À Saint-Laurent-des-Arbres, le FAB 22 partage outils, savoir-faire et goût de la fabrication

Travail du bois, soudure, impression 3D, découpe laser, électronique, ateliers scientifiques pour les enfants ou encore réparation d’objets : à Saint-Laurent-des-Arbres, le FAB 22 veut rendre les outils et les savoir-faire accessibles au plus grand nombre. Désormais installé dans un nouveau local, l’atelier solidaire entend développer ses activités autour d’un principe : apprendre et fabriquer ensemble.
L’histoire du FAB 22 débute il y a quelques années autour d’une rencontre entre art contemporain et bricolage. Une habitante de Saint-Laurent-des-Arbres, passionnée d’art contemporain et à l’origine de la résidence artistique Échangeur 22, avait progressivement constitué un important parc d’outils pour permettre aux artistes accueillis de travailler dans une ancienne cave vigneronne.
« Elle avait trop d’outils et ne savait plus quoi en faire », raconte Alain, aujourd’hui l’un des piliers du FAB 22. L’idée germe alors de mettre ce matériel à disposition des habitants et de créer un véritable atelier solidaire, permettant, sous certaines conditions, d’utiliser ou d’emprunter des équipements.
Le nom s’impose presque naturellement. Le « 22 » fait écho à Échangeur 22, lui-même inspiré du numéro de l’échangeur autoroutier de Roquemaure. Quant au « FAB », il renvoie à la fabrication. Le logo résume la philosophie de l’association en associant une clé mécanique à une clé numérique.
Du bois à l’impression 3D
Lancé autour de 2019 avant d’être freiné par la crise sanitaire, le projet prend véritablement son essor après le Covid. Des passionnés de menuiserie, de bricolage et de technique rejoignent progressivement l’aventure. Les bénévoles aménagent eux-mêmes une partie de l’atelier : établis, rangements et espaces de travail sont fabriqués collectivement.
Mais le FAB 22 souhaite rapidement aller plus loin. Aux outils traditionnels doivent s’ajouter des équipements numériques nécessitant un environnement protégé de la poussière : imprimantes 3D, découpe laser, électronique ou encore programmation de microcontrôleurs.
Commence alors une longue recherche de locaux. La commune met provisoirement à disposition une petite salle d’environ 25 m² sous la mairie. Une solution utile mais rapidement limitée pour une association devant manipuler des machines parfois volumineuses.
Après plusieurs années d’attente liées notamment au déménagement de la bibliothèque, le FAB 22 peut finalement investir son nouveau local. Un changement d’échelle qui permet désormais à l’association de mieux faire cohabiter fabrication traditionnelle et technologies numériques.
Une soixantaine d’adhérents
Aujourd’hui, le FAB 22 rassemble environ 60 adhérents, dont une quinzaine de bénévoles particulièrement actifs. Certains viennent utiliser les machines, d’autres participer à des formations ou développer un projet personnel.
Et les projets peuvent être très différents. Une adhérente souhaite par exemple réaliser, grâce à la découpe laser, un support adapté à sa collection de pièces de monnaie. Une famille travaille, elle, sur la construction d’un abri pour une tortue d’Hermann.
Le FAB 22 développe également des réalisations tournées vers l’environnement. Des nichoirs adaptés aux mésanges ont été fabriqués, notamment pour favoriser ces prédateurs naturels des chenilles processionnaires. Des abris pour chauves-souris ont également vu le jour afin de favoriser leur présence et leur rôle dans la régulation des insectes.
L’association travaille aussi sur des dispositifs destinés aux apiculteurs, notamment des pièges ou des « harpes » électriques contre les frelons, conçues de manière à laisser passer les abeilles.
Avec le FAB Junior, transmettre aux enfants… et aux parents
Ancien enseignant à l’école élémentaire de Saint-Laurent-des-Arbres, où il a effectué toute sa carrière depuis son premier poste en 1984, Alain accorde une place particulière à la transmission.
De cette expérience est né le FAB Junior, destiné à initier les plus jeunes aux sciences, aux techniques et à la fabrication. Architecture, construction de jeux en bois, électronique, robotique ou encore réalisation de fusées capables de s’élever à près de 150 mètres : les activités sont volontairement très diverses.
Mais le FAB 22 a posé une condition originale : chaque enfant doit participer accompagné d’un adulte.
L’objectif n’est pas de devenir un centre de loisirs mais de créer un moment partagé entre enfants et parents. « Les parents voient ce que leurs enfants sont capables de faire et ils sont souvent surpris. Et les enfants sont contents de voir que leurs parents s’intéressent à ce qu’ils font », explique Alain.
L’adulte n’a d’ailleurs pas besoin de maîtriser la technique. Il peut simplement observer, aider ponctuellement ou accompagner l’enfant dans sa réalisation.
Réparer plutôt que jeter
Autre activité appelée à reprendre pleinement avec l’installation dans le nouveau local : le Repair Café. Le principe est simple : apporter un objet en panne et tenter, collectivement, de lui offrir une seconde vie.
L’expérience avait déjà été lancée l’année dernière avec un succès croissant. Parmi les objets passés entre les mains des bénévoles : du matériel informatique, de l’électronique, un sèche-serviettes, un vélo électrique et même… la cafetière de la mairie.
Ici, pas de promesse de réparation. Le service est gratuit et aucune garantie de résultat n’est donnée. La méthode repose surtout sur ce qu’Alain appelle « l’intelligence collective ».
Face à une panne inconnue, chacun apporte ses connaissances. Tests, hypothèses et échanges permettent parfois de trouver une solution là où aucun membre n’aurait nécessairement réussi seul.
Le Repair Café reprendra à partir d’octobre, chaque premier mercredi du mois, de 20 h à 22 h. Il sera ouvert gratuitement, sans obligation d’être adhérent au FAB 22.
Une permanence chaque lundi soir
Au-delà des ateliers programmés, l’association veut aussi devenir un lieu où les habitants viennent simplement avec une idée.
Une permanence est ainsi organisée chaque lundi soir. Chacun peut venir présenter son projet, demander des conseils, découvrir les possibilités offertes par les machines ou envisager une adhésion.
Les bénévoles peuvent accompagner la réflexion, réaliser des plans ou déterminer les matériaux nécessaires avant de passer à la fabrication. C’est par exemple la démarche retenue pour le futur abri destiné à une tortue d’Hermann : après avoir étudié les besoins de l’animal, un plan a été établi. Une fois le bois acheté, la famille reviendra à l’atelier pour construire l’abri avec les enfants.
À travers ses machines, ses formations et ses projets, le FAB 22 défend ainsi une philosophie qui dépasse le simple bricolage : mettre en commun les outils, mais surtout les connaissances, pour permettre à chacun de comprendre, réparer, expérimenter et fabriquer par lui-même.



