Bagnols-sur-Cèze : le projet d’un “Mas des agriculteurs” se précise

Présenté ce lundi matin chez Maison Rivier à Chusclan, le projet de création d’un Mas des agriculteurs dans le Gard rhodanien continue de prendre forme. Portée par le Groupement de développement agricole de Bagnols, l’initiative vise à créer un magasin collectif permettant aux producteurs locaux de vendre directement leurs produits aux consommateurs. Une démarche qui s’inscrit dans un contexte de crise agricole, avec l’objectif affiché de garantir un prix juste pour les producteurs comme pour les clients.
Autour de la table ce lundi : Louis Lefebvre, président du Groupement de développement agricole de Bagnols, Claude Rivier, Patrick Viala, président de l’association du Mas des agriculteurs et initiateur du modèle nîmois, et Jean-Paul Robert, directeur du Mas des agriculteurs de Nîmes.
Un projet présenté hors du contexte électoral
Le choix du lieu de présentation n’est pas anodin. Les porteurs du projet ont volontairement opté pour un site privé, afin d’éviter toute récupération politique à l’approche des élections municipales.
« Nous ne voulons pas nous immiscer dans la campagne électorale. Il n’y a pas de politiques autour de nous aujourd’hui », ont insisté les responsables. Mais l’objectif est aussi clair : alerter les futurs décideurs et rappeler que la concrétisation du projet passera par un travail avec les collectivités locales.
« Le projet avance et nous devons travailler avec les collectivités pour le faire aboutir », explique Louis Lefebvre.
Une mobilisation du monde agricole
Le projet est porté par le Groupement de développement agricole du Gard rhodanien, une structure qui rassemble différents acteurs du secteur : syndicats agricoles, fédération des vignerons, coopératives, organisations professionnelles et mutuelles. Son conseil d’administration compte 15 membres.
À l’origine, l’association avait été créée pour accompagner le développement de la viticulture locale, mais son activité s’était peu à peu mise en sommeil. Face aux difficultés croissantes du monde agricole, elle a retrouvé une nouvelle raison d’être.
« Avec la crise de la vente des produits agricoles, nous avons décidé de nous réunir dans une démarche syndicale pour permettre aux agriculteurs de vendre leur production au plus près du consommateur », explique Louis Lefebvre.
La première réunion publique organisée autour du projet a réuni une soixantaine de personnes, preuve selon les organisateurs d’une véritable attente du territoire.
Le modèle du Mas des agriculteurs de Nîmes
Le projet bagnolais s’inspire directement du Mas des agriculteurs de Nîmes, ouvert en 2019. Lancée en 2012 sous la présidence de Dominique Granier, la structure avait nécessité sept années de préparation avant son ouverture.
Le concept repose sur un magasin collectif détenu par les agriculteurs eux-mêmes. L’objectif : réduire les intermédiaires pour garantir une rémunération équitable des producteurs tout en maintenant des prix accessibles.
Les résultats sont aujourd’hui jugés très positifs. « Nous avions prévu d’équilibrer les comptes au bout de trois ans. Dès le premier demi-exercice, l’équilibre était atteint », souligne Jean-Paul Robert.
En 2025, le Mas de Nîmes affiche 7,3 millions d’euros de chiffre d’affaires, emploie 18 salariés et accueille près de 150 000 clients par an. L’entreprise compte également 200 agriculteurs actionnaires.
« À chaque fois qu’un client entre dans le magasin, il vote pour les agriculteurs », résume Patrick Viala.
Une offre largement locale
Aujourd’hui, 90 % des produits vendus à Nîmes proviennent du Gard. Les rares produits extérieurs sont des produits de première nécessité impossibles à produire localement, comme le lait ou le beurre, provenant alors de départements voisins d’Occitanie.
Les fruits et légumes constituent le premier espace du magasin, suivis notamment par la boucherie et une vaste cave à vin, présentée comme la plus grande cave du Gard.
L’offre repose sur la saisonnalité : « Il n’est pas question d’avoir des tomates toute l’année. Les productions doivent rester de saison », rappellent les responsables.
Un projet adapté au territoire bagnolais
Le futur Mas de Bagnols serait toutefois plus modeste que celui de Nîmes. Les porteurs du projet évoquent :
- une surface de vente de 300 à 400 m²,
- environ 150 m² de réserves,
- un parking de 30 à 35 places,
- et une emprise totale estimée entre 1 500 et 2 000 m².
Le magasin pourrait proposer 2 500 à 3 000 références, contre plus de 6 000 à Nîmes.
Le lieu exact reste à définir. Plusieurs terrains ont déjà été identifiés dans la commune, mais les porteurs du projet insistent sur un point : le choix de l’emplacement sera déterminant.
« Il ne faut pas se précipiter. L’emplacement est essentiel pour la réussite du projet », souligne Claude Rivier.
Une implantation envisagée en zone commerciale
Contrairement à certaines boutiques de producteurs installées en centre-ville, le futur magasin pourrait voir le jour à proximité d’une zone commerciale et de la grande distribution.
L’objectif n’est pas d’entrer en concurrence avec les circuits existants, mais de proposer une alternative directe pour les producteurs.
« Certains agriculteurs n’ont pas la capacité de travailler avec la grande distribution. Nous voulons leur offrir un débouché », explique Patrick Viala.
Le magasin fonctionnerait six jours et demi par semaine et privilégierait en priorité les producteurs locaux, notamment les maraîchers du secteur bagnolais.
Répondre aussi aux besoins de la restauration collective
Au-delà de la vente directe, le modèle du Mas des agriculteurs inclut également la livraison de produits locaux à la restauration collective.
À Nîmes, la structure fournit déjà 80 % des lycées du Gard, plusieurs collèges, l’armée et le CHU de Nîmes. Des discussions existent également avec l’hôpital de Bagnols-sur-Cèze, intéressé par l’approvisionnement en produits de saison.
« Il y a une forte demande des cantines pour des produits locaux. C’est aussi un devoir sociétal d’y répondre », souligne Jean-Paul Robert.
Un projet qui dépend désormais du foncier
Aujourd’hui, le projet bagnolais se trouve dans une phase d’attente, principalement liée à la recherche d’un terrain.
L’agglomération du Gard rhodanien a engagé des études sur plusieurs sites potentiels et pourrait également porter l’investissement immobilier, comme c’est le cas à Nîmes avec la Chambre d’agriculture.
Si le calendrier se déroule comme prévu, l’obtention du terrain pourrait intervenir en 2026, pour une ouverture envisagée en 2027, après environ huit à dix mois de travaux.
Un appel aux agriculteurs et aux futurs élus
Pour fonctionner, le futur Mas des agriculteurs devra mobiliser un réseau important de producteurs : environ 25 à 30 maraîchers, une dizaine de producteurs de fruits et d’autres filières selon les besoins.
Les initiateurs espèrent aussi que le projet survivra au contexte électoral. « Nous souhaitons une chose : que ce projet perdure après les élections », insistent-ils.
Au-delà d’un simple magasin, certains imaginent déjà un projet plus large autour de l’agriculture locale : restaurant, espace de dégustation ou maison des productions agricoles, afin de renforcer l’attractivité touristique du territoire.
« Bagnols est la capitale du Gard rhodanien. Il faut aussi que les agriculteurs aient leur place dans le paysage économique et touristique », concluent les porteurs du projet.



