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À Bagnols-sur-Cèze, l’émouvant hommage à Gerardo Lobeira et aux résistants tués le 27 août 1944

Quatre-vingt-deux ans jour pour jour après le drame, une cérémonie particulièrement émouvante s’est tenue ce jeudi 27 août sur la route d’Alès, à Bagnols-sur-Cèze. Autour de la stèle rappelant la mort de trois résistants, plusieurs descendants de Gerardo Lobeira avaient fait le déplacement depuis l’Espagne pour marcher sur les dernières traces de leur aïeul.

Pour la famille de Gerardo Lobeira, ce jeudi 27 août restera une journée à part. Avant de rejoindre la stèle située aux portes de Bagnols-sur-Cèze, ses descendants se sont rendus au mas où le résistant galicien avait passé sa dernière nuit avec ses camarades. Un parcours mémoriel chargé d’émotion, 82 ans après une tragédie survenue alors que la Libération était en marche.

Édouard Chaulet, maire de Barjac, a rappelé les circonstances des dernières heures des résistants. Fatigués de dormir à la belle étoile, ils avaient été accueillis pour la nuit par Joseph Bondurand dans son mas. Le lendemain, trois voitures étaient parties afin de porter secours à un pilote dont l’appareil s’était écrasé à Saint-Privat-de-Champclos.

Sur la route, un avion allié arrivé du golfe du Lion ne reconnaît pas les résistants et les prend pour des soldats allemands en fuite. Le véhicule est mitraillé. Joseph Bondurand, Albert Roubaud et Gerardo Lobeira sont tués. Laurent Baud survit, blessé par balle à l’épaule.

Parmi les personnes présentes figurait notamment Georges Roubaud, frère d’Albert Roubaud, qui habite aujourd’hui à Pont-Saint-Esprit.

Un républicain espagnol devenu résistant français

Une large partie de la cérémonie a été consacrée au parcours de Gerardo Lobeira. Né en Galice en 1908, il s’était engagé dès la guerre civile espagnole du côté républicain après le soulèvement militaire de Franco. Après la chute du front Nord, il avait réussi à gagner la France avant de reprendre le combat en Catalogne.

La Retirada le conduit ensuite dans les camps d’internement français, notamment à Saint-Cyprien et Gurs. Une page sombre évoquée durant la cérémonie comme indigne de l’accueil qui aurait dû être réservé à ces républicains ayant très tôt combattu le fascisme.

Gerardo Lobeira rejoint ensuite les maquis français et participe à plusieurs actions de la Résistance. Il appartient notamment à un groupe d’une vingtaine de maquisards qui prend d’assaut la prison centrale de Nîmes et parvient à libérer 76 prisonniers politiques, menacés de déportation.

Édouard Chaulet a insisté sur cette dimension internationale de la Résistance. Espagnols, Italiens, Polonais et combattants de nombreuses origines ont participé à la libération de la France. Pour le maire de Barjac, leur engagement rappelle combien les valeurs de « liberté, égalité et fraternité » dépassent les frontières.

« Ceux qui disent aujourd’hui “dehors les étrangers”, on était bien contents de les trouver », a-t-il notamment lancé, avant de rappeler la présence de nombreux étrangers parmi les maquisards. Il a également appelé à l’internationalisme et à la paix : « On saigne trop dans ce monde, il faut que cela cesse. »

Édouard Chaulet a terminé son intervention en rendant hommage au général de Gaulle, à Jean Moulin et à tous les mouvements qui ont œuvré ensemble pour que la France vive. Avec également une mise en garde : « Le ventre qui a donné naissance à la bête sombre du fascisme est encore fécond. »

Et de conclure : « Vive la France et vive la Résistance. »

Une histoire découverte des décennies plus tard

L’émotion était surtout palpable du côté de la famille Lobeira. Anabel Amenabar, Nerea Lobeira Amenabar, Arantxa Amenabar Lobeira ainsi que Bieto Lobeira Amenabar, député de Galice, avaient fait le déplacement.

Pendant des décennies, la famille n’a pratiquement rien su du destin de Gerardo. Son épouse est morte sans connaître les circonstances de sa disparition. « Elle pensait qu’un jour ou l’autre il allait revenir. Elle l’a attendu jusqu’à sa mort », ont raconté ses descendantes.

Ce n’est qu’avec le travail engagé autour de la mémoire historique en Espagne que les pièces du puzzle ont commencé à se rassembler. Il y a environ neuf ans, plusieurs membres de la famille avaient déjà effectué un premier voyage à Bagnols-sur-Cèze après avoir retrouvé sur Internet des informations concernant Gerardo. Ils avaient alors découvert une plaque portant son nom et déposé des fleurs, sans savoir qu’une cérémonie était organisée chaque année en mémoire des résistants.

Cette fois, leur venue était directement liée à l’hommage. Quelques minutes avant la cérémonie, la famille a également découvert le mas où Gerardo avait passé sa dernière soirée. « Beaucoup d’émotions, c’était extrêmement émouvant », ont confié ses descendantes.

Des archives et des témoignages issus d’un travail consacré à la Résistance barjacoise leur ont également été remis. La famille a exprimé sa reconnaissance à l’historien Laurent Delauzun et à Édouard Chaulet pour leurs recherches et leur accueil.

« Ici, il est un héros ; là-bas, il n’existe pas »

Pour Bieto Lobeira Amenabar, député de Galice et petit-neveu du résistant, cette cérémonie pose aussi la question de la reconnaissance des combattants républicains dans leur propre pays.

« Nous sommes venus ici pour rendre hommage à notre oncle qui était un héros. Mais là-bas, il n’existe rien, aucune reconnaissance », a-t-il regretté. Un contraste particulièrement fort avec la France, où le souvenir de Gerardo Lobeira et de ses compagnons est entretenu depuis plusieurs décennies.

Le parlementaire souhaite désormais poursuivre les recherches dans les archives espagnoles afin de rendre leur dignité à Gerardo, à ses frères et plus largement à ceux qui combattirent pour la République puis contre le nazisme et le fascisme. Un travail mémoriel encore complexe après quarante années de dictature franquiste. « On n’efface pas quarante ans de dictature », a-t-il souligné.

Au-delà des archives, l’objectif de la famille est désormais de transmettre cette histoire aux arrière-petits-enfants de Gerardo Lobeira, pour qu’ils connaissent son parcours, ses engagements et les valeurs pour lesquelles il s’est battu.

Ce jeudi, au bord de cette route où sa vie s’est brutalement arrêtée le 27 août 1944, Gerardo Lobeira n’était donc plus seulement un nom gravé sur une stèle. Entouré, 82 ans plus tard, par sa famille venue de Galice, son parcours retrouvait une histoire, des visages et surtout une transmission.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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