Eric Giraudier répond aux critiques « c’est la gouvernance économique du Gard qu’on attaque »

Quelques jours avant la prise d’effet de sa suspension, Eric Giraudier, président de la CCI du Gard, a ouvert les portes de la nouvelle Maison des Entreprises (MDE) à Nîmes, lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il a également répondu point par point aux griefs reprochés par la préfecture de région Occitanie.
Ce lundi, la visite de la Maison des Entreprises a donné le ton : transparence et sérénité. Avant de répondre aux questions, Eric Giraudier a emmené les journalistes à la découverte des nouveaux locaux de la CCI, installés dans deux bâtiments reliés par une passerelle, également utilisable comme espace de réception.
La MDE dispose d’une salle polyvalente comprenant un amphithéâtre de 250 places, modulable pour des réceptions ou cocktails. “La passerelle est à la fois un lien physique et un espace de rencontre”, a expliqué Eric Giraudier, soulignant « l’utilisation de matériaux locaux, de bois et l’intégration d’un bassin de rétention pour récupérer l’eau de pluie, utilisée notamment pour les sanitaires », détaille Fabien Dorocq, Vice Président de la CCI.

Les bâtiments, lumineux grâce à de vastes baies vitrées, bénéficient d’une ventilation naturelle automatisée, et de nombreuses fonctionnalités mutualisées.
Au total, 2100 m² pour le bâtiment B, 4500 m² pour le bâtiment A, avec des salles de réunion de 8 à 280 personnes. “Nous avons voulu des espaces plus grands que ce que propose, par exemple, le musée de la Romanité,” a précisé Eric Giraudier.
L’amphithéâtre sera utilisé par le Purple Campus pour des formations, et la Maison des entreprises héberge également le BIC Innov’Up, le Lab IA, ainsi qu’une pépinière d’entreprises. L’ensemble du bâtiment atteint une note exceptionnelle de 89 % au label BDO (Bâtiment Durable d’Occitanie), la plus élevée pour un bâtiment tertiaire en région », explique fièrement Fabien Dorocq.

Des chiffres précis pour répondre aux accusations
Face à la suspension du préfet de région et aux accusations de ses adversaires dont Philippe Broche, sur les coûts et la gestion du projet, Eric Giraudier a voulu “être entièrement transparent sur les chiffres”.
Le chantier représente 6000 m² de construction pour un coût de production de 2800 à 2900 € le m², “équivalent voire inférieur à celui de collèges récents dans le département,” a-t-il affirmé.
La partie réservée à la CCI occupe 2080 m², le reste étant destiné aux partenaires. La rénovation de l’ancien siège rue de la République aurait coûté 6 à 7 millions d’euros. La vente de ce site (5,2 millions d’euros) et d’autres actifs a financé 65 % du projet, le reste étant couvert par un emprunt.
Concernant le coût du projet, Eric Giraudier a précisé que la partie dédiée à la CCI du Gard représente 5,9 millions d’euros, contre un montant total de 25 millions d’euros pour l’ensemble de la Maison des entreprises, qui accueille plusieurs structures. Il a insisté sur le fait que ces montants ont très peu évolué par rapport aux prévisions initiales.
Le budget initial prévoyait déjà une enveloppe de 5 millions d’euros pour la CCI, légèrement réévaluée à 5,9 millions d’euros principalement en raison de modifications de chantier, dans le cadre d’une autorisation de dépassement de 5 % (prévue 3 % pour la maîtrise d’œuvre et 2 % pour la CCI).
Le label BDO a entraîné un surcoût estimé à 13 %, absorbé en partie par des subventions (800 000 € de la Région Occitanie et environ 400 000 € du FEDER et de l’ADEME). Le projet a été financé à 65 % par la vente d’actifs immobiliers de la CCI et à 35 % par emprunt. Ce montage, via deux SCI détenues par la CCI du Gard et la CCI de région Occitanie, permet également de récupérer la TVA sur les travaux et de sécuriser l’affectation des recettes de cessions. Eric Giraudier a rappelé que ce choix était nécessaire pour moderniser les outils de développement économique tout en maîtrisant les charges, et que les économies d’énergie attendues permettront de réduire les dépenses de fonctionnement d’environ 300 000 à 400 000 € par an.
Pour éviter tout usage détourné des fonds, deux SCI (sociétés civiles immobilières) ont été créées, détenues à 99,9 % par la CCI du Gard et 0,1 % par la CCI de région.
Le financement est donc maîtrisé, insiste le président : “Nous avons construit un outil pour le développement durable, pas jeté l’argent par les fenêtres.”
Un bâtiment loin d’être « surdimensionné »
Concernant les critiques sur un éventuel surdimensionnement du projet, Eric Giraudier répond : “Nous avons plus de demandes que de places disponibles.” Plusieurs entreprises, dont Newcleo (actuellement à Avignon), envisagent d’ores et déjà de rejoindre la MDE.
Le président a fermement rejeté les quatre griefs émis par la préfecture d’Occitanie dans son courrier du 22 avril. Selon lui, aucun n’a de “matérialité sérieuse”. Les délibérations budgétaires ont bien été présentées aux élus, les assemblées générales respectent les règles statutaires, et la transparence a été maintenue, assure-t-il, documents à l’appui.

Des recours multiples pour contester la suspension
Suite à la décision du préfet de suspendre Eric Giraudier pour six mois à compter du 1er mai, plusieurs recours ont été engagés :
- Un recours gracieux adressé dès le 23 avril.
- Un recours hiérarchique auprès de la ministre du Commerce.
- Un référé suspension devant le tribunal administratif de Toulouse.
“Nous avons transmis plus de 1000 pages justificatives”, précise l’avocat de la CCI, Maître Gay. Une décision rapide du Tribunal Administratif est espérée entre le 5 et le 7 mai.
Pour Eric Giraudier, cette suspension ne vise pas seulement sa personne : “C’est la gouvernance économique du Gard qu’on attaque. C’est une méconnaissance totale du travail des élus, des entreprises, de l’emploi et de la formation dans notre territoire.”



