Bagnols-sur-Cèze : une table d’hommage pour ne pas oublier les victimes de la route

Bagnols-sur-Cèze : une table noire pour 63 absents, victimes de la route
Le mercredi 14 mai 2025, en plein cœur du marché de Bagnols-sur-Cèze, une grande table drapée de noir sera dressée. Sur cette table, 63 assiettes, autant que de vies fauchées sur les routes du Gard en 2024. Chacune pour se rappeler d’une histoire, d’un deuil. L’événement, organisé par le collectif Justice pour les victimes de la route, porté localement par la famille Couffin, et soutenu par la Ville, se veut un temps de mémoire mais aussi un cri d’alerte, lancé à une société confrontée à la banalisation des comportements dangereux au volant.
Un hommage porté par une famille brisée
Ce geste fort est né d’un drame insoutenable : en octobre 2022, Adrien Couffin, père de famille originaire de Saint-Gervais, perdait la vie dans un accident provoqué par un conducteur alcoolisé. Sa compagne et leurs deux jeunes enfants, présents dans le véhicule, ont été grièvement blessés. Depuis, la famille Couffin s’est engagée corps et âme pour que la mort d’Adrien serve à épargner d’autres vies.
« Le but est de toucher la sensibilité des gens. Cela n’arrive pas qu’aux autres », confiait déjà Bernard Couffin, le père du défunt, lors d’une précédente édition. Aujourd’hui, il s’inquiète d’un manque de volonté politique :
« Le 6 mai, le projet de loi sur l’homicide routier a été présenté devant une Assemblée nationale vide, puis reporté. Certains députés ont déjà annoncé qu’ils voteraient contre. Nous leur avons écrit, et tous nous ont répondu avec la même lettre-type. »
Militant pour que l’homicide involontaire soit enfin qualifié d’homicide routier, le collectif réclame aussi que le 16 mai devienne une journée nationale des victimes de la route. Mais au-delà du mot, c’est l’effectivité des peines qui est en jeu.
« On voit des peines dérisoires. Un récidiviste alcoolisé tue un adolescent de 17 ans : 4 ans de prison, il en fait 2. Maé, 33 ans, tuée par un chauffard alcoolisé dans un tunnel : 4 mois de prison dont 2 fermes. Mon fils est mort depuis trois ans, l’auteur est libre, toujours pas jugé. Il faut le retour des peines plancher, exhorte Bernard Couffin.
« Dans la nuit de samedi à dimanche, en octobre 2022, un Adrien Couffin a été tué, sa compagne et leurs enfants blessés. Le chauffard roulait à 180 km/h sans freiner, sous alcool. C’est intolérable. »
Une société à interroger
Présent aux côtés de la famille, Jean-Yves Chapelet, maire de Bagnols-sur-Cèze, a tenu à s’exprimer avec gravité :
« C’est un véritable problème de société. Jusqu’où peut-on accepter ? Quand on réduit la vitesse, on se fait insulter. Mais notre devoir, c’est de garantir la sécurité routière. »
« Dans notre génération, on faisait attention. Aujourd’hui, alcool et drogues sont omniprésents. Est-on prêts à accepter que nos enfants meurent à cause de gens qui n’en ont plus rien à faire ? »
« On vit dans une société où il faut répéter sans cesse. Il faut rappeler que, comme un fusil de chasse, la voiture implique des responsabilités. Ce n’est pas un jouet, on peut tuer. »
Un discours fort, partagé par Christian Baume, adjoint à la sécurité :
« Malheureusement, cette table est devenue une habitude. Et chaque année, les chiffres sont là pour nous rappeler que rien ne change assez vite. »
Et d’alerter sur un autre phénomène en lien direct :
« Il faut regarder les points de deal, qui prospèrent grâce à une consommation massive. Et cette consommation mène à ce genre de tragédies. »
Une mobilisation policière quotidienne
En première ligne face à ces comportements, Bruno Milliet, chef de la police municipale, a salué l’engagement de ses équipes :
« Depuis janvier, plus de 45 délits routiers nocturnes liés à l’alcool ou aux stupéfiants ont été constatés. Chaque soir, nos agents font face à des provocations, des refus d’obtempérer. »
« On installe des radars pédagogiques, on analyse les comportements, on adapte nos contrôles. Ce travail, les Bagnolais ne le voient pas toujours, mais il est là. »
Baume ajoute :
« Je tiens à saluer leur travail. Ce n’est pas facile d’interpeller des personnes sous stupéfiants ou alcool, et ils le font, pour la sécurité de tous. »
Pour une prise de conscience collective
Ce mercredi 14 mai, au milieu des étals du marché, la table noire viendra troubler l’ordinaire. À ses côtés, des dispositifs de sensibilisation, comme des lunettes simulant les effets de l’alcool et des drogues, seront proposés aux passants.
« Le but est que les gens s’arrêtent, posent des questions, réfléchissent », explique Bernard Couffin.
« On ne doit pas mourir parce que quelqu’un a bu ou s’est drogué. On ne doit pas banaliser ces drames », résume Christian Baume.
🕯️ Informations pratiques
- Hommage aux victimes de la route
Marché de Bagnols-sur-Cèze, place du posterlon
Mercredi 14 mai 2025
63 assiettes dressées en mémoire des morts sur les routes du Gard en 2024
Dispositifs de sensibilisation sur place
Organisé par le collectif Justice pour les victimes de la route, avec le soutien de la Ville de Bagnols-sur-Cèze.



