La maison Albert André : la renaissance patiente d’un patrimoine longtemps oublié

C’est un dossier emblématique de la commune, qu’Yves Cazorla, maire de Laudun-l’Ardoise, est venu présenter lors d’une conférence de presse consacrée au futur de la maison Albert André. Un sujet « très important », selon ses propres mots, parce qu’il marque l’aboutissement d’une volonté politique assumée.
Le symbole est fort : le permis de construire a été accordé le 24 décembre dernier, « comme un cadeau de Noël », sourit le maire. Un clin d’œil calendaire pour un projet dont le destin est longtemps resté suspendu. Fermée depuis 2006, sans chauffage ni entretien régulier, la maison s’est progressivement dégradée, au point de devenir un patrimoine menacé. « Il était essentiel de mesurer le chemin parcouru depuis février 2006, et de ne pas laisser ce legs tomber dans l’oubli », insiste Yves Cazorla.
C’est en 2023 que la municipalité décide de prendre le sujet « à bras-le-corps ». Avec une ligne claire : agir, plutôt que d’attendre indéfiniment que la situation juridique se débloque d’elle-même. « Ce n’est en aucun cas le projet d’Yves Cazorla », tient-il à préciser. Le dossier est le fruit d’un travail collectif mené avec l’Agglomération du Gard rhodanien, l’association des Amis d’Albert André et le dernier exécuteur testamentaire, afin de garantir le respect de l’esprit de la donatrice.
Un comité de pilotage a ainsi été mis en place pour bâtir un consensus, valider chaque étape du projet et s’assurer que les décisions soient comprises, partagées et portées par l’ensemble des acteurs culturels. L’objectif est double : sauver le bâtiment, et lui redonner une place vivante dans le paysage culturel local, en lien possible avec le musée existant ou un futur équipement, selon les choix à venir de l’agglomération.

Une restauration respectueuse de « l’âme du lieu »
Le projet architectural, confié à l’architecte Gabrielle Welisch, repose sur un principe fort : préserver l’âme de la maison de peintre. D’une surface d’environ 120 m², la bâtisse va faire l’objet d’une restauration minutieuse.
Parmi les transformations majeures figure la suppression de la lucarne (le « chien-assis ») sur le versant sud de la toiture, ajoutée après Albert André par Jacqueline Bret-André, mais absente à l’époque du peintre. Cet élément pesait sur la structure et créait un désordre architectural. La toiture côté sud sera reconstruite avec réemploi des tuiles en bon état. Les façades feront l’objet d’un nettoyage, d’un rebouchage des fissures, d’un nouvel enduit et d’une peinture minérale.
Les caves du rez-de-jardin, aujourd’hui en terre battue, seront ouvertes et transformées en ateliers de peinture et en salle multifonctions, avec la création d’une dalle en béton. L’accessibilité a fait l’objet d’un soin particulier : pas d’ascenseur extérieur, jugé trop intrusif visuellement, mais des rampes à pente douce (6 %) intégrées au jardin, avec de nouvelles façades à l’est et à l’ouest.
La maison sera équipée d’une climatisation réversible discrètement intégrée dans les conduits de cheminée existants, et de double vitrage, tout en conservant les menuiseries d’origine. Le parquet sera rénové, les services culturels s’installeront au premier étage pour assurer une présence constante, lutter contre l’humidité et contre l’oubli.
Le jardin et ses dépendances seront également restaurés : la célèbre treille sera refaite à l’identique, avec ses poteaux en béton, et le garage reconstruit dans son état d’origine.
Un projet ouvert, inscrit dans le temps long

Sur le plan administratif, un délai de recours des tiers court jusqu’à fin mars. Une audience juridique est prévue le 26 mars sur la demande de révision du legs. « Dans le legs, il est écrit qu’il faut faire un musée. Aujourd’hui, ce n’est pas juridiquement et financièrement faisable. Nous avons décidé d’agir plutôt que d’attendre. Et ce que nous faisons était nécessaire, musée ou pas », résume le maire.
Ces trois mois permettront aussi de finaliser le dossier de consultation des entreprises (DCE), afin qu’il puisse être lancé rapidement après les élections municipales, si la future équipe le souhaite.
Le coût global du projet est estimé à 800 000 euros, incluant 552 000 euros (583 000 avec intérêts) de provisions reconstituées depuis 2014, une subvention du Département, et un effort budgétaire assumé par la commune.
« Réhabiliter cette maison, c’est comme restaurer une toile de maître oubliée dans un grenier sombre pendant vingt ans. On ne se contente pas de nettoyer le cadre : on enlève le vernis jauni pour laisser éclater la lumière originale d’Albert André, en utilisant les outils modernes pour que chacun puisse entrer dans le tableau », confie Yves Cazorla.
Sans figer la maison dans un usage unique, la municipalité veut l’inscrire dans une dynamique culturelle de long terme. Certaines pièces de mobilier pourraient être remises en place, des dispositifs immersifs imaginés pour permettre au public de découvrir la maison « comme à l’époque ». Une renaissance progressive pour une maison qui, longtemps, a frôlé la ruine, et que Laudun s’apprête désormais à réintégrer pleinement dans son patrimoine vivant.



