Mémoire et réparation : l’engagement de l’État envers les Harkis. Interview de la Ministre Patricia Mirallès
La reconnaissance des Harkis et de leur histoire douloureuse s’impose comme une priorité du gouvernement. Dans un entretien accordé à TV SUD Magazine, la ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens Combattants Patricia Mirallès revient sur les avancées majeures depuis la loi de 2022. De l’indemnisation des victimes à la valorisation des lieux de mémoire, elle détaille un engagement à la fois personnel et politique. Le camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, symbole fort de cette mémoire, cristallise les attentes. Cet échange met en lumière les défis encore à relever pour une mémoire pleinement partagée.
TV SUD Magazine : Madame la Ministre, en tant que ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens Combattants, quelle place occupe aujourd’hui la question des Harkis dans votre action gouvernementale ?
La Ministre Patricia Mirallès : La mémoire des Harkis est l’une des priorités de mon action. Elle s’inscrit dans une volonté politique forte portée par le Président de la République: reconnaître les souffrances vécues, réparer les injustices du passé, et surtout transmettre cette histoire aux jeunes générations. C’est une mémoire douloureuse, mais indispensable à notre cohésion nationale. Elle fait l’objet d’un travail continu, sur le terrain, en lien avec les familles et les associations.
TV SUD Magazine : Depuis la loi de reconnaissance et de réparation de 2022, quelles avancées concrètes ont été réalisées en faveur des Harkis et de leurs descendants ?
La Ministre Patricia Mirallès : Depuis des années, je porte le combat pour la reconnaissance et la réparation de la mémoire des Harkis avec force et conviction. C’est un combat personnel. Dès mon mandat de députée, j’ai œuvré pour la reconnaissance et la réparation des harkis. j’ai été en particulier la rapporteure à l’Assemblée nationale de la loi du 23 février 2022. Je suis enfin, depuis ma nomination au Gouvernement, en juillet 2022, chargée de la mise en œuvre de cette importante loi.
Le président de la République est l’un des seuls à avoir agi concrètement pour les Harkis depuis de longues années. À ceux qui voudraient faire croire le contraire, les faits sont là : sous son impulsion, nous avons avancé.
Nous avons doublé l’allocation de reconnaissance dès le 1er janvier 2022. Nous avons amélioré les droits des veuves de harkis. Nous avons rééquilibré les aides pour mieux prendre en compte les injustices du passé.
En parallèle, nous avons renforcé le travail de mémoire, notamment en soutenant des projets locaux et des initiatives pédagogiques pour faire connaître cette histoire.
TV SUD Magazine : Le camp de Saint-Maurice-l’Ardoise a été l’un des principaux lieux d’internement des Harkis en France après 1962. Où en est aujourd’hui la reconnaissance officielle de ce site en tant que lieu de mémoire ?
La Ministre Patricia Mirallès : Il est important de mettre en lumière l’histoire du camp de Saint-Maurice¬ l’Ardoise. Pour ma part,j’ai été très engagée au sein du Gouvernement pour que, en accord avec les demandes formulées par les familles et associations, soit menée une opération de fouilles, visant à retrouver le lieu d’inhumation et à confirmer la présence de dépouilles. Après plusieurs étapes, les fouilles, réalisées par les archéologues des services de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), ont permis de découvrir le 20 mars 2023 la localisation de 27 tombes et de confirmer la présence de corps. Je m’étais moi-même rendue, en avril 2023, sur le site de l’ancien camp militaire afin d’échanger avec les familles et les associations. Au-delà de cette question dramatique, il y a l’ensemble des mémoires du camp. Pour celles-ci, il faut une mobilisation des acteurs locaux, je sais que les élus sont très mobilisés et c’est important.
TV SUD Magazine : Une stèle commémorative existe sur le site, mais certaines associations demandent une reconnaissance plus forte, voire la création d’un lieu de mémoire national. Quelle est votre position sur cette demande ?
La Ministre Patricia Mirallès : Je suis à l’écoute de ces demandes et je les comprends. Le site de Saint-Maurice-l’Ardoise est un symbole fort de l’histoire des Harkis en France. Sa reconnaissance est engagée. Nous travaillons avec les collectivités locales, les associations et les historiens pour faire avancer ce dossier. C’est une étape essentielle pour rendre justice à celles et ceux qui y ont vécu dans des conditions très difficiles.
TV SUD Magazine : La transmission de cette mémoire aux jeunes générations est un enjeu essentiel. Y a-t-il des projets pédagogiques ou culturels en cours pour intégrer l’histoire des Harkis et du camp de Saint-Maurice-l’Ardoise dans les programmes scolaires ou les commémorations officielles ?
La Ministre Patricia Mirallès : L’État a une responsabilité envers les Harkis et leurs descendants. Ce travail de mémoire est un devoir, mais aussi une réparation que nous devons à celles et ceux qui ont tant souffert.
Reconnaître, c’est aussi transmettre. La mémoire des Harkis doit être consolidée et partagée, pour la première génération comme pour les suivantes.
J’ai demandé à la Commission Nationale Indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis de poursuivre ses travaux pour identifier les derniers sites historiques liés à l’histoire des harkis.
En 2023, j’ai missionné le contrôleur général Le Guen sur la création d’une Fondation pour la mémoire des Harkis. Ce rapport, que j’ai rendu public début mars, devra être le socle d’un travail collectif.
Cette mémoire ne doit pas être éclatée, elle doit être un projet commun. J’appelle tous les acteurs à s’en emparer pour construire ensemble une transmission digne et pérenne.
TV SUD Magazine : De nombreuses familles de Harkis ont vécu des conditions de vie extrêmement difficiles dans ces camps. La loi de 2022 prévoit un fonds d’indemnisation pour les victimes. Pouvez-vous faire un point sur l’application de cette mesure et sur le nombre de dossiers traités ?
La Ministre Patricia Mirallès : La commission nationale indépendante pour les Harkis est pleinement opérationnelle. À ce jour, plus de 20 000 décisions positives ont été rendues. C’est une avancée concrète, attendue depuis longtemps par les familles, que nous poursuivons avec rigueur et engagement.
TV SUD Magazine : Certains descendants de Harkis estiment que la reconnaissance des souffrances endurées par leurs parents ne s’est pas accompagnée d’un véritable accompagnement socio-économique. Le gouvernement envisage-t-il des mesures spécifiques pour améliorer leur insertion et leur reconnaissance dans la société ?
La Ministre Patricia Mirallès : Ces mesures existent déjà. L’ONaCVG accompagnent les descendants dans leur insertion professionnelle, leur accès aux droits et leur reconnaissance sociale. Il est essentiel de poursuivre les actions sur ce terrain.
TV SUD Magazine : La promesse de« réparation» peut-elle aller plus loin ? Pensez-vous qu’il soit envisageable d’élargir les aides ou les dispositifs d’accompagnement pour les familles concernées ?
La Ministre Patricia Mirallès : La dynamique lancée par le Président de la République insiste sur la globalité de la réponse qu’il faut apporter aux Harkis et à leurs familles. Le processus de réparation est clairement engagé et il prend bien en compte l’arrêt du 4 avril 2024 de la CEDH, le cas spécifique du camp de Saint-Maurice-l’Ardoise ayant été bien pris en compte. Il est essentiel de rappeler que ce n’est pas le gouvernement actuel qui a été condamné mais bien l’Etat, au terme d’une procédure longue de 14 ans. Cet arrêté ne remet pas en cause la loi du 23 février 2022, mais l’éclaire, en soulignant la nécessité d’une vigilance accrue dans la mise en œuvre des réparations dans certains cas.
Ce que nous devons réussir parallèlement, c’est de donner toute sa place à la mémoire des Harkis dans notre mémoire nationale. Et là, nous avons encore du chemin. C’est pourquoi je crois beaucoup aux travaux de valorisation de cette mémoire et à toutes les initiatives qui peuvent être prises.
TV SUD Magazine : En septembre 2021, Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de la France dans l’abandon des Harkis. Trois ans plus tard, estimez-vous que cette reconnaissance a permis de clore ce chapitre douloureux de l’histoire, ou reste-t-il encore des étapes à franchir ?
La Ministre Patricia Mirallès : La reconnaissance du Président de la République en 2021 a été un tournant sans précédent. Elle a ouvert une nouvelle étape. Mais non, ce chapitre n’est pas clos. Il reste des actions à mener pour répondre pleinement aux attentes des familles et de leurs descendants et plus largement de la communauté nationale toute entière. L’histoire doit encore être étayée, grâce à nos historiens, aux témoignages, aux photos et documents détenus par les familles.
TV SUD Magazine : Dans le Gard rhodanien, des associations de Harkis continuent de réclamer des engagements plus forts, notamment en matière d’accès aux archives et de reconnaissance de l’histoire locale. Le ministère prévoit-il d’agir sur ces sujets ?
La Ministre Patricia Mirallès : L’accès aux archives et la reconnaissance de l’histoire locale sont en effet des priorités. Je salue d’ailleurs le travail réalisé sur ces sujets par la Commission Nationale Indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis (CNIH) et sa présidente, Françoise Dumas. Le site internet de la CNIH (www.harkis.gouv.fr) est une magnifique vitrine de valorisation de l’histoire et de la mémoire des Harkis. Il faut continuer à travailler avec les services d’archives, les collectivités et les associations pour que les expériences vécues dans le Gard rhodanien prennent toutes leur place dans notre histoire nationale.
TV SUD Magazine : Que souhaitez-vous dire aujourd’hui aux familles de Harkis et aux associations qui continuent de se battre pour une meilleure reconnaissance de leur histoire et de leurs droits ?
La Ministre Patricia Mirallès : Je veux leur dire que je mesure pleinement leur engagement. Leurs combats sont justes. Nous sommes à leurs côtés pour faire progresser la reconnaissance et faire vivre leur histoire avec dignité.
TV SUD Magazine : Enfin, Madame la Ministre, pouvez-vous nous donner un aperçu des prochaines actions du gouvernement en faveur de la mémoire des Harkis et des anciens combattants en général ?
La Ministre Patricia Mirallès : En 2025, au-delà de la mise en œuvre des indemnisations prévues par la loi de 2022, nous allons poursuivre le travail avec de nouvelles initiatives : renforcement des lieux de mémoire, projets éducatifs, actions culturelles et partenariales. La mémoire des Harkis et des anciens combattants mérite toute notre attention, sur tous les territoires. Nous souhaitons tracer un chemin de mémoire de tous les camps.



