Pascale Bordes répond au Département : « La Ville avait juste le droit de payer et de se taire »

Mise en cause par Patrick Malavieille concernant sa décision de ne pas renouveler la convention de gestion scientifique et administrative des musées Albert-André et Léon-Allègre, la maire de Bagnols-sur-Cèze, Pascale Bordes, a tenu à apporter sa version des faits. Elle dénonce un manque de communication de la conservation départementale, conteste le bilan présenté par le vice-président du Département et affirme disposer de solutions pour reprendre directement la gestion scientifique des collections.
« Il a fallu que je dénonce la convention pour obtenir une réponse »
Premier point de désaccord : les relations entre la municipalité et la conservation départementale. Alors que Patrick Malavieille a défendu le travail de Lucienne Del’Furia, conservatrice en chef du patrimoine, Pascale Bordes assure avoir tenté à plusieurs reprises d’obtenir un rendez-vous avec cette dernière, sans succès.
« J’ai fait des demandes de rencontre, mais la conservatrice avait toujours une réponse pour ne pas nous rencontrer. Je sais qu’elle est à Pont-Saint-Esprit, au musée d’Art sacré. Je lui ai même proposé de me déplacer à Nîmes pour lui éviter un déplacement. Il a fallu que je dénonce cette convention pour obtenir une réponse du Département. Je ferai sa connaissance le 13 novembre », déplore la maire.
Pour Pascale Bordes, c’est précisément cette absence de dialogue qui a motivé sa décision de ne pas reconduire le partenariat.
« J’ai mis un terme à cette convention faute de réponse du Département. C’est ennuyeux d’avoir d’aussi belles œuvres et de ne pas disposer des leviers nécessaires pour dynamiser les visites du musée. »
« Nous allons économiser 24 000 euros et embaucher quelqu’un »
Sur le volet financier, la maire défend également son choix. Alors que Patrick Malavieille considère que la participation annuelle de 24 000 euros versée par Bagnols-sur-Cèze est largement inférieure au coût réel des prestations départementales, Pascale Bordes estime que la commune ne disposait pas d’une maîtrise suffisante du fonctionnement de ses propres musées.
« Les agents du musée sont payés par la Ville, les locaux appartiennent à la commune. Finalement, la Ville avait juste le droit de payer et de se taire », lance-t-elle.
La maire annonce vouloir réaffecter les moyens financiers consacrés à la convention au renforcement des compétences municipales.
« La Ville va économiser 24 000 euros et embaucher quelqu’un pour assurer la mission scientifique qui, selon moi, n’était pas correctement assurée jusqu’à présent. »
Pascale Bordes affirme d’ailleurs avoir déjà anticipé cette nouvelle organisation.
« J’ai déjà trouvé des partenaires, des communes amies, ainsi qu’une personne salariée par la commune pour remplir la mission scientifique. »
Une réponse directe aux inquiétudes formulées par Patrick Malavieille concernant la capacité de la municipalité à assurer les obligations réglementaires liées à l’appellation « Musée de France ».
Des œuvres prêtées sans que la Ville soit informée ?
Autre sujet de crispation : la circulation des œuvres appartenant aux collections du musée Albert-André.
Pascale Bordes affirme avoir découvert indirectement que certaines œuvres étaient prêtées à d’autres établissements, sans avoir été préalablement informée de ces mouvements.
« Nous avons appris par la bande que des œuvres étaient prêtées à d’autres musées. Nous avons même vu des personnes emporter des œuvres sous le bras. On pensait assister à un cambriolage en plein jour ! », raconte-t-elle.
Une situation que la maire présente comme révélatrice du manque de communication entre les services départementaux et municipaux.
Elle réagit également aux déclarations de Patrick Malavieille concernant le passage récent d’un agent du Musée national d’art moderne du Centre Pompidou, venu examiner les dépôts de l’État et qui aurait constaté leur bon état de conservation.
« Je suis ravie de l’apprendre par la presse ! C’est encore le signe d’une bonne communication de la part du Département et de Madame Del’Furia », ironise Pascale Bordes.
Concernant les œuvres appartenant à la commune mais actuellement conservées dans les réserves départementales, la maire assure être prête à trouver des solutions adaptées.
« Il suffit de nous demander ce qu’il faut. J’aimerais déjà savoir précisément de quelles œuvres il s’agit, car nous n’avons pas de liste détaillée. Si on nous le demande, nous trouverons une solution de conservation adaptée aux œuvres qui appartiennent à la Ville et non au Département. »
Le musée Léon-Allègre, autre point de désaccord
Pascale Bordes souhaite également attirer l’attention sur le musée Léon-Allègre, qui fait lui aussi partie de la convention liant la Ville au Département.
Fermé au public depuis de nombreuses années, cet établissement constitue, selon elle, un autre exemple des limites du partenariat actuel.
« Il y a également le sujet du musée Léon-Allègre, fermé depuis de nombreuses années. Je me demande ce qu’ils font et pourquoi ce musée est toujours fermé alors qu’il fait partie de la convention. C’est cela qu’on appelle une bonne gestion d’un musée ? », interroge la maire.
Une critique qui vient compléter celles portant sur la gestion du musée Albert-André et sur l’utilisation des moyens humains départementaux.
Alors que Patrick Malavieille a évoqué douze agents intervenant sur les différents musées concernés par la conservation départementale, Pascale Bordes affirme ne pas constater concrètement leur présence et leurs actions à Bagnols-sur-Cèze.
« Ce qui m’intéresse, c’est Bagnols-sur-Cèze. Lorsque Monsieur Malavieille parle de douze agents, moi, je ne les vois pas et je ne suis informée d’aucune action », assure-t-elle.
« Si les gens ne viennent pas, c’est que le Département n’a pas su rendre le musée attractif »
Sur la fréquentation du musée Albert-André, les deux élus affichent des analyses opposées.
Patrick Malavieille s’est félicité des 6 097 entrées enregistrées en 2025, contre 3 225 en 2024 et 2 614 en 2023. Des chiffres qui témoignent d’une progression significative sur les trois dernières années.
Mais Pascale Bordes considère que cette fréquentation reste insuffisante au regard de la richesse exceptionnelle des collections.
« On fera en sorte que les gens viennent davantage au musée et qu’ils en aient envie. Aujourd’hui, il arrive qu’il n’y ait que quatre personnes un dimanche. Les agents en viennent même à envisager une fermeture. Il faut redynamiser tout cela », affirme-t-elle.
La maire regrette également un manque de renouvellement dans la programmation des expositions.
Elle cite notamment celle consacrée à Léna Vandrey, estimant que les présentations des collections ne changent pas suffisamment.
« Avant l’arrivée de la conservatrice actuelle, il y avait des collections tournantes », rappelle-t-elle.
Pour Pascale Bordes, l’enjeu est désormais de développer une programmation capable d’attirer un public plus large, en renouvelant davantage les propositions culturelles.
« Si les gens ne viennent pas, c’est que le Département n’a pas su rendre le musée attractif à la hauteur de la richesse des œuvres qui y sont conservées. »
Et d’ajouter : « Il est normal que la population puisse voir ces œuvres. Le Département n’a pas mis le paquet pour valoriser les musées. »
Un déménagement du musée Albert-André désormais écarté pour des raisons financières
Interrogée également sur l’avenir du projet de déplacement du musée Albert-André, régulièrement évoqué au cours des précédentes mandatures, Pascale Bordes estime qu’un tel investissement n’est actuellement pas envisageable.
La maire met en avant les contraintes budgétaires de la commune, mais également les relations politiques avec la Région Occitanie.
« La Région ne veut pas travailler avec une collectivité RN. La Région ne sait pas où se situe la ville de Bagnols-sur-Cèze et le musée Albert-André », déclare-t-elle, estimant que la collectivité régionale n’a pas la volonté de financer un nouveau projet muséal sur la commune.
Il s’agit là de l’appréciation de la maire concernant la position régionale.
Au-delà de cette critique politique, Pascale Bordes insiste surtout sur la situation financière municipale, qui ne permettrait pas, selon elle, de supporter le coût d’un déménagement du musée.
La priorité de la municipalité serait donc de redynamiser les établissements existants plutôt que d’engager un projet immobilier d’envergure.
Deux visions opposées, une réunion attendue le 13 novembre
Entre le Département et la municipalité, le désaccord porte désormais autant sur le fonctionnement passé du musée que sur son organisation future.
D’un côté, Patrick Malavieille défend une convention historique permettant de mutualiser les compétences scientifiques, les moyens humains et les ressources financières nécessaires à la conservation et à la valorisation des collections.
De l’autre, Pascale Bordes estime que ce fonctionnement ne permettait pas à la Ville d’exercer pleinement ses responsabilités ni de développer une politique culturelle suffisamment dynamique.
La maire affirme disposer de partenaires et d’une solution de recrutement pour assurer la continuité scientifique, tandis que le Département rappelle les exigences réglementaires et les nombreuses missions qui devront être reprises par la commune.
La rencontre du 13 novembre s’annonce donc déterminante. Patrick Malavieille a déjà indiqué que le Conseil départemental était prêt à renouveler la convention si la municipalité revenait sur sa décision.
Mais à ce stade, Pascale Bordes maintient sa volonté de reprendre la main sur la gestion scientifique et administrative de ses musées.
Au-delà de cet affrontement institutionnel, une question demeure : quelle organisation permettra demain de préserver, d’enrichir et surtout de rendre davantage accessibles aux habitants les collections exceptionnelles du musée Albert-André ?



