Saint-Laurent-des-Arbres : les quinze élus opposés à Sylvie Barrieu-Vignal dénoncent « une crise collective »
La fracture est désormais pleinement assumée au sein de la majorité municipale de Saint-Laurent-des-Arbres. Après la prise de parole de la maire Sylvie Barrieu-Vignal, quinze élus issus de sa liste répondent collectivement via un communiqué et contestent l’idée selon laquelle la crise trouverait principalement son origine dans le conflit entre la maire et son premier adjoint, Kévin Appy. Pour eux, les difficultés sont avant tout politiques et concernent la méthode de gouvernance.
« Nous ne souhaitons pas répondre par une polémique personnelle », écrivent-ils, tout en reconnaissant que des échanges vifs ont pu se produire. Ils contestent cependant la place accordée par la maire aux accusations de « cris » et de « violence verbale ». Selon eux, celles-ci détournent le débat de désaccords de fond apparus dès le mois d’avril.
Les quinze élus affirment avoir multiplié les alertes, demandes d’explications et propositions de modifications avant de recourir à une démarche institutionnelle. Le 14 septembre, ils ont officiellement demandé la convocation d’un conseil municipal. Le document transmis à la maire porte quinze signatures et demande notamment que le conseil se prononce sur le retrait de l’ensemble des délégations qu’il lui avait accordées le 2 avril 2026. Leur demande s’appuie sur l’article L.2121-9 du Code général des collectivités territoriales, qui impose, dans une commune de 1 000 habitants ou plus, la convocation du conseil dans un délai maximal de trente jours lorsqu’au moins un tiers des conseillers en exercice en fait la demande motivée.
Baron-le-Roy : le coût du projet au cœur du désaccord
Parmi les dossiers invoqués par les 15 élus figure celui de la rue du Baron-le-Roy. Ils assurent ne pas chercher à bloquer le projet, déjà approuvé à plusieurs reprises, mais vouloir en maîtriser le financement. Selon leur déclaration, son montant serait passé d’environ 480 000 euros TTC à 1,556 million d’euros TTC après un changement de maîtrise d’œuvre début mars.
Ils indiquent avoir demandé un réexamen du projet après cette augmentation de plus d’un million d’euros. Un amendement présenté par Kévin Appy aurait alors été adopté à l’unanimité, y compris par Sylvie Barrieu-Vignal. Les quinze élus y voient la démonstration que leur démarche visait, selon eux, à préserver les capacités d’investissement de la commune plutôt qu’à empêcher la réalisation des travaux.
Même désaccord autour du boulodrome. Ils présentent celui-ci comme un engagement collectif de leur programme municipal et affirment que Kévin Appy en avait préparé les aspects techniques. Ils contestent ainsi la présentation d’une démarche personnelle de l’ancien délégataire auprès de la Banque des Territoires et estiment que le projet est aujourd’hui « au point mort ».
Les quinze conseillers reviennent également sur la question financière. Ils précisent ne pas contester globalement la santé financière de Saint-Laurent-des-Arbres, mais demander des explications sur certaines dépenses.
Ils citent notamment un projet de rond-point. Selon leur déclaration, une délibération du 17 décembre 2025 aurait approuvé deux devis représentant 89 772 euros TTC. Le rond-point n’ayant finalement pas été réalisé, les élus affirment disposer de factures correspondant à environ 60 000 euros ainsi que d’un courrier de la DIRMED comportant un avis défavorable sur le cahier des charges. Ils demandent donc à quoi correspondent précisément les prestations facturées, lesquelles ont été réalisées et quelles sommes ont effectivement été réglées. Ces affirmations et montants sont ceux avancés par les quinze élus et nécessitent l’examen des pièces qu’ils disent détenir.
Le bail de chasse occupe également une place importante dans leur contestation. Dans leur demande de convocation, ils souhaitent que le conseil récupère directement la compétence relative aux baux de chasse et demandent notamment la résiliation du bail conclu avec l’association Saint-Hubert Saint-Laurentaise, ainsi qu’une organisation transitoire pour la saison 2026-2027.
Le budget 2027 désormais dans la crise
Surtout, les quinze élus franchissent une nouvelle étape en annonçant leur position sur le prochain budget. Si Sylvie Barrieu-Vignal demeure maire et conserve, selon leurs termes, « cette même politique de gouvernance », ils annoncent qu’ils voteront contre le budget 2027.
Une telle situation aurait des conséquences institutionnelles si elle conduisait à l’absence d’adoption du budget dans les délais légaux. Le CGCT prévoit qu’en l’absence de budget adopté avant la date limite, le préfet saisit la chambre régionale des comptes, qui formule des propositions, avant que le représentant de l’État ne règle le budget et le rende exécutoire. Les signataires rappellent également que leur demande du 14 septembre ne porte pas uniquement sur la chasse : son premier point prévoit explicitement un vote sur le retrait de l’intégralité des délégations accordées à la maire. La délibération du 2 avril avait été adoptée par 18 voix pour, quatre contre et aucune abstention. Ces délégations permettent au maire d’exercer directement différentes compétences confiées par le conseil municipal, conformément au Code général des collectivités territoriales.
Les quinze élus rejettent donc l’image d’un simple affrontement entre Sylvie Barrieu-Vignal et son premier adjoint. Ils mettent en avant une démarche collective et rappellent que la précédente mandature avait déjà été marquée, selon eux, par huit démissions. « Avec ou sans délégation, avec ou sans indemnité », affirment-ils, ils entendent poursuivre leur mandat et défendre le programme sur lequel ils ont été élus.



