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Patrick Martin, président du MEDEF : « Les entrepreneurs doivent se faire davantage entendre »

À l’occasion de sa venue à Nîmes pour l’événement Place à l’Entreprise, organisé par le MEDEF Gard, Patrick Martin, président du MEDEF France, a répondu aux questions de TV Sud Magazine. Conjoncture économique, situation politique, emploi, formation, industrie, nucléaire ou encore apprentissage : le patron des patrons livre son analyse d’une période qu’il juge “très confuse”, tout en adressant un message d’encouragement aux entrepreneurs gardois.

TV Sud Magazine : Patrick Martin, pourquoi était-il important pour vous d’être présent à Nîmes pour Place à l’Entreprise ?

Patrick Martin : D’abord, je suis ravi d’être ici. Je m’applique beaucoup à aller au contact de nos adhérents. Je rappelle que le MEDEF, ce sont 240 000 entreprises, de toutes tailles, dans tous les secteurs d’activité et dans tous les territoires.

Ce n’est pas un titre de gloire, mais je le signale quand même : c’est la première fois que le MEDEF a à sa tête un provincial. J’ai donc cette sensibilité particulière. C’est très volontiers que je me rends dans nos territoires. Mais je le fais d’autant plus aujourd’hui qu’il n’a échappé à personne que nous traversons une période compliquée, à bien des égards. Je pense que c’est ma responsabilité d’être vraiment en prise directe avec les événements.

Vous insistez souvent sur votre profil de chef d’entreprise. Pourquoi ?

Il faut le rappeler : je ne suis pas un apparatchik patronal. Je suis avant toute chose un chef d’entreprise familial, provincial, et j’adore le dire. Cela me donne un vécu très concret de ce qui se passe actuellement.

Dans cette période très confuse, je veux être sûr de nos analyses, pas seulement les miennes, mais celles du MEDEF, pour porter les bons messages et mobiliser les troupes. Je parle presque avec un vocabulaire militaire, mais on en est là. Je suis totalement convaincu qu’il faut que les entrepreneurs soient mieux considérés et qu’ils se fassent davantage entendre. Sans cela, notre pays risque de s’égarer dans des directions qui l’éloigneraient de ce qu’il faut faire face aux grands enjeux qui sont devant nous.

Quels sont ces grands enjeux ?

Il y a d’abord les enjeux liés à la démographie, aux tensions de recrutement, à la formation et aux compétences. J’ai fait de la jeunesse la priorité absolue du MEDEF.

Il y a aussi les grands enjeux liés au changement climatique. On le voit encore aujourd’hui : cela suppose de réformer fondamentalement nos façons de faire et de développer des talents français particuliers, notamment dans le domaine de la décarbonation.

Il y a ensuite les enjeux du digital, que l’on a vus ces derniers jours avec les décisions américaines autour d’Anthropic. Et puis il y a les enjeux de concurrence internationale. De la même manière que je vais au contact de nos adhérents, j’essaie aussi d’aller à l’étranger pour bien mesurer ce qui se passe. J’étais il y a un peu plus d’un mois en Algérie, ce qui n’était pas simple, pour rencontrer le gouvernement algérien mais surtout des chefs d’entreprise. Je me suis aussi rendu au Japon avec le président de la République. Et la semaine dernière, j’ai présidé le B7, l’équivalent du G7 côté entreprises, avec mes homologues américains, canadiens, allemands, italiens, japonais et britanniques.

Quel message souhaitez-vous adresser plus particulièrement aux entrepreneurs du Gard ?

Ce que je viens de dire vaut particulièrement pour les entrepreneurs gardois. Je vois ce qui se passe dans chacun de nos territoires et je mesure qu’ici, en particulier, il peut y avoir des difficultés importantes. On les observe à travers les défaillances d’entreprises, les dépôts de bilan.

Il y a aussi des sujets d’emploi, avec un taux de chômage élevé, qui augmente, et en même temps des tensions de recrutement. Cela tient à ce que j’évoquais : on oriente mal nos jeunes, on ne les forme pas toujours aux métiers et aux savoir-faire qui correspondent aux attentes des entreprises.

Globalement, certains secteurs d’activité sont en difficulté. Ma présence ici, c’est donc avant tout un message d’encouragement et d’affection pour tous les entrepreneurs du Gard : les petits, les moyens et les grands. Et aussi pour Steeve Calligaro, mon ami, président du MEDEF Gard.

Les prévisions de croissance au niveau national sont revues à la baisse. Que cela vous inspire-t-il pour le second semestre ?

Elles sont effectivement revues à la baisse. Le MEDEF dispose de capteurs uniques, à travers les 105 secteurs d’activité que nous couvrons et nos 117 implantations territoriales. Bien souvent, nous comprenons et mesurons les choses avant d’autres, parfois avant même le gouvernement, la Banque de France ou l’INSEE.

Il y a déjà plusieurs mois, j’avais alerté sur un vrai ralentissement économique. Malheureusement, ce pronostic s’est vérifié, avec une légère décroissance au premier trimestre. La Banque de France vient d’ailleurs, elle aussi, de baisser ses prévisions de croissance.

Il y a bien sûr un impact lié à la situation au Moyen-Orient, en espérant qu’elle puisse au moins en partie se régler. Mais ce qui me frappe beaucoup, c’est que la sous-activité en France, que l’on mesure en termes de croissance mais aussi d’emploi, tient largement à la situation française elle-même.

Je fais référence à la situation des finances publiques, qui devient critique, mais aussi à la situation politique, avec une Assemblée nationale complètement fracturée et des responsables politiques déjà tournés vers la présidentielle et les législatives. Tout cela pèse sur le comportement des ménages, qui sont inquiets, consomment insuffisamment et épargnent plus que jamais. Cela pèse aussi sur les entreprises, qui n’investissent pas assez, hésitent à recruter, voire réduisent leurs effectifs.

Notre responsabilité est donc d’abord de prendre acte de cette situation et d’appeler nos décideurs à être responsables.

Dans le Gard rhodanien, l’industrie, notamment autour du nucléaire, occupe une place importante. Comment analysez-vous la situation de ces filières ?

Je ne vais pas faire croire que je connais dans le détail toute la situation du Gard. Mais, de manière générale, heureusement, certains secteurs industriels se tiennent mieux, ce qui explique aussi que l’industrie résiste dans les chiffres de croissance.

Nous avons quelques secteurs qui sont presque en surchauffe, ou en tout cas dont les carnets de commandes se remplissent bien. C’est le cas de l’aéronautique, de l’énergie, de l’armement, et aussi du digital, même si je suis désormais un peu plus nuancé sur ce dernier point, car nous sommes très dépendants des Américains.

C’est une chance d’avoir ces secteurs, car, à l’inverse, d’autres sont en souffrance, notamment le bâtiment, mais aussi certains secteurs industriels. Nous sommes très en soutien des filières qui se portent bien comme de celles qui traversent des difficultés.

Vous évoquez aussi le rôle de l’Europe sur ces sujets industriels.

Oui, nous pesons beaucoup au niveau européen pour que l’Union européenne prenne les bonnes décisions. Elle a parfois flotté, elle s’est cherchée et elle a failli prendre des décisions dangereuses. Je rappelle qu’il y a trois ans, l’Union européenne s’apprêtait à interdire le financement du nucléaire et celui de l’armement. On aurait l’air malin si cela avait été mis en œuvre.

Le MEDEF est très présent auprès de la Commission européenne et du Parlement européen, ce qui nous a valu d’être considéré comme le lobby le plus influent à Bruxelles l’année dernière.

Sur l’armement, je m’implique beaucoup. J’ai signé une convention avec la ministre des Armées, lors du salon Eurosatory, pour mobiliser la BITD, la base industrielle et technologique de défense. Cela représente 4 500 entreprises réparties sur tout le territoire national, avec beaucoup de PMI. Il faut les soutenir.

La question des compétences revient constamment. Comment répondre aux besoins des entreprises ?

Sur le nucléaire, l’aéronautique ou l’armement, nous avons des filières avec des carnets de commandes pour plusieurs années, mais aussi de fortes difficultés de recrutement. L’une de nos responsabilités, au MEDEF, même si elle ne relève pas de nous seuls, est d’organiser la reconversion de salariés issus de secteurs ou d’entreprises en souffrance vers ces métiers qui recrutent.

Il faut aussi être très présent sur la réforme des lycées professionnels et sur l’apprentissage. Je suis très inquiet de la remise en cause du dispositif d’apprentissage. Très inquiet. Nous devons faire en sorte que nos jeunes s’orientent davantage vers des qualifications scientifiques et techniques, beaucoup plus que ce n’est le cas aujourd’hui.

C’est un enjeu essentiel pour nos entreprises, mais aussi pour l’avenir économique du pays.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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