À la préfecture du Gard, l’exposition « Survies » rappelle qu’un seul mauvais choix peut tout faire basculer

« Survies » : huit visages pour rappeler qu’un seul mauvais choix peut tout faire basculer
À l’heure où les fêtes de fin d’année approchent et où le bilan routier 2025 doit être dressé, les services de l’État dans le Gard lancent une campagne aussi forte que nécessaire : « Un seul mauvais choix fait tout basculer ».
Dans un département qui a enregistré 441 accidents en 2024 (63 morts, 594 blessés) et encore 383 accidents entre janvier et novembre 2025, l’urgence reste la même : rappeler que chaque seconde d’inattention, chaque imprudence, peut briser une vie.
Pour marquer les esprits, la préfecture du Gard accueille durant tout le mois de décembre une exposition bouleversante : « Survies », une série de portraits réalisés par la photographe Catherine Cabrol, pour l’association Libre Vue. Huit survivants, huit destins brisés, mais surtout huit voix qui ont décidé de parler. Sans images choc, sans statistiques brutales, mais avec des regards qui disent tout.
« Personne n’est infaillible : l’inattention, la fatigue, l’indifférence, la bêtise humaine… », confie Catherine Cabrol. « J’ai voulu rencontrer ces survivants dont la vie a basculé en une fraction de seconde. En partageant leur douleur, ils nous montrent qu’ils veulent faire évoluer les choses. »
Christopher : « Je suis devenu tétraplégique à 14 ans »
Christopher avait 14 ans lorsqu’un automobiliste ne l’a pas vu en sortant d’un stop. « Je roulais à 50, j’avais toutes mes protections… et en une seconde, tout s’est arrêté. » Aujourd’hui tétraplégique, il a dû « oublier sa vie d’avant » pour renaître mentalement. Son chien, son autonomie retrouvée grâce à une voiture adaptée, l’aident à avancer. Pourtant, l’imprudence des autres reste pour lui un déchirement : « Quand je vois quelqu’un faire le fou en scooter, ça me rend fou. Je le rattrape, je lui parle. Peut-être que ça sert à rien mais moi, ça me soulage. »
Caroline : « J’ai traversé… et puis plus rien »
Caroline avait 11 ans. « Je fixe le scooter une fraction de seconde, tétanisée… et après, plus rien. » Polytraumatisée, quatre opérations en huit semaines, cinq mois de centre de rééducation. Un an après, elle marche encore avec des béquilles. « Le conducteur ne m’a jamais demandé pardon. J’aurais eu besoin de ça. »
Malgré tout, elle garde une maturité saisissante : « J’aurais pu mourir. Alors je me dis que j’ai grandi d’un coup. »
François : « Je reste enfermé dans mon corps comme dans une prison »
Pour François, commerçant, l’accident reste gravé seconde par seconde : une camionnette en tonneaux, un choc frontal inimaginable.
« Elle m’est arrivée en plein visage, elle m’a rentré dans la bouche ! »
Plus d’un an après, il ne peut plus travailler. « Quand on voit les dégâts qu’un seul geste peut provoquer… quelques mois de sursis, ce n’est pas assez. » À l’hôpital, il s’accroche grâce au groupe d’entraide : « On est tous forcés d’être des copains. »
Jonathan : « J’ai complètement perdu la mémoire »
L’histoire de Jonathan est celle d’une succession d’imprudences : alcool, absence de casque, moto-cross empruntée.
Il ne se souvient de rien, seulement du réveil : « Je suis paraplégique. Et j’ai eu le temps de réfléchir. »
Aujourd’hui, il rêve de monter une entreprise pour fabriquer des maisons en bois en Guadeloupe. « Si j’avais eu un casque… Qui sait ? »
Régina : « Des grandes victoires, à chaque étape »
En voiture, sous la pluie, un aquaplaning et la vie de Régina a basculé. « Je pense à mon fils de 5 ans. Je hurle : NON ! »
Elle perd l’usage de ses jambes, affronte les escarres, la douleur, la peur.
« Les escarres ou la vie… J’ai réappris à respirer, à manger, à organiser mes transferts. » Elle raconte aussi cette solidarité entre blessés : « Une colère nous relie, mais on la transforme en énergie pour être indépendants. »
Jérémy : « Ce n’était pas la suite que j’imaginais pour mon année de seconde »
Jérémy roulait de nuit, à 16 ans. « En me rabattant, je découvre un terre-plein… Je force, et ma fourche casse. Je suis propulsé. » Sa jambe est broyée, fémur fracturé, ligaments écrasés.
Depuis son lit, entre agressivité et morphine, il lutte : « Moi qui faisais du sport tout le temps… » Ce qui l’effraie le plus ? « Ne plus jamais rejouer au rugby. »
Christophe : « Mon frère aussi a été amputé… plus jamais de moto dans la famille »
Lorsqu’une dépanneuse tourne sans prévenir, Christophe voit son ami Fabrice mourir sous ses yeux. Lui subit vingt opérations avant une amputation.
« En 1996, mon frère aussi a perdu son genou. Pour nos enfants, ce sera sans moto. » Il conduit aujourd’hui grâce à une prothèse et une voiture aménagée. Mais une chose continue de le révolter : « Les gens qui tournent sans clignotant… Ce manque d’attention tue. »
Guillaume : « Cinq heures dans le fossé, inconscient »
Fatigué, Guillaume s’endort au volant. Tonneaux, coma, cinq heures seul dans la nuit. Sauvé par hasard par un pompier… qui s’était arrêté parce que sa compagne voulait faire une pause.
Cinq ans après, il se bat encore : « J’ai perdu un pied, je ne plie plus la jambe, et il me manque des mots… »
Mais il garde une certitude : « Je suis un miraculé. Heureusement, j’avais ma ceinture ! »
Une exposition qui parle au cœur
Visibles sur les grilles de la préfecture mais aussi en version digitale, ces portraits incarnent un message simple : aucune vie ne repart comme avant après un accident.
Et tous, de Christopher à Guillaume, le disent à leur manière. Cette campagne 2025 ne cherche pas à effrayer. Elle cherche à toucher.
Et elle y parvient.



