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Nouvelle caserne à Cornillon, ouverture d’un centre de formation à Bagnols-sur-Cèze… Entretien avec le colonel Paletti, nouveau directeur du SDIS du Gard

À la tête du Service départemental d’incendie et de secours du Gard depuis quelques semaines, le colonel Sébastien Paletti signe un retour aux sources. Après un parcours entre responsabilités locales, nationales et ministérielles, il retrouve un territoire qu’il connaît intimement. Rencontre.

« C’est le seul métier que j’ai voulu faire »

Mon colonel, comment vous présenteriez-vous à nos lecteurs ?

Je suis officier de sapeur-pompier depuis presque 26 ans. C’est le seul métier que j’ai voulu exercer. Il ne s’agit pas simplement d’une profession, mais d’un engagement profond au service des autres.

Je suis né dans le Gard, j’y ai grandi. J’ai débuté ma carrière en 1999 dans le Rhône comme capitaine, avant de revenir dans le Gard en 2002. J’y ai occupé différents postes jusqu’en 2018 : chef de centre, puis des fonctions de direction aux côtés du directeur départemental, notamment comme responsable communication.

En 2018, après la réussite au concours de colonel, j’ai quitté le département, conformément aux règles statutaires. J’ai d’abord été directeur départemental adjoint en Haute-Savoie pendant trois ans, puis j’ai rejoint la Direction générale de la sécurité civile à Paris comme chef du bureau chargé de l’organisation et des missions des services d’incendie et de secours. Cela m’a donné une vision nationale des enjeux opérationnels : secours à personne, conventions avec les grands opérateurs, évolution des schémas d’analyse et de couverture des risques.

Enfin, pendant un an et demi, j’ai été conseiller sécurité civile au cabinet du ministre de l’Intérieur. Mon rôle consistait à apporter une expertise de terrain au ministre, à l’accompagner dans ses déplacements et à contribuer aux orientations stratégiques et réglementaires en matière de sécurité civile.

Aujourd’hui, je suis très heureux de revenir dans le Gard, comme directeur départemental. C’est un territoire auquel je suis profondément attaché.

Un SDIS robuste face aux risques

Qu’est-ce qui a changé depuis votre départ ?

Le SDIS du Gard a conservé ce qui fait sa force : une robustesse opérationnelle remarquable, capable de répondre à la fois au risque quotidien et aux événements exceptionnels — feux de forêt, inondations.

Nous réalisons une intervention toutes les huit minutes. L’été comme le reste de l’année, nous devons être prêts à affronter des situations hors normes.

Mon premier objectif est clair : consolider cette réponse opérationnelle. Mais aussi anticiper l’évolution des risques. Le changement climatique accentue le risque inondation, et le risque feu de forêt ne diminuera pas. Nous devons adapter en permanence nos capacités.

Inondations : culture du risque et expertise technique

Le Gard a connu des épisodes marquants…

J’ai connu les inondations de 2003, 2005 et 2014. Ces événements ont forgé une véritable expertise départementale.

La résilience de la population est un travail collectif, mené avec la préfecture et les communes. Nous participons activement à l’information sur les comportements à adopter en vigilance jaune, orange ou rouge.

Sur le plan opérationnel, nous disposons d’équipes spécialisées capables d’intervenir dans des conditions très dégradées, en garantissant la sécurité des intervenants. Cet équilibre entre anticipation, montée en puissance et sécurité est fondamental.

« Mettre nos 3 000 agents dans les meilleures conditions »

Le SDIS du Gard, c’est 720 sapeurs-pompiers professionnels, plus de 2 100 volontaires et 170 personnels administratifs et techniques.

Mon rôle est de les placer dans les meilleures conditions possibles. Je défends un management responsabilisant et bienveillant, mais structuré. Il faut à la fois un cadre clair et une attention réelle au bien-être au travail.

La protection des équipes est une priorité. Les agressions contre les sapeurs-pompiers sont inadmissibles. Nous déposons plainte systématiquement et accompagnons les agents, y compris sur le plan psychologique. Un travail partenarial étroit est mené avec la police et la gendarmerie sous l’autorité du préfet.

Un territoire complexe, un maillage à renforcer

Le Gard concentre une diversité exceptionnelle de risques : Cévennes, littoral méditerranéen, grands axes autoroutiers, zones forestières.

Pour y répondre, nous devons maintenir un maillage territorial performant. Des projets sont en cours ou à l’étude à Bagnols-sur-Cèze, Quissac, Bellegarde et Cornillon. En 2026, nous réviserons le schéma départemental d’analyse et de couverture des risques, qui fixe notre trajectoire stratégique.

Concernant Cornillon, il ne s’agit pas de remplacer les centres existants, mais de renforcer la capacité opérationnelle. Ces projets s’inscrivent dans le temps long, à 10 ou 20 ans.

À Roquemaure, la reconstruction en cours est essentielle. Moderniser nos casernes, c’est améliorer les conditions de travail, favoriser la mixité et rendre l’engagement plus attractif.

Volontariat : simplifier et fidéliser

Le volontariat est la clé de voûte de notre modèle. Nous devons faciliter l’engagement, limiter l’usure et travailler étroitement avec les employeurs via des conventions de disponibilité.

Les jeunes sapeurs-pompiers constituent également un vivier essentiel. Une centaine de jeunes, de 14 à 18 ans, sont engagés. Une section existe à Pont-Saint-Esprit et une autre ouvrira à Bagnols-sur-Cèze. C’est à la fois une école de la citoyenneté et le creuset de nos effectifs futurs.

Nouvelles technologies : efficacité et discernement

Au Pont du Gard, une expérimentation de détection précoce des feux par caméras intégrant de l’intelligence artificielle est en cours. L’objectif : intervenir plus tôt, conformément à la stratégie nationale de lutte contre les feux de forêt.

Nous modernisons aussi notre parc de véhicules, notamment avec des camions haute pression permettant une meilleure efficacité tout en consommant moins d’eau.

L’intégration des nouvelles technologies doit rester progressive. Il faut trouver le bon équilibre entre innovation et consolidation des savoir-faire. La formation est donc centrale.

« La population peut nous faire confiance »

Un mot pour conclure ?

À la population gardoise, je veux dire qu’elle peut compter sur l’engagement quotidien des sapeurs-pompiers du Gard.

À nos 3 000 agents, je veux dire ma fierté d’être à leurs côtés. Nous porterons ensemble un projet collectif ambitieux, au service exclusif de l’intérêt général.

Le colonel Paletti entame ainsi son commandement avec une ligne claire : renforcer, moderniser, fédérer — sans jamais perdre de vue l’essentiel, la protection des Gardois.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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