienne de la Sécurité civile composée notamment des Canadair, Dash et Beechcraft, mobilisés chaque été pour protéger les populations et les espaces naturels.
Cette visite intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Après plusieurs épisodes de chaleur précoce enregistrés dès le printemps et alors que les effets du changement climatique allongent progressivement la saison des incendies, l’État entend démontrer sa capacité à anticiper et à répondre à des risques de plus en plus fréquents et intenses. En 2025, plus de 30 400 hectares ont brûlé en France, soit deux fois plus que la moyenne observée entre 2006 et 2021.
« Il n’est jamais trop tôt pour ouvrir cette saison », a insisté Laurent Nuñez devant les personnels de la Sécurité civile. Le ministre a rappelé que la stratégie engagée après les incendies historiques de 2022 se poursuit avec des investissements massifs dans les moyens humains, terrestres et aériens.
Autour des ministres étaient réunis les représentants de l’État, les élus locaux, les responsables des services de secours, les acteurs forestiers ainsi que plusieurs partenaires européens et canadiens venus participer à cette journée placée sous le signe de la coopération internationale face aux catastrophes naturelles.
Une démonstration capacitaire pour montrer la puissance du dispositif français
Avant les prises de parole officielles, les invités ont assisté à une importante démonstration capacitaire sur le tarmac de Nîmes-Garons.

Plusieurs appareils emblématiques de la Sécurité civile ont été mobilisés. Les Canadair CL-415, capables d’emporter jusqu’à 6 000 litres d’eau, ont effectué des démonstrations de largage aux côtés des Dash Q400 MR, véritables couteaux suisses de la lutte aérienne contre les incendies. Les hélicoptères bombardiers d’eau et les moyens terrestres ont également participé à l’exercice.
Cette démonstration avait pour objectif d’illustrer la doctrine française d’attaque rapide des feux naissants, qui permet aujourd’hui de contenir plus de 90 % des incendies avant qu’ils ne dépassent un hectare.
Sur le terrain, la coordination entre moyens aériens et terrestres reste la clé de l’efficacité opérationnelle. Les démonstrations ont mis en évidence la complémentarité entre les pilotes, les sapeurs-pompiers, les militaires de la sécurité civile et les services forestiers.
Pour Cédric Clémente, président des Communes forestières, cette démonstration est rassurante : « Le département du Gard est prêt, la France est prête. Mais avec le feu de forêt, il faut toujours rester modeste. Une période de mistral et de canicule peut rapidement faire basculer la situation. »
Deux nouveaux Canadair pour renforcer la flotte française à l’horizon 2028
Moment fort de cette visite ministérielle : la signature officielle de la commande de deux nouveaux Canadair destinés à renforcer la flotte française.
Cette acquisition s’inscrit dans les engagements pris par Emmanuel Macron après les gigantesques incendies de l’été 2022 qui avaient notamment ravagé les Landes et la Gironde. Laurent Nuñez a rappelé que depuis cette date, l’État a engagé une politique volontariste de modernisation des moyens de lutte.
« Depuis 2022, un demi-milliard d’euros a été investi pour renouveler les hélicoptères Dragon et plus de 300 millions d’euros pour les avions bombardiers d’eau », a souligné le ministre.
Ces deux nouveaux appareils seront construits par le groupe canadien De Havilland Aircraft of Canada. Leur acquisition représente un investissement d’environ 200 millions d’euros. Ils viendront compléter les deux Canadair commandés en 2024 grâce au soutien financier de la Commission européenne.
Les livraisons sont attendues respectivement en avril et en novembre 2028.
« La France sera particulièrement attentive au respect du calendrier de livraison », a insisté Laurent Nuñez.
Le ministre a également salué la décision du constructeur canadien de relancer une chaîne de production qui avait été interrompue depuis plusieurs années.
Présent à Nîmes-Garons, le représentant canadien Jean-Philippe Côté a souligné la dimension stratégique de ce partenariat.
« C’est un immense honneur d’être parmi vous aujourd’hui pour cette signature et pour le lancement de la saison des feux de forêt. Au nom du gouvernement du Canada, c’est un grand plaisir de continuer à développer cette collaboration avec la France face aux catastrophes naturelles. »
Il a également salué la confiance accordée à l’industrie canadienne.
« Nous mettrons toute notre expertise et notre détermination au service de cet engagement. Cette commande constitue une solution concrète pour protéger les populations et renforcer la résilience de nos territoires. »
L’entreprise canadienne a rappelé employer près de 3 000 salariés dont l’action est guidée par « l’intérêt général » et la volonté d’apporter des solutions durables face aux défis climatiques.
Avec cette nouvelle commande, la France poursuit la modernisation de sa flotte aérienne. Aujourd’hui basée à Nîmes-Garons, celle-ci comprend notamment dix Canadair, sept Dash et trois Beechcraft.
Au-delà de l’aspect national, ces moyens bénéficient également à l’Union européenne. Le mécanisme européen de protection civile permet en effet de prépositionner des appareils dans plusieurs pays exposés. Cette année encore, des moyens français seront notamment déployés en Grèce et en Sardaigne.
Le commissaire européen chargé de la gestion des crises a rappelé l’importance de cette solidarité continentale : « Le réchauffement climatique ignore les frontières. Nous devons travailler ensemble pour être plus efficaces. »
Une saison 2026 sous haute surveillance

L’État aborde la saison estivale 2026 avec une vigilance renforcée.
Les chiffres présentés lors de cette journée illustrent l’évolution inquiétante du risque incendie. Désormais, 52 départements disposent de massifs classés à risque incendie.
Le changement climatique modifie profondément la géographie du risque. Les printemps plus chauds, les automnes plus secs, les épisodes de canicule plus fréquents et l’intensification des sécheresses favorisent l’émergence d’incendies dans des territoires jusqu’alors peu concernés.
L’année 2025 a confirmé cette tendance avec plus de 16 300 feux recensés et 30 400 hectares brûlés.
Pour faire face à cette menace, l’État a considérablement renforcé son dispositif.
La flotte nationale est complétée cette année par seize appareils supplémentaires loués, portant à 47 le nombre total d’aéronefs mobilisables.
Sur le plan terrestre, 51 colonnes de renfort représentant près de 4 000 sapeurs-pompiers et sapeurs-sauveteurs ainsi que 600 véhicules pourront être engagés partout en France.
Les moyens de surveillance ont également été renforcés grâce au développement des drones, des caméras de détection, des tours de guet et des patrouilles forestières.

Laurent Nuñez a également rappelé les investissements réalisés dans le cadre du pacte capacitaire.
« 150 millions d’euros ont été consacrés au renforcement des moyens des services d’incendie et de secours. D’ici fin 2026, 747 nouveaux engins auront été renouvelés. Chaque véhicule constitue un maillon supplémentaire de notre chaîne de réponse opérationnelle. »
Le ministre a aussi évoqué la montée en puissance du quatrième régiment de sécurité civile de Libourne, qui pourra compter jusqu’à 600 militaires spécialisés.
La stratégie française repose toujours sur l’attaque précoce des feux naissants. Cette doctrine a permis de contenir la majorité des départs de feu avant qu’ils ne prennent de l’ampleur. Plus de 95 % des incendies sont aujourd’hui maîtrisés avant d’avoir parcouru cinq hectares.
Pour Cédric Clémente, président des Communes forestières, le Gard demeure l’un des départements les mieux organisés du pays.
« Nous avons un système partenarial efficace. Les surfaces brûlées diminuent depuis plusieurs années grâce au travail collectif mené par les communes, les services de l’État et les acteurs forestiers. »
Prévention, débroussaillement et adaptation au changement climatique
Au-delà des moyens d’intervention, Monique Barbut a insisté sur l’importance fondamentale de la prévention.
La ministre a rappelé le principe du « triangle du feu » : chaleur, combustible et oxygène.
« Les épisodes de sécheresse, les canicules et le vent favorisent la propagation des incendies. Le changement climatique n’est pas étranger à cette évolution. »
Elle a souligné que les printemps plus chauds et les automnes plus secs allongent progressivement la saison des feux et étendent le risque vers le nord et l’ouest du pays.
« En 2022, quatre fois plus d’hectares ont brûlé que lors d’une année moyenne. Ces constats nous obligent à renforcer la prévention, la lutte et la restauration des espaces naturels. »
Pour la ministre, une politique efficace commence bien avant l’apparition des flammes.
Elle a notamment insisté sur les obligations légales de débroussaillement (OLD), présentées comme l’un des outils les plus efficaces pour protéger les habitations.
Selon les données du ministère, 90 % des maisons détruites lors d’incendies étaient situées sur des terrains insuffisamment débroussaillés.
« Débroussailler, c’est protéger sa famille, ses biens, faciliter l’intervention des secours et préserver la forêt. »
La ministre a également mis l’accent sur les comportements individuels.
« Ne pas jeter son mégot dans la nature, renoncer à un barbecue en période à risque, respecter les restrictions préfectorales : ce sont des gestes simples mais essentiels. »
Les chiffres sont éloquents : neuf incendies sur dix sont d’origine humaine et pourraient être évités.
Pour accompagner cette politique, le gouvernement lance pour la neuvième année consécutive sa campagne nationale de sensibilisation. La Météo des forêts, accessible quotidiennement, permettra également à chacun d’adapter ses comportements en fonction du niveau de risque.
Monique Barbut a enfin appelé à maintenir les moyens financiers accordés à l’Office national des forêts et à réfléchir dès aujourd’hui à « la forêt de demain », capable de résister aux conséquences du changement climatique.

Une mobilisation collective face à un défi durablei
Au terme de cette journée à Nîmes-Garons, un message s’est imposé : la lutte contre les feux de forêt ne repose plus uniquement sur les moyens d’intervention, aussi performants soient-ils.
Face à un risque qui s’étend géographiquement et temporellement sous l’effet du changement climatique, l’État mise désormais sur une approche globale associant prévention, anticipation, surveillance, adaptation des territoires et coopération internationale.
La commande de deux nouveaux Canadair illustre cette volonté d’investir dans la durée. Elle vient compléter un effort financier considérable engagé depuis 2022 pour moderniser les flottes aériennes, renforcer les services d’incendie et développer les capacités de projection nationales et européennes.
Pour Laurent Nuñez, cette stratégie porte déjà ses fruits. Les milliers de départs de feu traités chaque année démontrent l’efficacité d’un modèle français souvent cité en exemple à l’étranger.
Mais la réussite dépendra également du comportement de chacun. Comme l’ont rappelé les ministres, neuf incendies sur dix trouvent leur origine dans l’activité humaine. Le respect des obligations de débroussaillement, la vigilance au quotidien et l’adoption des bons réflexes demeurent les premiers remparts contre les flammes.
Depuis Nîmes-Garons, véritable centre névralgique de la lutte aérienne contre les incendies, le gouvernement a ainsi lancé un appel à la responsabilité collective pour affronter une saison 2026 qui s’annonce particulièrement sensible.



