Fabienne Decottignies, nouvelle préfète du Gard : « Je ne veux pas être la préfète de Nîmes, mais la préfète du Gard »

Installée officiellement ce lundi 17 août, Fabienne Decottignies a pris ses fonctions de préfète du Gard, succédant à Jérôme Bonet. Quelques heures seulement après son installation, la représentante de l’État a tenu à rencontrer la presse afin de présenter son parcours, sa méthode et les premières priorités qui accompagneront son arrivée dans le département. Avec un mot d’ordre : aller sur le terrain pour connaître le Gard avant d’agir.
« On est un 17 août, je sais que la date n’est pas forcément la plus opportune, mais c’est la date de mon installation. Il me semblait important que l’on puisse faire connaissance tout de suite », a-t-elle expliqué en ouverture de cette première rencontre.
Originaire du Nord, auquel elle se dit « profondément attachée », Fabienne Decottignies ne cache pas son enthousiasme à l’idée de découvrir un territoire très différent de ceux dans lesquels elle a exercé jusqu’ici. « C’est vraiment la richesse de ce métier que de pouvoir découvrir la France dans toute sa dimension. J’arrive avec beaucoup d’envie. Je ne viens pas en touriste, même si c’est un très beau département. J’ai envie de le découvrir pour pouvoir mieux agir. »
Une historienne qui se définit aussi comme « géographe »
Historienne de formation, avec une spécialisation en géographie, la nouvelle préfète se dit particulièrement sensible à la richesse patrimoniale et à la diversité du Gard, de Nîmes aux Cévennes en passant par la Camargue et les territoires ruraux.
Une diversité qui rejoint directement sa conception de la fonction préfectorale. « J’ai souvent l’habitude de dire qu’un préfet exerce un métier de géographe. Un préfet fait de la géographie physique parce qu’il va sur le terrain. Il ne reste pas dans son bureau. Mais il fait aussi énormément de géographie humaine. Pour pouvoir servir les citoyens du Gard, il faut les connaître. »
Cette présence sur le terrain constituera donc l’un des piliers de son action. Élus, entrepreneurs, associations, chambres consulaires, citoyens ou services de l’État : Fabienne Decottignies entend rapidement multiplier les rencontres.
« Je vais d’abord aller au contact de ceux qui font le département. Ce n’est pas seulement à travers les excellentes notes de mes collaborateurs que je vais découvrir le Gard. Il faut que j’aille voir les élus, que je les entende, que j’aille voir les représentants économiques, associatifs et les citoyens. »

Santé, sécurité civile et gestion de crise
Son parcours professionnel devrait également peser dans son approche des dossiers gardois. Avant de rejoindre le ministère de l’Intérieur en 2012, Fabienne Decottignies a travaillé durant onze années au sein des ministères sociaux, notamment à la Direction générale de la santé.
Elle y a notamment vécu la canicule de 2003, puis la crise liée à la grippe H1N1. Une expérience qui lui a donné une solide connaissance de la gestion de crise avant de poursuivre son parcours au ministère de l’Intérieur.
Elle a ensuite occupé plusieurs postes à la préfecture de police de Paris, notamment dans le domaine de la sécurité civile puis des ressources humaines, avant de devenir directrice de cabinet dans l’Oise, secrétaire générale de la préfecture du Nord et sous-préfète de Lille, puis préfète de la Nièvre durant deux années.
Autant de territoires différents dans lesquels elle identifie déjà certains points communs avec le Gard : enjeux de sécurité dans les territoires urbains, difficultés sociales, passé industriel et minier ou encore importance de l’agriculture.
« L’eau est un sujet capital »
Parmi les problématiques qu’elle connaît particulièrement bien figure justement celle du monde agricole. Dans la Nièvre, elle avait travaillé étroitement avec la profession, essentiellement tournée vers l’élevage bovin.
Dans le Gard, les filières sont différentes, avec notamment la viticulture, l’arboriculture ou les grandes cultures, mais les difficultés rencontrées par les agriculteurs restent pour elle un sujet important.
À cette problématique s’ajoute celle de l’eau, que la nouvelle préfète place déjà parmi les dossiers majeurs des prochaines années.
« J’ai acquis la conviction qu’il faut travailler sur l’eau. Si l’on veut éviter la guerre des usages, il faut y travailler maintenant. C’est pour moi un sujet capital. »
Plus largement, elle souhaite placer l’aménagement du territoire et l’égalité entre les habitants au cœur de son action. « Nos concitoyens demandent à être traités de la même façon, que l’on soit au Grau-du-Roi, à Alès ou à Nîmes, avec bien évidemment les spécificités de chacun des territoires. »
Risques naturels : priorité au respect des règles
À peine arrivée, Fabienne Decottignies est également confrontée à l’une des grandes particularités du Gard : l’exposition à de nombreux risques naturels, entre incendies, inondations et épisodes météorologiques violents.
« Le Gard, c’est presque la concentration de tous les risques naturels possibles », résume-t-elle.
Pour y répondre, elle entend s’appuyer sur l’expérience des services de l’État, du SDIS, de l’ONF mais également des élus locaux.
Son premier levier sera celui de la prévention et du respect des réglementations. « Quand on dit qu’il ne faut pas faire de barbecue, on ne fait pas de barbecue. Quand il existe une obligation de débroussailler ou de faucher, il faut la mettre en œuvre. »
En cas de crise, la nouvelle préfète veut privilégier la rapidité de décision sans négliger la connaissance du terrain. « Il faut aller vite, mais il faut écouter ceux qui savent : les pompiers, l’ONF, mais aussi le maire qui connaît parfaitement son territoire. »

Sécurité et narcotrafic parmi les premiers dossiers
La sécurité figurera également en bonne place dans son agenda. Dès ce mardi, Fabienne Decottignies doit participer à une première réunion consacrée à ces questions.
Le narcotrafic, qui a particulièrement marqué Nîmes mais également Alès ces derniers mois, sera notamment abordé. Dès l’annonce de sa nomination, elle indique avoir pris contact avec le maire d’Alès afin de lui assurer que « le changement de préfet ne changerait rien au soutien de l’État ».
Elle compte poursuivre l’utilisation de l’ensemble des outils administratifs et judiciaires disponibles pour lutter contre les trafics, tout en refusant de réduire les villes concernées à cette seule problématique.
Les grands rassemblements feront également partie de ses premières échéances, notamment la feria de Nîmes. La Nordiste fait volontiers le parallèle avec un événement qu’elle connaît bien : la Braderie de Lille, qui accueille plusieurs millions de visiteurs sur un week-end. « Les modalités de festivités sont différentes, mais la dimension de sécurité est la même. »
Quinze jours pour aller au maximum sur le terrain
Fabienne Decottignies dispose désormais de quelques jours pour accélérer les rencontres avant le début, le 1er septembre, de la période de réserve liée aux prochaines élections sénatoriales.
Elle a déjà rencontré le maire de Nîmes ce lundi et doit poursuivre avec les principaux élus et institutions du département. Elle a également demandé aux sous-préfets de lui présenter leurs arrondissements.
Avec une volonté clairement affichée : ne pas limiter sa fonction à la capitale gardoise.
« Mon but, ce n’est pas d’être la préfète de Nîmes. Je suis préfète du Gard. Je veux connaître tout le territoire. »
Une méthode qu’elle résume autour de trois principes : humilité, présence sur le terrain et recherche de solutions. « J’aime l’action. Mon rôle est de mettre tous les services de l’État autour de la table, d’éviter qu’ils fonctionnent en silo et surtout d’éviter la suradministration. Il y a des réglementations, elles doivent être respectées, mais il n’y a pas besoin de rajouter de la complexité à la complexité. »
Une première feuille de route esquissée quelques heures à peine après son arrivée. Désormais, la nouvelle préfète veut multiplier les déplacements : « Il faut que j’aille dans les communes. Il faut que je connaisse les communes. »



