CCI du Gard : Philippe Broche « regrette de ne pas avoir été assez écouté »

La suspension pour six mois d’Éric Giraudier, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) du Gard, par le préfet de la région Occitanie, Pierre-André Durand, marque un tournant dans la gouvernance consulaire du département. Une décision « grave », selon le chef d’entreprise bagnolais Philippe Broche, opposant de longue date au président sortant, qui y voit la confirmation d’alertes déjà exprimées depuis plusieurs années.
Dans un communiqué transmis ce mois d’avril, la préfecture justifie la suspension par des « fautes graves » commises dans l’exercice des fonctions de président de la CCI du Gard. Les griefs sont multiples : défauts d’approbation de dépenses d’investissement, défauts d’information des élus, manquements à la transparence dans la vente d’actifs ou encore non-respect de prescriptions de l’autorité de tutelle. Autant d’éléments relevés à la fois par la chambre régionale des comptes et par une mission d’audit du Contrôle général économique et financier (CGEFI).
A cette occasion, Philippe Broche, ancien candidat à la présidence de la CCI et chef d’entreprise à Bagnols-sur-Cèze, s’est exprimé face à la presse. Selon lui, cette suspension constitue « une décision lourde de conséquences », mais également « salutaire » pour l’avenir du territoire. Il salue à ce titre le courage du préfet d’Occitanie, qui a agi, selon lui, avec responsabilité face à une situation devenue intenable : « Nous avions alerté depuis longtemps sur des projets que nous considérions comme disproportionnés, comme celui de la Maison des entreprises. Les faits nous donnent aujourd’hui raison. »
L’homme d’affaires regrette que les signaux d’alerte n’aient pas été entendus plus tôt : « Ce n’est pas une surprise. Lors de la campagne électorale, nous avions informé les entreprises et les élus. » Il déplore que certains soutiens politiques, notamment au sein du Gard rhodanien, aient « préféré les intérêts personnels à l’intérêt général », rappelant que c’était la première fois, depuis 70 ans, qu’un candidat issu de ce territoire pouvait accéder à la présidence de la chambre. Une opportunité qui, selon lui, « n’a pas été saisie mais aurait permis de servir des projets structurants et fédérateurs ».
Le ton, s’il demeure ferme, se veut désormais tourné vers l’avenir. Un avenir municipal pour lequel Philippe Broche insiste sur la nécessité d’un changement de cap : « Il faut tirer les leçons des erreurs passées. Le territoire de Bagnols-sur-Cèze et plus largement du Gard rhodanien ne peut pas manquer le virage qui s’annonce. »
À ses côtés, Michel Valentin et Thierry Vezinet appellent eux aussi à « repenser le fonctionnement des chambres consulaires » et à mieux cibler les aides vers les très petites entreprises (TPE), nombreuses dans le bassin bagnolais et dans l’ensemble du département. « La Maison des entreprises aurait pu être un outil utile, mais le choix du gigantisme, dans un contexte économique difficile, interroge », estime Philippe Broche. Il souligne également les retards de paiement rencontrés par certaines entreprises intervenues sur ce chantier. Selon lui, « ces 20M€ auraient du servir à des aides économiques envers les entreprises du département ».
À compter du 1er mai 2025, Fabien Dorocq, premier vice-président de la CCI du Gard, assurera l’intérim à la tête de l’institution. Philippe Broche souhaite appelle de ses voeux à ce que ces évènements permettent de faire émerger une nouvelle gouvernance « plus sobre, plus moderne, plus connectée aux réalités du terrain », en intégrant notamment « les évolutions liées au numérique, à l’intelligence artificielle et à la transition écologique ».
En guise de conclusion, le chef d’entreprise appelle les acteurs économiques et les citoyens à faire preuve de lucidité et de responsabilité : « Il est temps de changer de braquet. Ceux qui dirigent doivent agir dans l’intérêt général. Ce que nous vivons aujourd’hui est peut-être l’occasion de repartir sur des bases saines. »
À l’heure où nous écrivons ces lignes, notre rédaction a sollicité une réaction d’Eric Giraudier qui n’a pour l’heure pas répondu à nos sollicitations.



