Chusclan : la passe à poisson inaugurée pour rétablir la continuité écologique de la Cèze

La nouvelle passe à poisson de Chusclan a été inaugurée ce mardi 25 mars, après plusieurs années de travaux et de réflexion sur la gestion durable de la Cèze. Ce projet de grande ampleur, lancé par l’Agglomération du Gard Rhodanien par l’intermédiaire du syndicat AB Cèze, vise à faciliter la remontée des espèces migratrices comme la loze et l’anguille, tout en rétablissant une continuité écologique sur le cours d’eau.
Un projet complexe et nécessaire
Le projet a nécessité un rabaissement de 50 cm du seuil existant, avant la construction de la passe à poisson. Ce nouvel aménagement permet désormais aux espèces migratrices de franchir l’obstacle et de remonter le cours de la Cèze. “Cette solution demande moins d’entretien et permet un débit plus important, ce qui garantit une meilleure efficacité dans le temps”, a souligné Benoît Trichot, président d’AB Cèze, lors de l’inauguration.

Les premières études ont été lancées dès 1998, et en 2007, un travail d’adaptation par la mise en place d’un escalier à poisson avait été engagé. Cependant, les résultats n’étaient pas suffisants. En 2016, une expertise hydrogéologique a permis d’envisager un rabaissement du seuil sans compromettre l’alimentation en eau potable. En 2020, l’État a mis en demeure la commune de Chusclan de se conformer aux normes environnementales, ce qui a accéléré la mise en place du projet. La maîtrise d’ouvrage a été confiée à l’agglomération en 2021, avec un démarrage des travaux le 15 juin 2022. Les travaux se sont achevés en octobre 2023, après une pause pendant les périodes d’étiage et de sécheresse.
Préserver un patrimoine naturel fragile
“Nous revenons à l’état de 1650, lorsque la Cèze alimentait le moulin de Villemejannes”, a rappelé Jean-Christian Rey, président de l’Agglomération du Gard Rhodanien. “Après les inondations de 1940, le seuil avait été surélevé, bloquant ainsi la migration des poissons. Aujourd’hui, nous rétablissons ce qui était la situation hydraulique naturelle de la Cèze.”

Jean-Christian Rey a insisté sur l’importance de préserver la biodiversité locale : “L’anguille européenne, qui naît dans les Caraïbes à 6 000 kilomètres d’ici, remonte la Cèze pour grandir avant de retourner mourir dans son lieu de naissance. La lamproie marine suit un cycle similaire. Sauvegarder ce patrimoine naturel, cette faune et cette flore, c’est sauvegarder une partie de notre histoire.”
Un investissement collectif pour l’environnement
Le coût total du projet s’élève à 886 453 €. Le financement a été réparti entre plusieurs acteurs :
• Département du Gard : 128 000 €
• Compagnie Nationale du Rhône (CNR) : 70 000 €
• Région Occitanie : 11 500 €
• Agglomération du Gard Rhodanien : 153 925 €
• Agence de l’eau : 60 % du projet, soit environ 600 000 €
“Ce projet représente beaucoup d’argent, mais cette conscience environnementale est fragile”, a déclaré Jean-Christian Rey. “Construire prend des décennies, les démarches administratives sont longues, mais tous ensemble, nous sommes parvenus à faire aboutir ce projet.”
Alexandre Pissas, conseiller départemental, a salué cette réussite : “Le département a contribué à hauteur de 128 000 €. J’ai un grand regret : ne pas m’être plus investi dans la pêche plus tôt.”

Assurer une gestion durable des ressources en eau
David Ferry, représentant de la CNR, a replacé ce projet dans un contexte plus large : “Nous sommes sur le périmètre d’intervention dans les EPCI riveraines du Rhône. Il s’agit d’assurer la continuité piscicole sur 70 ouvrages de franchissement depuis la Méditerranée jusqu’à la source du Rhône. Le seuil de confluence entre la Cèze et le Rhône a été aménagé en 2021, et ce deuxième ouvrage à Chusclan permet désormais 25 km de continuité piscicole.”
L’Agence de l’eau a également joué un rôle clé dans le financement et la mise en œuvre. “Ce projet est exemplaire”, a souligné M. Bonacina, représentant de l’Agence. “Il vise à rétablir la continuité pour des espèces en danger, dans un contexte de dérèglement climatique.”

Un impact déjà visible
Benoît Trichot a conclu en se réjouissant des premiers résultats : “Nous avons déjà observé la remontée des aloses jusqu’au Sautadet en 2024. Ce projet est une réussite en termes de biodiversité et de gestion durable de l’eau.”
Par ailleurs, une convention a été signée avec la Fédération de pêche du Gard pour assurer un suivi régulier de la passe à poisson. Des opérations de pêche électrique permettront de transférer les poissons vers des zones plus fraîches en été, tout en surveillant le bon fonctionnement de l’ouvrage.
L’inauguration de la passe à poisson de Chusclan marque donc une étape clé dans la préservation de la biodiversité locale et la gestion durable des ressources naturelles de la Cèze.



