Bagnols-sur-Cèze : avec la CRAC, la Ville change d’échelle pour relancer le commerce et l’attractivité

Engagée depuis plusieurs années dans la réhabilitation de son centre ancien, la ville de Bagnols sur Cèze franchit une nouvelle étape décisive avec la mise en place d’une Concession de revitalisation artisanale et commerciale (CRAC), confiée à la SPL30. Un outil inédit dans le Gard, pensé pour redonner durablement vie aux rues commerçantes du centre-ville.
Depuis quatre à cinq ans, la municipalité investit déjà de manière continue dans la requalification du cœur de ville. Chaque année, près de 300 000 euros sont consacrés à l’aide à la rénovation des façades, avec un accompagnement des porteurs de projets via la Maison Cœur de Ville, qui centralise le dépôt et l’instruction des dossiers. Mais pour l’exécutif municipal, cette politique ne suffisait plus.
« Il faut aller plus loin », assume Jean-Yves Chapelet, maire de Bagnols-sur-Cèze. L’objectif est clair : agir directement sur le bâti commercial, là où l’initiative privée ne va plus, afin de recréer de l’activité économique et des services de proximité.
Une concession sur 12 ans, 1,8 million d’euros engagés
« La CRAC, entrée en vigueur le 1er décembre 2025, repose sur une concession de 12 ans confiée à la SPL30. Sur les neuf premières années, la collectivité s’engage à hauteur de 1,8 million d’euros, soit 200 000 euros par an, auxquels s’ajoutent quatre bâtiments issus du patrimoine communal », explique Vincent Delorme, Directeur Général de la SPL30.
La SPL30, société publique locale créée par l’État il y a une dizaine d’années à titre expérimental, est aujourd’hui un opérateur reconnu de l’immobilier d’activité en centre-ville. Son rôle : acquérir des biens dégradés ou inadaptés, les réhabiliter et les remettre sur le marché, avec une vocation clairement affirmée pour les rez-de-chaussée.
« Ce programme n’a de sens que si les rez-de-chaussée accueillent du commerce, de l’artisanat ou des services, et non de l’habitat », insiste Charlotte Buhot, directrice du pôle grands projets urbains. La logique est assumée : privilégier le centre-ville et ses rues commerçantes, avec des cellules adaptées aux besoins actuels, et non de grandes surfaces difficiles à commercialiser.
Un opérateur immobilier du centre ancien
Concrètement, la SPL30 devient un opérateur immobilier du centre-ville, capable d’intervenir rapidement sur des immeubles nécessitant de la petite ou moyenne rénovation. « On rénove l’ensemble du bâtiment, pas uniquement le rez-de-chaussée », précise Boris Querelle, responsable d’opérations et chef de projet CRAC à la SPL30.
L’objectif global est fixé à 27 biens sur la durée de la concession, soit en moyenne trois immeubles par an. Le travail opérationnel a déjà débuté depuis un an, et un premier comité de pilotage (COPIL) s’est tenu récemment pour valider les orientations.
Chaque opération fera l’objet d’un suivi précis : validation financière, choix des bâtiments, délais, avec une présentation annuelle en conseil municipal. « L’avantage pour la collectivité, c’est que nous gardons la main chaque année pour ajuster notre engagement », souligne Charlotte Buhot, avec une exigence forte : faire en sorte que la concession ne soit pas déficitaire.
Trois immeubles emblématiques ciblés pour 2026
Trois bâtiments ont d’ores et déjà été identifiés pour une première phase, à l’horizon 2026.
Le premier se situe rue de la République, avec l’ancien bâtiment du Midi Libre, ainsi que deux immeubles adjacents communicants. L’ensemble offre un linéaire de façade important en rez-de-chaussée, idéal pour une re-commercialisation. « L’entrée de la rue de la République, qui est l’entrée de la rue commerçante, avait besoin d’un vrai travail », souligne Jean-Yves Chapelet. L’un des immeubles a été préempté, l’autre acquis à l’amiable.
Le deuxième projet concerne également la rue de la République, en milieu d’axe. Une étude notariale, propriétaire du bien, a souhaité vendre dans le cadre d’un projet de reconstruction ailleurs. Une négociation amiable a permis de saisir cette opportunité. Le bâtiment, en bon état général, pourrait être remis sur le marché fin 2027 – début 2028, avec l’ambition d’offrir une surface commerciale significative.
Enfin, le troisième site emblématique est l’hôtel Auguste Mallet, sur la place Mallet. Aujourd’hui occupé par des salles associatives, le centre œnologique et la cave Mallet, l’édifice présente des volumes et un potentiel importants. « C’est le moment ou jamais de rénover et d’imaginer des projets futurs, mêlant logements et équipements associatifs », estime Charlotte Buhot, tout en reconnaissant un véritable défi technique, au cœur du secteur sauvegardé.
Souplesse, réactivité et effet levier
Pour la municipalité, la CRAC est avant tout un outil agile, capable de s’adapter à un avenir incertain. « On ne connaît pas l’avenir. Ce programme nous donne la souplesse nécessaire pour répondre aux besoins réels, sans faire de la poudre aux yeux », insiste Jean-Yves Chapelet.
Grâce au périmètre élargi de l’ORT centre-ville, et à la mobilisation de l’ensemble des partenaires, notamment les dispositifs de l’ANAH, la Ville mise sur un effet levier financier conséquent et sur des transformations visibles à court terme, « en un à deux ans ».
« Nous sommes prêts à saisir les opportunités, avec réactivité et capacité d’agir rapidement pour impulser un changement tangible dans le centre ancien », résume Charlotte Buhot.
Un pari assumé, fondé sur la confiance entre la collectivité et la SPL30. « Nous ne serions pas partis dans cette convention avec n’importe qui. Si nous le faisons, c’est parce que la confiance est là et que de nombreux projets ont déjà été menés conjointement », conclut Jean-Yves Chapelet.
Avec la CRAC, le centre-ville entre ainsi dans une nouvelle phase de reconquête, structurée, progressive et pensée sur le long terme.



