Le Collectif Interrégional Économique veut faire tomber les frontières administratives

À l’occasion du salon Le POP, organisé ce jeudi 24 septembre au Forum de Laudun-l’Ardoise, le Collectif Interrégional Économique (CIE) a officiellement présenté sa création. Cette nouvelle structure entend fédérer les forces économiques du Gard, du Vaucluse, de la Drôme et de l’Ardèche autour des grands projets industriels et des enjeux communs du bassin rhodanien. Parmi les premiers dossiers portés : la mobilisation en faveur du projet EPR2 au Tricastin.
Les frontières administratives ne correspondent pas toujours aux réalités économiques. C’est sur ce constat qu’est né le Collectif Interrégional Économique. Présenté officiellement à la presse sur le salon Le POP, le CIE ambitionne de créer un trait d’union entre plusieurs territoires appartenant à différentes régions mais partageant un même bassin de vie, d’emploi et d’industrie.
À sa tête, Julien Monteiro, président du groupe M, prend la présidence du CIE. Il est entouré notamment de Sébastien André, président de Brio Studio, et d’Anthony Roumeas, vice-présidents, de Julien Feja, secrétaire, et de Sandrine Alessi, salariée du réseau des Chambres de commerce et d’industrie en Drôme, qui occupe les fonctions de trésorière.
« Faire un front commun »
Le CIE est né de la rencontre de plusieurs forces économiques implantées à la croisée de trois régions : Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Une situation géographique particulière qui constitue précisément le point de départ de la démarche.
« Nous avons décidé de faire un front commun, de travailler tous ensemble collectivement et de démontrer que nous étions capables de faire des choses au-delà des frontières administratives », explique Julien Monteiro.
L’objectif est notamment de créer davantage de passerelles entre le monde économique, les salariés, les responsables politiques et les porteurs de grands projets industriels. Pour les chefs d’entreprise à l’origine du CIE, les problématiques rencontrées sont souvent communes : disponibilité du foncier, ressources énergétiques, mobilité, recrutement, formation ou encore accompagnement administratif des projets.
Le collectif veut ainsi apporter son expertise d’entrepreneurs et d’industriels afin de faciliter l’implantation et le développement d’activités sur l’ensemble de ce bassin économique.
Partir des dynamiques déjà existantes
Pour ses fondateurs, il ne s’agit toutefois pas de remplacer les réseaux économiques déjà implantés. Le CIE entend au contraire s’appuyer sur eux et les faire travailler à une échelle plus large.
Dans le Gard rhodanien, cette dynamique existe déjà autour du Collectif du Gard rhodanien, qui fédère douze associations économiques. « Aujourd’hui, le Collectif, c’est 600 entreprises et 5 000 salariés », rappelle Julien Monteiro.
Anthony Roumeas explique que la création du CIE constitue ainsi le prolongement naturel de ce travail. « Nous avons eu cette envie de nous ouvrir et de faire grossir ce collectif. On s’est dit qu’il fallait le partager avec les territoires voisins de la Drôme, de l’Ardèche et du Vaucluse. »
L’ambition est désormais de favoriser l’émergence de dynamiques similaires dans les territoires voisins afin que le CIE puisse fédérer ces différents collectifs à l’échelle interrégionale.
Des salariés qui vivent d’un côté et travaillent de l’autre
Pour les entrepreneurs, cette coopération correspond surtout à une réalité quotidienne. De nombreux salariés habitent dans le Gard rhodanien tout en travaillant dans la Drôme ou le Vaucluse, tandis que des salariés employés dans les zones industrielles voisines consomment, habitent ou utilisent des services de l’autre côté des frontières départementales.
L’activité économique du Tricastin, de Marcoule, de Laudun-l’Ardoise ou plus largement de la vallée du Rhône s’inscrit ainsi dans un même écosystème.
Une interdépendance qui justifie, selon les membres du CIE, de travailler ensemble sur des problématiques comme les déplacements domicile-travail. « Nous avons des problèmes de mobilité auxquels nos salariés sont confrontés et il faut que nous arrivions à les faire entendre au niveau des différentes régions », souligne Anthony Roumeas.
L’EPR2 Tricastin comme premier grand dossier
La candidature du Tricastin pour accueillir une nouvelle paire de réacteurs EPR2 constitue l’un des premiers dossiers structurants autour desquels le CIE s’est mobilisé.
Le sujet rassemble naturellement ses membres dans un bassin historiquement marqué par le nucléaire, où de nombreuses entreprises disposent de compétences directement liées à cette industrie.
« Le projet EPR2 parle au territoire parce que nous sommes sur un territoire qui a été intimement construit avec l’industrie nucléaire. Nos entreprises sont de vraies expertes de cette industrie », avance Julien Monteiro.
Le CIE a ainsi participé à la mobilisation économique autour de la candidature du Tricastin et contribué au dossier porté en faveur du projet, aux côtés des collectivités et d’autres acteurs du territoire.
Mais ses responsables insistent : l’EPR2 ne constitue pas l’unique raison d’être du collectif. Il représente davantage un projet fédérateur ayant permis d’illustrer la nécessité d’une coopération dépassant les limites départementales et régionales.
Industrie, foncier, attractivité et mobilité
Le champ d’action du CIE se veut donc beaucoup plus large. Ses membres veulent travailler sur les projets industriels structurants, mais également sur l’attractivité économique, le foncier disponible, les ressources nécessaires aux entreprises, l’emploi, la formation et les mobilités entre les différents bassins économiques.
Dans les prochains mois, le collectif souhaite également aller à la rencontre d’autres associations et réseaux d’entreprises afin d’élargir progressivement son périmètre.
Des événements devraient par ailleurs être organisés pour mieux faire connaître l’industrie auprès du grand public. Une dimension importante pour les fondateurs du CIE, qui souhaitent montrer que le développement industriel ne concerne pas uniquement les entreprises, mais touche directement l’emploi, les services, la consommation et plus largement la vie des territoires.
Avec sa présentation officielle à Laudun-l’Ardoise, le Collectif Interrégional Économique entend ainsi poser les premières pierres d’une coopération économique à l’échelle du bassin rhodanien. Une philosophie résumée par ses fondateurs : penser l’économie à l’échelle du territoire réel plutôt qu’à celle de ses seules frontières administratives.



