Une application immersive pour faire revivre le Camp de César à Laudun-l’Ardoise

À Laudun-l’Ardoise, le Camp de César s’apprête à changer de dimension. Grâce à une application touristique immersive, le site antique pourra désormais être exploré tel qu’il était au début du Ier siècle, il y a près de deux millénaires. Un projet culturel et patrimonial porté par la commune et l’agglomération, pensé pour un tourisme de qualité, loin du surtourisme.
Reconstituer un camp romain disparu
À l’origine de cette initiative, une rencontre entre Jean-Christian Rey et Yves Cazorla. L’idée : utiliser le numérique pour redonner vie à un site aujourd’hui peu lisible pour le grand public. « Ici, au Camp de César, on ne fait pas grand-chose », reconnaît le maire. Enfoui sous la végétation, un ancien pressoir à huile et des vestiges parfois réduits à l’état de pierres ne permettent pas toujours d’imaginer la vie d’un camp militaire romain.
L’application permettra de reconstituer les baraquements, la basilique et l’organisation du camp, à partir des traces archéologiques existantes et des travaux historiques réalisés. « L’objectif est que chacun puisse visualiser la vie du village et accéder aux connaissances d’un archéologue », souligne Yves Cazorla.
Une immersion en réalité augmentée
Développée par Enthalpie, spécialisée dans la conception d’activités de loisirs, d’escape games et de jeux de valorisation du patrimoine, l’application repose sur la solution Timexplorer. Une fois téléchargée, aucune connexion internet n’est nécessaire.
Le visiteur scanne un QR code sur site pour lancer la 3D : un guide virtuel prend alors la parole et accompagne la découverte. La visite, composée de six étapes, permet d’entrer virtuellement dans les bâtiments, notamment la basilique, pour une expérience immersive. Un jeu de piste ludique vient conclure le parcours, invitant l’utilisateur à interagir avec son environnement réel grâce à la caméra de son smartphone.
Un travail scientifique rigoureux
Le projet a nécessité six mois de travail, appuyé par des relevés topographiques précis pour la modélisation du site. Les concepteurs ont également collaboré avec des professeurs de l’université de Nîmes afin de « clarifier le brouillard de l’histoire » et garantir la solidité scientifique des contenus. Les archives de la commune ont aussi été mobilisées pour réaliser les études nécessaires.
Un levier pour le développement touristique
Pour Benoît Trichot, l’enjeu dépasse le seul site de Laudun-l’Ardoise : « On a toujours voulu élargir les ailes de la saison. Tout n’est pas ouvert en période hivernale. Ces visites peuvent se faire numériquement. C’est une manière de capter les gens et de leur permettre de visiter les lieux tout en accédant à un certain degré d’informations. » Une logique déjà mise en œuvre avec des histoires numériques à Montclus ou des enquêtes ludiques dans les vignes de Lirac.
L’ambition est aussi de donner de l’envergure au projet afin de mettre en avant plusieurs destinations du territoire, en créant un véritable maillage autour de sites majeurs comme l’oppidum de Gaujac, le Camp de César et, à proximité, le pont du Gard. À terme, d’autres communes pourraient suivre, comme Beaucaire et sa forteresse.
Un investissement mesuré, des retombées attendues
Le coût du projet s’élève à 20 000 euros. Un investissement jugé raisonnable au regard des enjeux économiques. Jean-Christian Rey rappelle que le tourisme génère environ 40 millions d’euros de retombées hors nuitées sur seulement quatre à cinq mois de pleine saison. « Si on augmente d’un pour cent les différentes visites, cela représente 400 000 euros de plus, soit l’équivalent d’une dizaine d’emplois indirects. »
Né d’une discussion autour de la maison Albert-André, le projet se veut avant tout culturel, innovant et accessible. Il ambitionne notamment d’intéresser les jeunes, les cyclistes de passage ou encore les visiteurs qui pensent, à tort, « qu’il n’y a que des pierres à voir ». En racontant l’histoire autrement, Laudun-l’Ardoise affirme sa volonté de mettre le numérique au service du patrimoine et de développer un tourisme durable et qualitatif.



