À Lirac, les élus de l’Aude découvrent la recette gardoise de la prévention des feux de forêt

Lundi 3 novembre, une délégation du département de l’Aude a été accueillie à Lirac pour une journée d’échanges consacrée à la Défense des Forêts Contre les Incendies (DFCI). Cette visite, initiée par Cédric Clémente, président du SIVU de Yeuseraie et de l’association départementale des Communes et Collectivités forestières du Gard, faisait suite au grand incendie qui a ravagé l’Aude l’été dernier. Objectif : partager l’expérience gardoise en matière de gestion collective et de prévention des feux.
Un accueil sous le signe de la solidarité
« Lors de la réunion organisée après le grand feu de l’Aude, j’avais proposé à la présidente du CDonseil départemental de l’Aude, Hélène Sandragné, de venir échanger dans le Gard sur ce que nous avons mis en place », rappelle Cédric Clémente. « Nous les accueillons par solidarité, mais aussi pour leur montrer ce qui fonctionne chez nous grâce à la coordination entre le Département, la DDTM, les syndicats forestiers, l’ONF et le SDIS. »
Après une visite dans l’Aude le 20 août, c’était au tour des Gardois de recevoir, à Lirac, les représentants de l’Aude, en présence des deux sénateurs Denis Bouad pour le Gard et Sébastien Pla pour l’Aude, accompagnés du de la DDTM 30, du SDIS du Gard et des conseillers départementaux et régionaux (Nathalie Nury et Fabrice Verdier.
Une organisation rodée et structurée
Le Gard est aujourd’hui cité en exemple. Depuis 2009, une véritable dynamique s’est installée autour de la DFCI, avec une approche par massifs forestiers et un partenariat solide entre les acteurs. Quinze communes financent chaque année une cotisation à l’hectare, assurant un entretien régulier des pistes et équipements.
« Nous avons investi près de 2 millions d’euros en dix ans pour normaliser et rénover nos pistes DFCI », précise Cédric Clémente. « Les servitudes préfectorales nous permettent de mobiliser des fonds, et grâce à une structuration claire, le Gard capte 70 % de l’enveloppe régionale DFCI. »
Mais cette réussite amène aussi une alerte : « J’ai interpellé la présidente de Région Occitanie Carole Delga car l’enveloppe devient trop petite au regard des besoins. »

Des moyens adaptés au terrain
Sur le terrain, les visiteurs ont pu découvrir le réseau de pistes et de points d’eau, essentiels pour une attaque rapide des feux naissants. Le colonel Carret (SDIS 30) a rappelé la logique d’action en deux étapes : « attaquer le feu dès son départ, puis limiter la casse grâce à des points d’appui agricoles. »
Les pistes sont entretenues tous les six ans, certaines pour la troisième fois depuis 2013. « Nous avons aujourd’hui 96 km de pistes normalisées, contre 146 km auparavant, mais plus fonctionnelles », explique le maire de Lirac. Le territoire dispose de huit cuves de 30 à 40 m³, et une réflexion est en cours avec l’agglomération du Gard rhodanien pour l’acquisition d’une cuve supplémentaire de 60 à 80 m³.
Le SDIS contrôle tous les deux ans les équipements (pistes, points d’eau, aires de retournement). « Cela permet aux sapeurs-pompiers de connaître leur territoire et les moyens disponibles avant chaque saison », souligne le colonel. L’eau des citernes est de l’eau traitée, il faudrait parfois envisager d’utiliser l’eau issue de piscines municipales vidées, cela permettrait d’économiser la ressource. Cependant, pour utiliser une telle solution, cela nécessiterai l’utilisation de camion citerne de 30 000m3 d’eau, indisponibles sur loe territoire.

Prévention, biodiversité et gestion raisonnée
Au-delà des infrastructures, la DFCI gardoise intègre une approche écologique. « L’aménagement et l’entretien des pistes permettent d’ouvrir les milieux, de répondre à des enjeux économiques et de sécurité tout en créant une plus-value pour la biodiversité », explique Camille, technicienne du syndicat. Les surfaces herbacées, entretenues par des chasseurs ou du pastoralisme, limitent les risques de fermeture du milieu et favorisent la faune.
Un modèle fondé sur la coopération
Pour Denis Bouad,sénateur du Gard, « faire un plan de massif, c’est bien, mais il faut aussi des moyens pour attaquer un feu naissant. Sans financements suffisants de l’État, les efforts locaux ne suffiront pas. »
Et de rappeler : « Pour réussir, il faut que tout le monde soit autour de la table. Individuellement, on n’y arrive pas. »
De son côté, la présidente du département de l’Aude regrette la manque d’investissement local dans son département : « Il y a bien une ligne budgétaire départemental pour l’entretien des pistes DFCI et la lutte contre les feux de forêt mais elle n’est jamais demandée par les syndicats et intercommunalités en charge de la compétence feu de forêt ».
Cette journée d’échanges a permis de démontrer la pertinence du modèle gardois : une gestion collective, territorialisée, et fondée sur la solidarité. « Nous avons divisé par cinq à six les surfaces brûlées en dix ans », conclut Cédric Clémente. « C’est la preuve que la prévention et la coopération portent leurs fruits. »



