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Friche de l’Ardoise : MGH Energy retenue pour porter le premier projet de carburant de synthèse en France

C’est une étape décisive pour l’avenir industriel du Gard rhodanien. Réuni en conseil communautaire, l’exécutif de l’Agglomération a validé le choix de l’entreprise MGH Energy comme lauréate de l’appel à projets lancé pour la reconversion de la friche industrielle de l’Ardoise, ancien site ArcelorMittal, à Laudun-l’Ardoise. Cette décision s’inscrit dans le cadre du dispositif national « Site clé en main – France 2030 », destiné à accélérer l’implantation de projets industriels stratégiques.

Un cadre juridique et stratégique solidement établi

La délibération s’appuie notamment sur le Code général des collectivités territoriales (articles L.5211-1 et suivants), la labellisation « Site clé en main France 2030 », ainsi que sur la convention de portage foncier conclue avec l’Établissement public foncier d’Occitanie. Signée initialement le 27 septembre 2016, cette convention a été renouvelée et renforcée sous la forme d’une convention « grand projet » le 20 septembre 2024, pour une durée de dix ans.

L’appel à projets, dont le règlement de consultation fixait un cadre exigeant, visait à identifier un opérateur capable de porter un projet industriel structurant, innovant, créateur d’emplois pérennes et pleinement compatible avec les contraintes du site : reconversion d’une friche de 35 hectares, prise en compte du PPRI, intégration urbaine et environnementale.

Une procédure de sélection rigoureuse et partenariale

La procédure s’est déroulée en plusieurs phases – candidatures, dialogue compétitif, puis offres finales – en associant étroitement les partenaires institutionnels : services de l’État, Région Occitanie, Ad’Occ, EPF Occitanie, Banque des Territoires et Compagnie nationale du Rhône. Trois projets finalistes ont été évalués selon des critères pondérés portant sur les orientations stratégiques, la robustesse technique et financière, les retombées socio-économiques, l’intégration sur site et l’innovation, notamment en matière de gestion des flux.

À l’issue de l’analyse finale des offres, présentée en comité de pilotage le 2 février 2026, le projet « L’Ardoise’Jet » porté par MGH Energy a été classé en première position avec une note globale de 18/20.

« L’Ardoise’Jet » : un projet au cœur de la décarbonation

Le projet retenu vise la production de carburants d’aviation durables, de type e-kérosène, par la combinaison d’hydrogène vert et de CO₂ capté dans les rejets industriels du territoire. Chaque année, environ 300 000 tonnes de CO₂ issues des entreprises locales – sur les 650 000 tonnes produites à l’échelle de l’agglomération, majoritairement à Laudun – seraient ainsi valorisées, réduisant d’autant les émissions rejetées dans l’atmosphère.

Cette unité industrielle, présentée comme la première usine de biocarburant aérien de ce type en France, répond directement aux enjeux de souveraineté énergétique et de décarbonation du secteur aérien. Conçue sur un modèle tri-modal, elle privilégiera les flux ferroviaires, fluviaux et par pipelines, limitant drastiquement le transport routier : à terme, seuls deux camions par semaine seraient nécessaires, l’essentiel des flux transitant par le Rhône, marquant la renaissance du port de l’Ardoise.

Un impact économique et territorial majeur

L’ampleur du projet est à la hauteur des ambitions affichées. L’investissement est estimé à près d’un milliard d’euros. En phase d’exploitation, l’usine générerait 200 emplois directs qualifiés, auxquels s’ajouteraient 1 000 emplois indirects dans la chaîne d’approvisionnement et 520 emplois induits dans les services. La phase de construction mobiliserait quant à elle plus de 400 emplois.

L’arrivée de techniciens et d’ingénieurs renforcera l’écosystème économique local, avec des besoins accrus en services, commerces et logements. Pour les élus, il s’agit d’un levier essentiel pour garantir l’avenir du territoire, attirer et maintenir les jeunes actifs, et enrayer les fragilités économiques et démographiques constatées ces dernières années.

Sécurité, environnement et patrimoine

Le projet sera classé ICPE, avec un seuil Seveso bas, rendu possible par des volumes de stockage volontairement limités. La technologie mise en œuvre est présentée comme maîtrisée : en cas d’incident, les effets resteraient confinés au site. La présence d’hydrogène n’entraînerait pas de pollution durable, et les dispositifs de sécurité feront l’objet d’un travail approfondi et transparent avec les riverains, via des réunions publiques et des études complémentaires.

Autre engagement fort : la réhabilitation du bâtiment patrimonial dit « La Sucrerie », symbole du passé industriel du site. Sa renaissance devra incarner le lien entre héritage industriel et avenir décarboné.

Vers la mise en œuvre opérationnelle

Le conseil communautaire a reconnu le caractère stratégique et l’intérêt communautaire majeur du projet, tant pour la réindustrialisation verte du territoire que pour la transition énergétique nationale. Il a autorisé le président de l’Agglomération à engager des négociations exclusives avec MGH Energy – ou toute société de projet dédiée – afin de préciser le calendrier, les conditions de mise à disposition anticipée du foncier, les autorisations administratives (permis de construire, ICPE), le bouclage financier, ainsi que la gouvernance et le financement des aménagements connexes (voiries, réseaux, connexions ferroviaires et fluviales).

Un vote largement favorable

La délibération a été adoptée à une large majorité, avec une voix contre (Olivier Robelet, Montfaucon) et une abstention (Véronique Herbé, Saint-Victor-la-Coste).

Pour l’exécutif communautaire, cette décision marque « le début du travail concret de réindustrialisation du bassin ». « Place désormais aux études, aux réunions publiques et au dialogue avec les habitants. Le travail est devant nous », ont souligné les élus, revendiquant une vision d’avenir fondée sur une industrie décarbonée, respectueuse de l’environnement, complémentaire du tissu économique existant et créatrice d’emplois durables.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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