Nicole Menu : son Terrailles, ses routiers, sa clientèle

À 80 ans, Nicole Menu continue de faire vivre « son Terrailles ». Derrière le comptoir de l’institution, cette femme au franc-parler veille encore chaque jour sur ses clients « du mieux que je peux », glisse-t-elle avec simplicité. Une vie entière consacrée à la restauration, au contact humain et au travail bien fait.
Pourtant, rien ne prédestinait vraiment la jeune Nicole à reprendre un hôtel-restaurant. Née à Romans et élevée à Bollène, elle rêvait plutôt de devenir puéricultrice. « J’avais passé des concours à Dijon », se souvient-elle. « Ma mère était une mamma italienne ; quand elle avait parlé, il fallait faire comme elle avait dit », raconte Nicole. Elle rejoint alors ses parents et ses sœurs à L’Ambiance, un bar tenu par la famille à Bagnols-sur-Cèze, en 1957. Ils y resteront dix ans. C’est là que Nicole découvre le rythme intense de la restauration, les longues journées et surtout le plaisir de recevoir. « Il y a 68 ans que je suis dans la restauration. »
Puis, en 1967, la famille Menu vend le fonds de commerce et achète un terrain de vignes au bord de la Nationale 86, à Saint-Nazaire. Le lieu porte déjà un nom : Les Terrailles.
« Mon père m’a demandé si je voulais changer le nom, mais on a décidé de le garder », raconte-t-elle. C’est ainsi qu’est né l’hôtel-restaurant Les Terrailles, devenu au fil des décennies une véritable institution dans le secteur.
À l’époque, l’établissement est classé deux étoiles. Un jour, un inspecteur du Guide Michelin explique à la famille que les étoiles pourront être conservées uniquement à condition de ne plus accueillir les routiers. Une demande impensable pour le père de Nicole. « Michelin gardera ses étoiles, et moi je garderai mes routiers », répond-il.
Au fil des années, les routiers, les habitués et les familles de passage ont fait des Terrailles leur maison. Certains reviennent aujourd’hui avec leurs enfants, puis leurs petits-enfants. « Mes routiers se sentent chez eux ici », confie Nicole. À ses côtés, son compagnon Ludo, arrivé en 1986, mais aussi Alexandra, sa fille. « Je venais toujours aider quand j’étais petite », se rappelle cette dernière. Nicole se souvient aussi du rythme effréné imposé par ce métier : « Ma mère se levait à 5 heures et se couchait à 1 heure du matin. On servait les routiers jusqu’à très tard dans la nuit. »
Même si l’établissement a été rénové au fil du temps — nouveau comptoir, chambres refaites, décoration modernisée — l’âme des Terrailles est restée intacte. Dans la grande salle du restaurant résonnent encore les souvenirs des banquets, des repas de famille et des soirées improvisées. « Combien de fois mes clients ont fini à chanter et danser ensemble après le repas… », repense Nicole, le sourire aux lèvres.
Côté cuisine, la tradition reste également bien ancrée.
Ici, les plats sont faits maison avec des produits frais, locaux et de saison. Le jeudi midi, la tête de veau sauce ravigote rassemble les fidèles, tandis que les pommes dauphines maison sont devenues une spécialité incontournable. « On y tient », insiste Nicole.
« Ma mère, c’est son Terrailles, ses routiers et sa clientèle », glisse Alexandra. Une phrase qui résume parfaitement la vie de Nicole Menu, entièrement tournée vers cette maison familiale et ceux qui la font vivre depuis bientôt soixante ans. « J’aime ma clientèle, j’aime mon Terrailles », souffle-t-elle.
Et lorsqu’elle évoque un éventuel départ, Nicole Menu le dit sans hésiter : « si je dois partir, ça me serrera le cœur, ça c’est sûr. »



