Christophe Serre : « Nous devons construire une vision du Gard rhodanien pour les six ou sept prochaines années »

Élu président de l’Agglomération du Gard rhodanien le 7 avril dernier, Christophe Serre dresse un premier bilan après six mois à la tête de l’intercommunalité. Développement économique, eau, déchets, mobilités, petite enfance, santé, piscines ou encore investissements : le président revient sur les dossiers engagés et dévoile les grandes orientations qu’il souhaite soumettre aux élus dans le cadre du futur projet de territoire. Entretien.
Développement économique : l’Agglomération veut préparer « l’après »
Six mois après son arrivée à la présidence, Christophe Serre place le développement économique parmi les priorités du Gard rhodanien, avec l’ambition de conforter la vocation industrielle du territoire tout en préparant l’accueil de nouvelles activités.
Parmi les dossiers majeurs figure MGH Energy sur le site de L’Ardoise. Une promesse de bail a été votée afin de permettre la poursuite des études et des procédures nécessaires à la sécurisation du projet. À terme, celui-ci pourrait représenter environ 400 emplois durant la phase de travaux et 200 emplois en exploitation. Pour Christophe Serre, l’enjeu est désormais d’accompagner le projet tout en maintenant « la plus grande transparence » sur ses conséquences environnementales et industrielles.
Autre axe stratégique : la filière nucléaire. Un Comité stratégique de la filière nucléaire gardoise a été créé le 31 juillet en préfecture. L’Agglomération participe également au comité stratégique soutenant la candidature du Tricastin pour accueillir deux EPR2. Même situé hors du Gard rhodanien, un tel chantier aurait, selon Christophe Serre, des retombées directes sur le territoire en matière d’emploi, de sous-traitance, de logement et de services.
Pour accompagner ces grands projets, l’intercommunalité veut également ouvrir de nouvelles poches de foncier économique. « C’est bien de dire que l’on veut du développement économique, mais encore faut-il avoir de l’espace pour accueillir les entreprises », souligne le président. L’objectif est notamment de permettre l’installation de PME et PMI susceptibles de travailler autour des grandes filières industrielles : nucléaire, hydrogène et décarbonation.
Un fonds de 8 millions d’euros pour investir dans les entreprises
L’un des projets les plus novateurs concerne la création d’une Société d’investissement dans l’innovation (S2I). L’objectif est de constituer un fonds de 8 millions d’euros, financé à parts égales par des acteurs publics et privés. L’Agglomération pourrait y contribuer à hauteur de 2 millions d’euros, les autres financements devant être recherchés auprès de collectivités, banques, entreprises ou investisseurs privés.
Contrairement à une subvention classique, la S2I prendrait des participations au capital des entreprises accompagnées. L’ambition affichée est de soutenir 30 à 35 entreprises sur dix ans, notamment lors de leur phase d’amorçage. Les sommes récupérées à la sortie du capital, éventuellement assorties d’une plus-value, pourraient ensuite être réinvesties dans de nouveaux projets.
Cette stratégie économique doit enfin s’intégrer au projet de territoire 2026-2032, dont l’élaboration vient de débuter. Celui-ci devra notamment définir les orientations du Gard rhodanien en matière de développement économique, de mobilités, d’équipements, de services, d’environnement et d’attractivité. Son adoption est prévue au plus tard le 30 juin 2027.
TV Sud Magazine : Six mois après votre élection à la présidence, quel premier bilan tirez-vous ?
Christophe Serre : je me situe dans la continuité des actions qui ont été menées auparavant. Le mandat précédent a permis de travailler sur de nombreux sujets qui façonnent aujourd’hui le territoire et qui continueront à le faire dans les prochaines années.
Depuis mon élection, j’ai souhaité mettre en place un exécutif avec des vice-présidents et des conseillers délégués disposant de compétences clairement identifiées. Sur le développement économique, par exemple, j’ai souhaité une seule vice-présidence capable de chapeauter l’ensemble de cette politique, de la promotion économique au foncier.
Nous entrons maintenant dans une période où, au-delà des services rendus quotidiennement aux habitants, nous allons devoir porter de nouveaux projets.
TV Sud Magazine : la redevance incitative reste l’un des sujets qui font le plus débat. Quel constat faites-vous aujourd’hui ?
Christophe Serre : le constat est très clair : nous avons diminué de plus de 50 % le volume d’ordures ménagères. Nous sommes passés d’environ 21 000 tonnes à près de 10 000 tonnes, tandis que le tonnage du tri a doublé.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de difficultés. Nous en rencontrons notamment dans les secteurs urbains comme Bagnols-sur-Cèze ou Pont-Saint-Esprit. Notre travail consiste donc à adapter le dispositif.
Nous avons, par exemple, augmenté les possibilités d’ouverture des colonnes et réduit la taille des sacs afin de faciliter leur utilisation par certaines personnes âgées. Nous développons également les composteurs collectifs et de nouvelles solutions pour les logements ne disposant pas d’espace extérieur.
Nous lançons aussi des expérimentations sur les tournées. Avec deux fois moins d’ordures ménagères, il faut se demander s’il est toujours pertinent de faire passer les camions à la même fréquence.
TV Sud Magazine : cette baisse des déchets permet-elle de réaliser des économies ?
Christophe Serre : oui, sur certains postes, mais parallèlement le coût du traitement des déchets augmente fortement. Sans cette diminution des tonnages, nous aurions subi encore davantage la hausse de la TGAP (la taxe générale sur les activités polluantes).
Nous travaillons également avec d’autres intercommunalités sur les solutions de traitement de demain. L’idée est de réfléchir à un équipement pouvant répondre aux besoins d’un territoire plus large, avec éventuellement de la valorisation énergétique et la production de chaleur.
TV Sud Magazine : l’eau constitue également l’un des dossiers majeurs des prochaines années. Pourquoi ?
Christophe Serre : les besoins d’investissement sont considérables. Nous les estimons autour de 240 à 280 millions d’euros dans les prochaines années. La Chambre régionale des comptes arrive à une estimation encore supérieure.
Nous avons des kilomètres de canalisations, des stations d’épuration, des forages et des réseaux parfois très anciens. L’Agglomération investit chaque année, mais l’enjeu est immense.
Il y a également la question du prix. Nous avons 44 communes et plusieurs tarifs différents pour un même service public. À terme, nous devons réfléchir à une harmonisation.
TV Sud Magazine : cela signifie-t-il un tarif unique de l’eau ?
Christophe Serre : c’est une réflexion qu’il faut avoir. La difficulté, c’est de savoir où placer le curseur : certains usagers paieraient moins, d’autres davantage.
D’autres pistes existent également, comme une tarification progressive en fonction de la consommation, voire des tarifs différents selon certaines périodes. Tout doit être étudié. Une chose est certaine : nous devons conserver suffisamment de recettes pour financer les investissements indispensables sur les réseaux.
Notre délégation de service public arrive à échéance en 2027. Ce sera donc un rendez-vous extrêmement important.
TV Sud Magazine : vous avez pourtant été favorable à une gestion de l’eau en régie ?
Christophe Serre : oui, j’étais un fervent défenseur de la régie. Mais un élu peut changer d’avis face à la réalité.
Lorsque vous connaissez quatorze fuites sur environ un kilomètre de réseau en quelques jours, vous vous demandez si une équipe municipale dispose réellement des moyens humains et financiers pour répondre. Sur ma commune, l’Agglomération a ensuite investi près de 394 000 euros pour renouveler cette conduite.
Aujourd’hui, au regard des investissements nécessaires, je pense qu’une délégation de service public peut apporter des capacités que les communes seules ne pourraient pas assumer.
TV Sud Magazine : sur le développement économique, le projet MGH Energy à L’Ardoise occupe une place importante. Comment l’abordez-vous ?
Christophe Serre : C’est, à mon sens, le meilleur projet proposé jusqu’ici pour cette friche industrielle. Il répond à un besoin futur lié notamment aux carburants destinés à l’aviation et aux transports et peut permettre de créer des emplois tout en confortant la vocation industrielle de L’Ardoise.
Mais nous resterons vigilants. Nous devons répondre à l’enjeu économique tout en garantissant la sécurité des habitants et la prise en compte des questions environnementales. Les études doivent être menées et la transparence comme la concertation devront être totales.
TV Sud Magazine : d’autres projets industriels sont-ils envisagés ?
Christophe Serre : oui. Il existe notamment des perspectives autour du site de Marcoule et des projets liés aux nouvelles technologies nucléaires. Nous sommes également partie prenante de la candidature concernant l’implantation d’une nouvelle paire d’EPR2 sur le site du Tricastin. Même si ce projet est situé administrativement hors de notre territoire, ses conséquences sur l’emploi, les entreprises ou le logement seraient importantes pour le Gard rhodanien.
Notre autre enjeu est le foncier économique. Aujourd’hui, nous disposons de très peu de terrains disponibles. J’ai donc souhaité que nous recherchions de nouvelles possibilités pour accueillir des activités économiques, notamment autour de Bagnols-sur-Cèze et de L’Ardoise, tout en tenant compte des contraintes liées au ZAN.
TV SUD Magazine : vous travaillez également sur la création d’un fonds d’investissement. Quel serait son objectif ?
Christophe Serre : l’idée est de créer un outil permettant d’investir dans des entreprises innovantes ou des projets en phase d’amorçage qui souhaitent s’implanter ou se développer sur notre territoire.
L’objectif serait de constituer un fonds d’environ 8 millions d’euros, avec 4 millions de fonds publics et 4 millions privés. L’Agglomération pourrait apporter environ 2 millions d’euros. Nous voulons ensuite aller chercher d’autres collectivités, des banques, des investisseurs ou des entreprises.
Ce serait un outil assez innovant à l’échelle d’une agglomération et qui pourrait permettre d’accompagner une trentaine d’entreprises sur une dizaine d’années.
TV Sud Magazine : quels sont les principaux investissements déjà engagés ?
Christophe Serre : la nouvelle crèche de Tavel est un projet très concret. Elle permettra de porter la capacité à 40 places. Le projet représente précisément 4,29 millions d’euros, avec notamment 1,25 million d’euros de financement de la CAF.
Nous avons également la rénovation du centre de loisirs de Bagnols-sur-Cèze, avec environ 2 millions d’euros de travaux. L’objectif n’est pas seulement de réparer les dégradations subies par le bâtiment, mais aussi d’améliorer fortement ses performances énergétiques.
TV Sud Magazine : où en est le Mémorial des Harkis à L’Ardoise ?
Christophe Serre : Le projet avance bien. Le permis est déposé, le terrain est mis à disposition par l’État à travers le ministère des Armées et une équipe d’architectes a été retenue.
Le projet représente environ 4 millions d’euros. Nous travaillons avec les associations, le conseil scientifique et les différents partenaires. La présentation du projet architectural est prévue le 29 octobre prochain.
Concernant son ouverture, je préfère rester prudent sur les calendriers. Nous pouvons envisager une réalisation vers la fin 2027 ou le premier semestre 2028, mais cela dépendra notamment des appels d’offres et du déroulement du chantier.
TV Sud Magazine : la question des piscines intercommunales revient régulièrement. Laudun-l’Ardoise pourrait-elle accueillir la première ?
Christophe Serre : les élus du précédent mandat avaient acté le principe de trois piscines, au nord, au centre et au sud du territoire.
Aujourd’hui, Laudun-l’Ardoise est la seule commune à nous proposer concrètement un terrain, qui pourrait être cédé à l’Agglomération pour l’euro symbolique. Je prends évidemment cette proposition avec beaucoup d’intérêt.
Mais le sujet doit être discuté dans le cadre du projet de territoire, notamment parce qu’il faudra déterminer les priorités et trouver les financements nécessaires.
TV Sud Magazine : la démutualisation entre Bagnols-sur-Cèze et l’Agglomération est également engagée. Où en êtes-vous ?
Christophe Serre : les deux directeurs généraux des services ont commencé à travailler ensemble pour fixer les modalités de cette démutualisation. L’objectif est une prise d’effet à la fin de l’année.
Il y a évidemment des enjeux humains. Certains agents sont aujourd’hui mutualisés. Mon souhait est que tout se fasse dans le respect des personnels. Les situations devront être étudiées au cas par cas.
Et démutualiser avec une commune n’interdit pas de réfléchir parallèlement à de nouvelles mutualisations avec d’autres communes du territoire.
TV Sud Magazine : la santé pourrait-elle prendre une place plus importante dans les compétences de l’Agglomération ?
Christophe Serre : c’est précisément le type de question auquel devra répondre le futur projet de territoire.
La santé est normalement une compétence de l’État. Pourtant, aujourd’hui, les collectivités sont obligées de s’en saisir parce que les habitants rencontrent des difficultés pour accéder aux soins.
Devons-nous nous limiter au Contrat local de santé ou aller plus loin ? Devons-nous participer au financement de centres de santé ? Aider davantage à attirer des spécialistes ? Ce sont des questions que nous devons poser.
Le directeur de l’hôpital de Bagnols-sur-Cèze m’a, par exemple, parlé d’un projet d’acquisition d’un robot en orthopédie avec le centre hospitalier d’Alès et d’une éventuelle participation de l’Agglomération. C’est typiquement un dossier qui mérite d’être étudié s’il permet de mieux soigner les habitants du territoire.
TV Sud Magazine : et concernant le projet de Mas des agriculteurs ?
Christophe Serre : J’ai reçu une délégation au mois de mai. C’est un dossier qui me tient à cœur parce qu’il correspond à notre Projet alimentaire territorial et à notre volonté de développer les circuits courts.
Il faut désormais identifier le bon emplacement, en fonction du cahier des charges, des terrains ou locaux disponibles et des besoins commerciaux. Si le rôle de l’Agglomération est de faciliter ce projet, nous le ferons en collaboration avec les communes concernées.
TV Sud Magazine : quel sera finalement le grand chantier politique des prochains mois ?
Christophe Serre : ce sera le nouveau projet de territoire. Il doit devenir notre feuille de route pour les six ou sept prochaines années.
Nous devons nous demander quelles politiques nous voulons développer au-delà de nos compétences obligatoires : sur la santé, les mobilités, la culture, les équipements ou encore le développement économique.
Je souhaite que ce travail ne soit pas uniquement celui des conseillers communautaires. Les conseillers municipaux, les associations, les entreprises, les partenaires institutionnels et la population doivent pouvoir y participer.
L’objectif serait d’arriver à un vote au plus tard en juin 2027. Nous devons construire une vision qui dépasse les limites de chaque commune. Quand un élu a une idée pour sa commune, la question doit être : est-ce que cette idée peut servir l’ensemble du territoire ? C’est cela, l’esprit communautaire.
Six mois de mandat : plusieurs projets déjà engagés
Depuis son arrivée à la présidence, Christophe Serre s’inscrit dans la continuité des projets engagés par l’Agglomération tout en lançant plusieurs nouvelles actions. Au Conservatoire, une tarification sociale en quatre tranches a été instaurée afin de faciliter l’accès à la musique, à la danse et au chant et de favoriser une plus grande mixité des publics. Côté mobilités, trois nouvelles lignes UGGO ont été déployées, permettant désormais à 100 % des communes du territoire d’être couvertes par une offre de transports en commun, en associant les réseaux UGGO et liO.
La gouvernance participative a également été renforcée avec l’installation, le 23 septembre, du nouveau Conseil de développement (CoDev), qui participera notamment à l’élaboration du futur projet de territoire. En matière d’alimentation, le Programme alimentaire territorial (PAT) entre dans sa phase opérationnelle autour de trois priorités : le soutien à l’agriculture et à l’économie alimentaire locale, l’accès de tous à une alimentation de qualité et la valorisation des produits et savoir-faire locaux, avec 24 pistes d’actions identifiées. Plusieurs investissements importants sont parallèlement engagés.
À Tavel, la future crèche doit faire passer la capacité d’accueil du sud de l’Agglomération de 25 à 40 places, avec une extension possible jusqu’à 50 places. L’opération représente 4,29 millions d’euros, dont 1,24 million apporté par la CAF du Gard, pour une ouverture visée début 2028. À Bagnols-sur-Cèze, l’ALSH Vigan-Braquet doit être rénové et réhabilité après l’incendie criminel de novembre 2024, pour 2,1 millions d’euros TTC de travaux.
Enfin, le Mémorial Harki, autre projet structurant porté par l’Agglomération, avance avec un permis de construire déposé début septembre. Son coût est évalué à 4 millions d’euros, avec un objectif de 80 % de subventions sollicitées auprès de l’État, de la Région et du Département.



