Pont-Saint-Esprit : un conseil municipal sous haute tension sur fond de divisions internes et de polémique autour d’une embauche

Le conseil municipal de Pont-Saint-Esprit, réuni le mercredi 2 octobre 2025, a donné lieu à des échanges particulièrement houleux, marqués par des règlements de comptes au sein de la majorité municipale et des débats nourris sur plusieurs dossiers sensibles. La séance, suspendue à un moment sur demande de l’élu d’opposition Ludovic Nicolas, a notamment été dominée par la question de la création d’un poste de collaborateur de cabinet, perçue par une partie des élus comme une décision controversée à l’approche des élections municipales.
Des prises de parole en ouverture sous forme de règlements de comptes
Dès l’ouverture de la séance, deux élues issues de la majorité, Olivia Gemtu-Chantry et Laëtitia Gaillard, ont tenu à s’exprimer publiquement après le retrait de leurs délégations.
Olivia Gemtu-Chantry, élue anciennement en charge des affaires scolaires, a dénoncé une décision « prise par voie de presse » qu’elle dit ne pas comprendre, évoquant un « sentiment de trahison » à l’encontre du maire Valère Ségal :
« Je t’ai fait confiance et tu m’as trahie. La trahison vient de toi, tu décides seul. (…) J’ai été élue au même titre que toi par les Spiripontains. »
Elle a également critiqué la gestion du dossier du non-rachat de terrain pour le futur collège et le choix d’une DGS « à l’encontre des salariés ».
De son côté, Laëtitia Gaillard a exprimé son soulagement d’être « délivrée du poids » de devoir s’associer à des décisions politiques qu’elle ne partageait plus :
« J’ai suivi une logique de transparence en m’engageant avec Jérôme Bouvier. Depuis ton arrivée, cela fait des mois que nous nageons en eau trouble. »
Pour rappel, les deux élues avaient perdu leurs délégations après avoir donné procuration à des élus d’opposition lors de votes en commission et au dernier conseil d’agglomération.
Le dossier du terrain du collège au cœur des échanges
Le quatrième point de l’ordre du jour portait sur la saisine de la Chambre régionale des comptes (CRC) par le préfet du Gard, à propos du paiement du terrain destiné au futur collège.
Selon le maire Valère Ségal, la saisine a bien été jugée recevable, mais la dépense, d’un montant de 3 134 906 €, a été considérée comme non obligatoire, excluant toute mise en demeure d’inscription au budget.
« Le litige reste en cours, une audience s’est tenue le 24 septembre dernier. Nous attendons la décision du tribunal. »
Le maire a rappelé que ce contentieux, hérité de l’équipe précédente, concernait une compétence départementale :
« Ces 3 millions ne suffiraient pas à construire le collège. Il faudrait d’autres terrains pour l’accessibilité, avec d’importants travaux de voirie, sans compter la destruction de l’ancien collège. »
L’opposition, par la voix d’Aurélie Delwarte et de Claire Lapeyronie, a toutefois mis en garde contre les conséquences financières potentielles pour la commune.
Claire Lapeyronie a estimé que « le préfet qui saisit la CRC, ça en dit long sur les relations entre la mairie et l’État ». Elle a également dénoncé la vétusté du collège actuel, « le plus vieux du département », et regretté « l’absence du maire lors de la récente visite du DASEN dans ce même établissement ».
Le maire a répliqué :
« J’ai reçu M Mauny, DASEN du Gard à l’occasion d’une rencontre. Si vous avez les pieds dans l’eau, tournez-vous vers le Département. »
D’un point de vu plus technique, la directrice générale des services (DGS), Éloïse Auboiron, a précisé que plusieurs procédures étaient en cours, certaines déjà favorables à la commune :
« Deux procédures ont été gagnées par la ville. Il n’est pas nécessaire à ce stade de provisionner ce risque. »
Une polémique sur le statut de la DGS
La question n°7 a porté sur le tableau des effectifs municipaux, dans lequel le poste de DGS apparaît comme « vacant ».
Aurélie Delwarte s’est interrogée :
« Est-ce le reflet d’un problème administratif lié à son contrat ? Existe-t-il une saisie du tribunal administratif ? »
Le maire a répondu :
« Le poste de DGS ne peut être occupé que par un fonctionnaire. Madame Auboiron est contractuelle, donc le poste est vacant sur le papier, mais il est bien pourvu en réalité. »
Karine Bommenel, adjointe aux finances, a précisé que « le recrutement a suivi une procédure classique d’analyse de CV et d’entretiens ».
Le vote contesté de la création d’un poste de collaborateur de cabinet
La délibération n°8, portant sur la création d’un poste de collaborateur de cabinet à temps complet à compter du 6 octobre 2025, a cristallisé les tensions.
Le maire a expliqué :
« Le poste est discrétionnaire. C’est un emploi de confiance du maire. Il ne s’agit pas d’un directeur de campagne, mais bien d’un collaborateur chargé des missions du cabinet. »
Il a précisé que cette embauche faisait suite au départ à la retraite de Bernard Seu, ancien directeur de cabinet.
Mais plusieurs élus, dont Jean-Pierre Morel, Ludovic Nicolas et Claire Lapeyronie, ont remis en cause la temporalité et la transparence de cette décision :
« On n’embauche pas un directeur de cabinet à la veille des élections. Il faut faire preuve de communication et de prudence avec l’argent public. »
Ludovic Nicolas a également demandé à connaître le montant de la rémunération, ce à quoi le maire a refusé de répondre publiquement.
Les débats se sont envenimés, plusieurs élus accusant le maire d’un conflit d’intérêts pour avoir pris part au vote.
Malgré les critiques, la délibération a été adoptée d’une courte majorité : 16 voix pour, 15 contre et 2 abstentions.
Parmi les élus ayant voté contre figurent Alain Barbato, Ludivine Fabre, Jean-Pierre Morel, Hervé Rouquette, Michel Feger, ainsi que Olivia Gemtu-Chantry et Laëtitia Gaillard. Sylvie Barral et Mireilla Raveloson se sont abstenues.
À la suite de ce vote, Aurélie Delwarte a indiqué son intention de saisir le Tribunal administratif pour contester la légalité de la délibération. Dans un communiqué publié le lendemain, la conseillère municipale du groupe Simplement Pont a dénoncé une « manœuvre électoraliste déguisée » et un « vote irrégulier ».
Olivia Gemtu-Chantry a estimé que le maire n’aurait pas dû participer au vote de la délibération sur le collaborateur de cabinet, invoquant l’article L2131-11 du Code général des collectivités territoriales et l’article 432-12 du Code pénal, relatifs aux conflits d’intérêts.
Tensions politiques et interrogations sur la suite du mandat
En fin de séance, Jean-Pierre Morel, élu de la majorité, a interpellé le maire sur ses intentions électorales. Il a rappelé qu’en juillet dernier, Valère Ségal avait annoncé son intention de ne pas se représenter, avant de finalement revenir sur sa décision :
« Vous aviez dit que vous ne repartiriez pas. Vous avez ensuite désigné un successeur avant de changer d’avis. »
Le maire a répondu qu’il avait été « sollicité par des membres de la majorité pour reformer une équipe » :
« J’ai pris cette décision face aux divisions internes. »
La séance a été suspendue sur demande de Ludovic Nicolas, avant de reprendre dans une atmosphère toujours tendue.
Autres dossiers : délégués de quartier et projets patrimoniaux
Plus loin dans l’ordre du jour, la question des délégués de quartier a également été évoquée. Vérah Randrianasolonandrasanah a précisé que la commune comptait 31 délégués, et que de nouvelles candidatures seraient étudiées « en cas de démission ».
Enfin, le conseil a abordé la question de plusieurs autorisations de programme et crédits de paiement (APCP) pour un montant global de plus de 12 millions d’euros, incluant notamment les travaux de restauration du Prieuré et des bassins de rétention.
Karine Bommenel a défendu ces opérations comme « nécessaires » pour éviter des dépenses plus lourdes ultérieurement :
« Le toit du Prieuré a déjà été refait, mais la porte d’entrée menace de tomber. Nous devons assumer la responsabilité de ces dossiers hérités. »



