A la UneActualitésAlès AggloEconomiePolitique

À Alès, Édouard Philippe dévoile son plan contre le narcotrafic mais averti : « Je ne veux pas réduire Alès à la lutte contre le narcotraffic »

L’ancien Premier ministre et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, Édouard Philippe, était à Alès ce lundi 7 septembre. Une journée aux côtés du maire Christophe Rivenq, récemment menacé dans le contexte de la lutte contre le narcotrafic, durant laquelle le président d’Horizons a mêlé rencontres de terrain, échanges économiques et annonces fortes en matière de sécurité.

C’est à pied qu’Édouard Philippe a fait son arrivée devant l’hôtel de ville d’Alès. Après avoir salué plusieurs habitants présents sur le parvis, l’ancien Premier ministre a été accueilli par le maire, Christophe Rivenq. Une première visite dans la capitale des Cévennes pour celui qui a déjà annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027.

Les deux hommes se sont d’abord isolés pour un échange dans le bureau du maire, avant qu’Édouard Philippe ne rencontre les membres de la majorité municipale. L’occasion d’afficher une proximité entre les deux élus et d’évoquer plusieurs similitudes dans leurs parcours et leur manière d’appréhender l’action publique locale.

Mais au-delà de la politique nationale, cette visite avait une dimension particulière. Édouard Philippe souhaitait notamment témoigner directement de son soutien à Christophe Rivenq, visé durant l’été par de graves menaces dans un contexte de lutte accrue contre les réseaux de stupéfiants à Alès.

À la rencontre des Alésiens

Après ce premier temps institutionnel, la visite s’est poursuivie dans les rues du centre-ville. Édouard Philippe et Christophe Rivenq ont notamment fait étape à la cathédrale avant de rejoindre les Halles de l’Abbaye.

Sur le marché, l’ancien Premier ministre s’est prêté au jeu des rencontres avec les commerçants et les habitants. Discussions avec des Alésiens attablés au bar, dégustations de fromages, de vins ou encore de bière locale : une séquence davantage tournée vers la proximité et la découverte du territoire.

À l’heure du déjeuner, le déplacement a pris une dimension économique avec une rencontre organisée avec plusieurs acteurs du territoire. Parmi les principaux sujets évoqués : le désenclavement du bassin alésien et les infrastructures nécessaires au développement économique.

La journée s’est ensuite poursuivie sur le terrain de la sécurité, avec une rencontre avec les forces de police et une visite du centre de supervision urbain.

« Une vague qui s’abat sur le pays »

C’est précisément sur la lutte contre le narcotrafic qu’Édouard Philippe a choisi de concentrer sa prise de parole en fin de visite.

« Je tenais à venir à Alès pour témoigner d’abord de mon amitié et de mon soutien au maire d’Alès, Christophe Rivenq », a expliqué l’ancien chef du gouvernement, rappelant les menaces graves reçues par l’édile cet été.

Pour Édouard Philippe, la question dépasse désormais largement les seules problématiques de consommation de stupéfiants.

« C’est une vague qui s’abat sur le pays, qui touche tous les milieux sociaux, tous les métiers, tous les territoires », a-t-il estimé. Le maire du Havre connaît notamment la problématique de l’entrée de stupéfiants par les ports, mais considère que le phénomène représente désormais « un problème pour la sécurité de l’État ».

Selon lui, l’argent généré par les trafics entraîne violences, menaces et risques de corruption, au point de fragiliser les institutions.

Un « état d’urgence narcotrafic »

La principale proposition avancée à Alès est ainsi la création d’un « état d’urgence narcotrafic ».

Édouard Philippe entend s’inspirer des dispositifs utilisés dans la lutte contre le terrorisme afin de reprendre temporairement le contrôle de certains secteurs particulièrement touchés par les trafics.

Sur un territoire et pour une durée déterminés, ce régime permettrait, sous contrôle judiciaire, de mobiliser des moyens exceptionnels, avec notamment des perquisitions administratives ou encore l’utilisation de certains outils technologiques. Édouard Philippe a notamment cité la reconnaissance faciale.

L’objectif serait également de pouvoir interdire à certains trafiquants l’accès à des secteurs géographiques déterminés et de renforcer les moyens d’enquête.

« Nous ne pourrons pas vivre dans une société apaisée et en sécurité aussi longtemps que le narcotrafic marquera des points sur notre territoire », a-t-il insisté.

« Taper les narcotrafiquants au portefeuille »

Deuxième axe développé par le candidat à la présidentielle : s’attaquer directement aux ressources financières des réseaux.

Édouard Philippe souhaite faciliter les saisies de biens issus du narcotrafic mais également permettre aux magistrats de prononcer, à titre de peine complémentaire, la suppression de certaines allocations et prestations sociales pour les personnes compromises dans les trafics.

Il propose également la création d’un dispositif de surveillance financière permettant aux administrations et acteurs bancaires d’identifier plus facilement les personnes impliquées dans le narcotrafic afin de surveiller leurs actifs et leurs mouvements financiers.

Le président d’Horizons souhaite parallèlement renforcer les moyens engagés dans les Outre-mer, notamment dans les Antilles, en Guyane ou à La Réunion, qu’il considère comme des points stratégiques dans la lutte contre l’entrée des stupéfiants sur le territoire français.

Les consommateurs également ciblés

Édouard Philippe entend aussi agir sur la demande. Selon lui, la lutte contre le narcotrafic ne peut pas uniquement concerner les trafiquants.

Il souhaite notamment que l’employeur public puisse être informé lorsqu’un agent dépositaire de l’autorité publique est identifié comme consommateur de produits stupéfiants.

Une proposition qu’il assume malgré les interrogations sur son caractère potentiellement stigmatisant.

« La consommation de produits stupéfiants n’est jamais neutre », a-t-il répondu, considérant qu’elle s’inscrit nécessairement dans « une chaîne de narcotrafic » alimentant les violences.

Christophe Rivenq a apporté son soutien à cette orientation. Pour le maire d’Alès, ces propositions pourraient donner des moyens supplémentaires à l’État pour agir plus efficacement.

« Plus de consommateurs égale plus de dealers, il faut aussi appeler un chat un chat », a souligné l’édile, estimant nécessaire de renforcer également les sanctions visant la consommation.

La corruption dans le viseur

Troisième grand volet développé par Édouard Philippe : la prévention de la corruption.

L’ancien Premier ministre estime que l’argent généré par les réseaux de stupéfiants peut progressivement toucher les administrations, la justice, les établissements pénitentiaires ou encore les forces de sécurité.

Il souhaite donc renforcer les dispositifs de détection et de contrôle mais aussi la protection des agents exposés aux pressions des réseaux criminels.

Enfin, Édouard Philippe plaide pour une simplification de la procédure pénale. Selon lui, la complexité actuelle des règles peut ralentir certaines enquêtes et procédures.

Il en fait déjà l’un des chantiers qu’il souhaiterait engager rapidement après l’élection présidentielle s’il accédait à l’Élysée.

La présidentielle déjà en toile de fond

Interrogé sur la tonalité très sécuritaire de son déplacement, Édouard Philippe a rejeté l’idée d’une campagne orientée « à droite toute ».

« Je ne crois pas que s’engager fermement contre le narcotrafic, ce soit plus de droite que de gauche », a-t-il répondu.

L’ancien Premier ministre assume néanmoins clairement son positionnement : « Je suis un homme de droite qui veut rassembler la droite et le centre ».

À Alès, cette visite aura ainsi permis à Édouard Philippe de conjuguer deux objectifs : afficher son soutien à un maire confronté directement aux conséquences du narcotrafic et commencer à donner corps, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, à son programme en matière de sécurité.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page