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Passerelle piétonne à Bagnols-sur-Cèze : un chantier sous haute vigilance environnementale

Un projet de mobilité douce à faible impact écologique
Le projet MAIA (Mission Architecturale d’Infrastructure et d’Aménagement), une passerelle reliant les deux rives de la Cèze à Bagnols-sur-Cèze, symbolise la volonté municipale de développer les mobilités douces tout en intégrant pleinement les enjeux écologiques. Prévue pour relier le nord et le sud de la ville, elle doit assurer la continuité du réseau cyclable et piétonnier tout en préservant les équilibres naturels de la rivière et de ses berges.
Mais derrière ce projet structurant se cache un travail environnemental considérable.
« Notre rôle, c’est d’éviter, réduire et compenser », résume Martin Lamirault, coordinateur environnemental pour SEGIC Ingénierie. Mandaté par la Ville, il accompagne la maîtrise d’œuvre afin que chaque étape du chantier respecte les exigences réglementaires et écologiques. « Cette séquence “éviter, réduire, compenser” permet de garantir que les impacts sur l’environnement soient aussi faibles que possible. Et lorsque certains ne peuvent ni être évités ni réduits, ils sont compensés ailleurs, par la recréation d’habitats naturels ou de zones boisées. »

Des études écologiques approfondies sur quatre saisons
Avant le premier coup de pelle, plusieurs études naturalistes ont été menées sur un cycle complet de quatre saisons. Ces inventaires visent à identifier les enjeux faunistiques et floristiques : chauves-souris, oiseaux, mammifères, reptiles, flore protégée ou invasive, habitats aquatiques, etc.
Ces études sont indispensables dans le cadre d’un dossier dit « loi sur l’eau », car la passerelle franchira directement la Cèze, un milieu sensible soumis à des crues importantes et à la présence d’espèces protégées.
« Il faut s’assurer qu’aucune frayère, ces zones de ponte des poissons, ne soit détruite et que les écoulements de crues ne soient pas perturbés », explique Martin Lamirault. « C’est tout l’enjeu de ces études préalables : adapter le projet à la nature du site et non l’inverse. »
À l’issue de ces travaux préparatoires, pas moins de 33 mesures environnementales ont été intégrées au projet, couvrant les phases de travaux et d’exploitation future de l’ouvrage.

Éviter, réduire, compenser : les trois piliers de la démarche environnementale

  1. Éviter
    La première étape consiste à éviter les atteintes à la nature. Pour cela, le tracé de la passerelle et les zones de chantier ont été revus afin de limiter au maximum l’emprise sur les milieux naturels. Des mesures de prévention contre les pollutions accidentelles (comme les fuites d’hydrocarbures) ont également été prévues.

Les abattages d’arbres, inévitables pour dégager la zone d’implantation, ont été strictement encadrés. « Chaque arbre a été inspecté un par un par un écologue », souligne Martin Lamirault. « Les abattages se font par gros tronçons, déposés ensuite 48 heures au sol pour laisser le temps aux chauves-souris de s’échapper. »
Une attention particulière est portée aux périodes de reproduction. Ainsi, les opérations les plus impactantes ne peuvent se dérouler qu’en automne ou en hiver, lorsque la sève redescend et que les espèces sensibles sont inactives.

Jean-Yves Chapelet confirme : « Les services de l’État nous obligent, et ils ont raison, à intervenir pendant cette période. C’est le bon moment pour les abattages, mais aussi pour les replantations. Tout cela se fait sous contrôle, dans le respect des cycles biologiques. »

  1. Réduire
    Les impacts qui ne peuvent être évités font l’objet de mesures de réduction. C’est notamment le cas pour la qualité des eaux de la Cèze, surveillée en continu par un dispositif de suivi physico-chimique. « En cas de dépassement des seuils, le chantier s’arrête immédiatement », insiste Martin Lamirault.
    « Nous effectuons des mesures continues lors des phases susceptibles d’émettre des matières en suspension. »
    La méthode de débroussaillage elle-même a été pensée pour limiter les dérangements : elle s’effectue en mode « centrifuge », du centre vers la périphérie, afin de permettre à la faune de fuir progressivement la zone.

Dans le même esprit, le chantier est accompagné en permanence par un coordinateur environnemental et un écologue. Une première pour la Ville de Bagnols. Ces experts interviennent à chaque étape clé pour vérifier le respect des engagements, jusqu’à la reprise végétale finale.

  1. Compenser
    Enfin, la séquence se termine par la compensation des impacts résiduels. Dans le cas de la passerelle piétonne, cela se traduit par plusieurs actions fortes :
  • Création d’une zone naturelle de quiétude pour la faune locale, notamment les reptiles et petits mammifères. Renforcement de la ripisylve (la végétation des berges) par la plantation de 1 000 boutures de saules en amont et en aval, servant notamment de nourriture au castor d’Europe ;
  • Installation de 20 nichoirs à chauves-souris et 40 nichoirs à oiseaux, ainsi que de gîtes à faune (tas de bois et de pierres) ;
  • Rachat et reboisement d’un terrain d’environ deux hectares sur l’ancien site du campement reggae, destiné à compenser les arbres abattus à proximité du pont.
    Le maire détaille : « On a conservé les racines des vieux acacias pour stabiliser les talus, et surtout, on replante à grande échelle. L’idée n’est pas seulement de compenser, mais d’améliorer la qualité écologique du site. Ce projet ne doit pas entamer le capital environnemental de nos enfants. »

Un projet structurant pour la mobilité et l’unité urbaine
Au-delà de la technique, la passerelle piétonne répond à une nécessité urbaine : reconnecter le nord et le sud de la ville. Aujourd’hui, le pont routier de la Cèze concentre 10 000 véhicules par jour, rendant la traversée dangereuse pour les piétons et les cyclistes. « Les trottoirs actuels sont étroits, on ne peut pas y circuler à plusieurs, encore moins avec une poussette », note le maire.

La passerelle permettra donc une continuité sécurisée des déplacements doux, maillon essentiel du maillage cyclable local et départemental. « C’est pour cela que nous bénéficions de subventions importantes », souligne Jean-Yves Chapelet. « Cette discontinuité ne concerne pas seulement Bagnols, mais tout le réseau cyclable du Gard et de la région. »
Sur ce mandat, la commune aura créé ou marqué 12 kilomètres de pistes cyclables. Certaines se limitent à du marquage au sol, d’autres à des zones apaisées à 20 km/h, et certaines nécessitent des aménagements lourds, comme ici. « Nous avons travaillé avec l’association Agir pour le climat pour bâtir notre plan de déplacements doux », précise le maire.
À terme, la passerelle pourrait accueillir environ 700 à 800 usagers par jour (piétons, vélos, trottinettes), un chiffre qui devrait croître avec les nouveaux quartiers du nord et la montée en puissance des mobilités alternatives.

Réduction de l’empreinte carbone : un objectif global
Le projet s’inscrit dans un plan municipal plus vaste visant à réduire de 30 % les émissions de CO2 sur la commune. « Cette passerelle, c’est évidemment moins de voitures pour les trajets courts, mais notre démarche va bien au-delà », insiste Jean-Yves Chapelet. « Nous remplaçons l’éclairage public par des LED, développons la géothermie pour chauffer nos écoles, renouvelons notre parc automobile avec des véhicules hybrides. »
Le maire illustre : « Si mon fils peut aller au judo en trottinette au lieu de prendre la voiture, c’est autant d’émissions évitées. Nous sommes une ville compacte : tout le monde peut se déplacer à vélo ou à pied. »

Une concertation et un contrôle permanent
Tout au long du processus, la Ville a souhaité jouer la carte de la transparence. Les services de l’État, la DREAL, les associations écologistes et les pêcheurs ont été associés à la réflexion. « Les pêcheurs connaissent la rivière mieux que quiconque », confie Jean-Yves Chapelet. « Leurs inventaires ont été comparés avec ceux des écologues pour aboutir à une vision complète des populations piscicoles. »
Les relevés se poursuivront jusqu’à la fin des travaux, et même au-delà, pour vérifier la stabilité des écosystèmes. D’après les premières observations, la faune piscicole est restée abondante, et la présence du castor d’Europe — en amont et en aval — n’a pas été menacée.
Des journées d’étude ont aussi été organisées : recherche de gîtes à chauves-souris, inventaires avant et après chantier, et repérage des plantes invasives.
« C’est un suivi permanent, avant, pendant et après », insiste Martin Lamirault. « Quand on arrive sur la zone, cela peut surprendre de voir une partie déboisée, mais tout va repousser. Les contrôles successifs permettent de s’en assurer. »

Entre technique, écologie et symbolique
La construction de la passerelle, prévue pour mars 2026, débutera après la période hivernale, conformément aux recommandations environnementales. Située en aval du pont actuel, elle a été volontairement décalée de quatre mètres pour ne pas interférer avec l’ouvrage existant ni aggraver les risques d’inondation.
« Nous avions envisagé de l’appuyer sur le pont, mais l’État l’a refusé, pour des raisons structurelles et hydrauliques », explique le maire. « En aval, le passage d’eau est plus important, ce qui limite le risque de créer une “lame d’eau” lors des crues. »

Au-delà de son utilité, la passerelle piétonne portera une valeur symbolique forte : relier deux rives longtemps perçues comme deux villes distinctes. « Depuis des générations, on a l’impression de gérer deux Bagnols : une au nord et une au sud », reconnaît Jean-Yves Chapelet. « Avec cette passerelle, on réunit la ville. »

Un projet exemplaire pour un territoire en transition
Entre exigence technique, transparence publique et ambition écologique, la passerelle piétonne illustre une nouvelle manière de construire en bord de rivière.
« Aujourd’hui, on ne peut plus mener un projet sans penser à l’environnement », conclut le maire. « C’est une obligation, mais aussi un plaisir : celui de se dire qu’on laisse un ouvrage utile, sans abîmer ce qui fait la richesse de notre territoire. »

Et pour Martin Lamirault, l’enjeu dépasse largement le périmètre du chantier :
« Cette passerelle est un exemple concret de ce que doit être l’aménagement du futur : un équilibre entre l’homme, la technique et la nature. »

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