Quand les sommeliers rencontrent le cru Laudun : immersion aux 4 Chemins

À Laudun-l’Ardoise, le Lundivin du lundi 2 février 2026 a pris des allures de démonstration grandeur nature. Démonstration d’un terroir arrivé à maturité, d’un collectif de vignerons précurseurs et d’une appellation qui, après des décennies d’attente, s’est enfin imposée parmi les crus des Côtes du Rhône. Accueillant sommeliers, formateurs, œnologues et acteurs de la filière, la Cave des 4 Chemins a proposé une matinée dense, pédagogique et vivante, suivie d’un long temps d’échanges autour des vins de Laudun, Chusclan et Lirac.
Une cave coopérative atypique et visionnaire

Fondée en 1960, la Cave des 4 Chemins s’est construite sur une intuition forte : faire des vins de qualité, les élever et les vendre directement au consommateur conditionné. Un choix audacieux et précurseur à l’époque, rappelé par son président-vigneron Jean-François Chabert lors de l’accueil au caveau. « Nous sommes une cave intercommunale atypique. Dès le départ, l’idée était de raisonner parcelle par parcelle, avec des volumes maîtrisés, pour laisser parler les terroirs. »
Aujourd’hui, la coopérative fédère une centaine de vignerons, pour une production oscillant entre 35 000 et 40 000 hectolitres. Dès les années 1960, les vignerons avaient investi dans une quarantaine de petites cuves de 17 tonnes, permettant de vinifier deux à trois hectares par cuve : une révolution qui a posé les bases de la sélection parcellaire moderne.
Laudun, un cru longtemps attendu
Le Lundivin s’inscrivait aussi dans un contexte historique fort : Laudun est devenu en 2024 le 18ᵉ cru des Côtes du Rhône, en blanc comme en rouge. Une reconnaissance tardive, que beaucoup estiment avoir dû intervenir dès 1947. À l’époque, le dossier de reconnaissance soutenu localement, avait été mis en pause par le Baron Leroy. Laudun était resté Côtes du Rhône Villages, « en attendant mieux », décision actée par le tribunal d’Uzès.

« Il y a une quinzaine d’années, les vignerons ont relancé collectivement le dossier, avec méthode et persévérance », rappelle Grégoire, vigneron impliqué dans son montage. Résultat : 1 200 hectares classés en cru, sur un potentiel initial de 2 500 hectares en Côtes du Rhône Villages, pour une production annuelle d’environ 17 000 hectolitres, dont un tiers en blanc et deux tiers en rouge.
Le blanc, locomotive du cru
Un message a traversé l’ensemble de la journée : le blanc est l’avenir de Laudun. L’œnologue et directeur de la cave, David Risoul, l’assume pleinement : « Il faut que le blanc soit la locomotive. On a trop longtemps bu les blancs trop jeunes. Ici, il faut savoir attendre. Trois à cinq ans de cave, c’est souvent là que nos vins s’expriment le mieux. »
Les cépages autorisés expliquent cette capacité de garde : grenache blanc et clairette, chacun à hauteur minimale de 25 %, complétés par le viognier, arrivé plus récemment. Des assemblages bâtis pour la fraîcheur, l’équilibre et la gastronomie. « Un vin peu coloré n’est pas un vin raté. On cherche la complexité et la structure », insiste l’œnologue, qui n’hésite pas à élever certains blancs en barrique, non pour le boisé, mais pour étirer la bouche et gagner en longueur.
Le terroir expliqué sur le terrain

La balade dans les vignes, au lieu-dit Camp de César, a constitué l’un des temps forts du Lundivin. Guidée par Gregoire vigneron adhérent et par l’œno-géologue Georges Truc, elle a permis de comprendre ce qui fait l’identité profonde de Laudun.
Au nord, les reliefs calcaires du Crétacé supérieur, riches en quartz et en bandes de grès, se dégradent en sables. Plus au sud, les formations tertiaires sableuses de la vallée de la Tave et de la Cèze — que l’on retrouve à Saint-Victor-la-Coste ou Saint-Laurent-des-Arbres — offrent des sols légers, parfaitement adaptés au grenache et à la clairette. « La vigne y trouve facilement son chemin, grâce à la micro-porosité des sables, mais aussi grâce à l’argile en profondeur, véritable coffre-fort hydrique et minéral », explique le géologue.
Des sols vivants pour des vins fins
Au cœur de son discours, Georges Truc insiste sur la vie du sol : mycorhization, milliards de bactéries, échanges permanents entre racines et micro-organismes. « Un sol qui vit bien est un sol qui protège la vigne. Certaines bactéries savent même produire des antibiotiques naturels contre le mildiou, à condition que l’on respecte cet équilibre. »
Cette approche se traduit dans le verre : des tanins fins, une acidité modérée, des vins davantage marqués par la finesse et la délicatesse que par la puissance. « Le consommateur ne ressent pas les crêtes tanniques de la syrah. On est sur des trames soyeuses », souligne-t-il. L’enherbement, le broyage, la tonte ou encore le pâturage des moutons participent à cette dynamique vertueuse, en limitant l’érosion et en garantissant la qualité du sous-sol.

Une reconnaissance par les sommeliers
La présence de sommeliers de toute l’Occitanie donnait à ce Lundivin une portée particulière. Parmi eux, Danièle Raulet-Reynaud, Maître Sommelier et formatrice reconnue, finaliste du concours de Meilleur Sommelier de France. Sa motivation est claire : « Être là, c’est encourager les vignerons de notre région, qui traversent une crise sans précédent. Ici, on découvre des vins d’une pureté remarquable. La clairette dégustée ce matin est d’une précision incroyable. »
Elle souligne également l’importance du circuit court : « Pourquoi ne pas pousser la porte d’une cave comme celle-ci ? On y trouve des rapports qualité-prix remarquables, des professionnels qui connaissent leur métier et un soin apporté à la conservation du vin que l’on ne retrouve pas toujours ailleurs. »
Laudun dans la dynamique collective
Pour Luc Pelaquié, président de l’appellation Laudun, la Cave des 4 Chemins joue un rôle structurant. « Elle représente une part essentielle de l’appellation. Dès l’origine, on apportait les raisins à la main, en caisses, avec une exigence de qualité. Cette reconnaissance en cru, on aurait dû l’avoir dès 1947. »

Même constat du côté de l’Union de la Sommellerie Française, représentée par son président régional Georges Gracia. « Pour nous, Laudun est un formidable terrain d’expression des vins blancs du Rhône sud : équilibre, élégance, légers amers nobles, complexité aromatique. Notre rôle est de relayer ce travail auprès des clients et de valoriser ces terroirs. »
Une cave tournée vers l’avenir
Au caveau, la dégustation du millésime 2025 et de nombreuses autres gammes locales a confirmé la diversité de la gamme : IGP accessibles, Côtes du Rhône gourmands, cuvées parcellaires, crus de Laudun, Chusclan et Lirac, sans oublier la gamme bio Écho . « Notre force, ce sont nos petites cuves, rappelle David Risoul. Elles permettent d’isoler, d’assembler intelligemment et de construire des vins cohérents et identitaires. »

À l’issue de cette journée, une certitude s’impose : Laudun n’est plus un cru en devenir, mais un cru affirmé, porté par des vignerons engagés, une cave coopérative innovante et des professionnels du vin convaincus. Le Lundivin 2026 aura pleinement rempli son objectif : faire dialoguer terroir, savoir-faire et transmission, dans un esprit de partage et de convivialité.



