Fabrice Poncet condamné à 30 ans de prison avec 20 ans de sûreté pour le meurtre de la roquemauroise Marie Pascale Sidolle

NÎMES — Durant trois jours, la cour d’assises de Nîmes voyait sous ses yeux se dérouler un bien singulier procès.
Rappel des faits :
Le 14 avril 2019, Marie-Pascale Sidolle, aide-soignante de 53 ans, ne se présente pas à son travail à l’hôpital d’Avignon. Sa disparition est rapidement jugée inquiétante par ses proches, qui alertent la gendarmerie. Sa voiture, une Renault Twingo blanche, est retrouvée le lendemain à Avignon, complètement calcinée, sans trace de la victime. Deux ans plus tard, des ossements appartenant à Marie-Pascale sont découverts dans la garrigue à Aramon. Les enquêteurs s’intéressent rapidement à son compagnon, Fabrice Poncet, connu pour des antécédents de violences conjugales. Il est interrogé à plusieurs reprises, avec des déclarations changeantes et parfois incohérentes. En 2023, il affirme avoir été témoin de l’enlèvement et de la mort de sa compagne par plusieurs individus, mais sans apporter de preuves. L’enquête ne révèle pas de traces ADN ni de preuves matérielles directes. De nombreux éléments restent flous, notamment la cause exacte de la mort et les circonstances précises de la disparition. Le procès s’ouvre en 2025 pour tenter de faire toute la lumière sur cette affaire.
Après une première journée d’audience marquée par les premiers mots de Fabrice Poncet, la lecture de son analyse psychiatrique et le témoignage de Mme Fesquet, travaillant à l’aérodrome de Pujaut au moment des faits et qui avait témoigné, 2 ans après la disparition de Marie Pascale Sidolle, se souvenant avoir vu un véhicule semblable à celui de la victime avec un couple à l’intérieur dont la description faite correspondrait à Fabrice Poncet et Marie Pascale Sidolle.
C’est une journée d’audience particulièrement intense qui s’est déroulée ce vendredi à la cour d’assises du Gard, dans le cadre du procès de Fabrice Poncet, accusé d’avoir joué un rôle dans la disparition et la mort de sa compagne Marie-Pascale Sidolle en avril 2019. Entre témoignages poignants des proches de la victime et un long interrogatoire de l’accusé, la cour a plongé dans les fractures d’une histoire familiale marquée par les violences, la dépendance affective et les silences pesants.
La matinée a débuté par la prise de parole de Stéphanie Sidolle, fille de la victime. La jeune femme a lu une lettre bouleversante au tribunal. « Cela fait six ans que j’attends ce procès. Je suis la fille, je suis la victime, je suis témoin de l’horreur et je suis une survivante », a-t-elle lancé d’une voix ferme. Elle a décrit l’angoisse née de l’absence inexpliquée de sa mère le 14 avril 2019, puis le choc de la découverte, deux ans plus tard, d’ossements à Aramon. « Sa voiture a été brûlée pour effacer toute trace ADN. Depuis, je vis dans l’angoisse et l’incompréhension. » Elle a confié avoir cru, au retour d’Angleterre de son père, à une belle histoire retrouvée. « Mais ce rêve est devenu un cauchemar. »
Stéphanie a raconté aussi les violences vécues : un Noël 2006, elle reçoit deux gifles et plusieurs coups de pied dans le ventre alors qu’elle est enceinte. Les pompiers sont intervenus. Elle décrit un homme violent dès qu’il buvait, une mère fatiguée, au bout du pardon, qui avait pris la décision de se séparer pour de bon quelques semaines avant sa disparition. « Il ne peut pas me prendre plus que ces six années. Ce procès est vital pour la famille. »
La parole a ensuite été donnée à Marie-Pierre Sidolle, sœur de la victime. Elle a présenté Marie-Pascale comme une femme simple, sociable, aimante. « C’était la dernière d’une fratrie de neuf. Elle aimait tricoter, cuisiner. Elle ne méritait pas une telle fin. » Elle a accusé directement Fabrice Poncet : « Ce n’était pas un compagnon, c’était un destructeur. Il la rabaissait, la violentait, la séquestrait. » Elle s’est adressée à lui à travers la vitre du box, rappelant l’accueil que la famille lui avait réservé, l’affection que sa mère lui portait. Pour elle, seule une personne comme lui pouvait en vouloir autant à sa sœur. « Marie-Pascale aurait su se défendre si elle avait été enlevée. Elle aurait sauté de la voiture, provoqué un accident. »
En fin de matinée, c’est Charlotte Sidolle, nièce de la victime, qui a livré un témoignage bouleversant, au point que la présidente du tribunal a dû suspendre l’audience quelques minutes. « Marie-Pascale, c’était ma deuxième mère. Elle m’a portée, c’était mon pillier. » Charlotte a raconté l’inquiétude ressentie dès le 14 avril 2019, l’envoi d’un message à sa marraine, dont l’accusé de réception n’arrivera que le 17 avril. « Cela signifie que son téléphone a été rallumé. » Elle évoque aussi un message Snapchat lu, selon elle, par la victime, ou une personne qui aurait gardé son, téléphone qui n’a jamais été retrouvé, et écarte l’hypothèse d’un bug après vérification auprès de l’opérateur. Elle affirme également avoir consulté l’historique de géolocalisation Google du téléphone de sa tante, qui le situait chemin des Falaises à Pujaut à 7h29, près de l’aérodrome. La famille s’y était rendue, en vain.
Charlotte revient aussi sur des détails troublants : les lunettes cassées de Fabrice Poncet quelques jours après la disparition, ses griffures aux jambes, son comportement étrange. Elle affirme avoir reçu un colis contenant des dessous sadomasochistes peu après la disparition. Face à lui, elle déclare : « Toi qui es croyant, c’est l’occasion de la rédemption. Dis la vérité. » Fabrice Poncet, depuis son box, répète plusieurs fois : « Ce n’est pas moi. » Alors que le ton monte et que la Présidente se verra contrainte de suspendre les débats, Charlotte s’adresse ensuite au jury : « Ce n’est pas vous qui avez perdu votre marraine. Il faut que justice soit faite. »
La défense a tenté de semer le doute en présentant une planche photos extraite d’une vidéo dans laquelle on voit Marie-Pascale embrasser une amie » à pleine bouche », interrogeant sur une éventuelle relation extraconjugale. Puis elle a dévoilé une lettre anonyme reçue en 2020 par la gendarmerie de Roquemaure. Elle affirmait que Marie-Pascale enquêtait discrètement sur un trafic de bébés au sein du centre hospitalier d’Avignon, visant des femmes isolées et sans famille. Le téléphone de la victime, jamais retrouvé, aurait contenu des enregistrements compromettants. L’auteur de la lettre prétend ne pas avoir de preuve, affirmant que toute l’information était détenue par Marie-Pascale.
« Cette lettre n’a jamais été exploitée par les enquêteurs », regrette Me Tapiero Sauvat, conseil de Fabrice Poncet.
Le point culminant de la journée a été l’interrogatoire de Fabrice Poncet par la cour. Long, particulièrement confus, ponctué de revirements, il s’est défendu, a varié dans ses versions et tenté d’expliquer ses silences. Interrogé sur ses six gardes à vue sans avocat, il affirme : « Je ne pensais pas en avoir besoin, j’ai dit la vérité. » Pourtant, ses déclarations changent en 2023. Il raconte une histoire invraisemblable mêlant bars, cocaïne, sexe, et des individus rencontrés au cours de sa détention à la prison du Pontet. Christophe Sanchez, Paul Baptiste ou “le noir des clés” (il s’agit en réalité de Dembo Diakhaby.

La version de Fabrice Poncet :
La version des faits avancée par Fabrice Poncet s’est construite au fil du temps, évoluant au gré des interrogatoires, jusqu’à prendre la forme d’un récit tentaculaire livré en 2023, quatre ans après la disparition de sa compagne. Il affirme que tout aurait commencé le samedi 13 avril 2019, alors qu’il buvait dans un bar avant de rentrer chez lui dans l’après-midi. Sur le chemin, il aurait été accosté par une mère de famille lui proposant une relation sexuelle. Il l’aurait suivie « pour rendre service », selon ses propres mots, jusqu’à une maison où se trouvait un homme. Sous l’effet de l’alcool et de la cocaïne, Poncet dit s’être livré à des confidences, parlant de sa compagne, de sa voiture, montrant même une photo. L’homme étant désigné par l’accusé comme étant Paul Baptsite aurait alors lancé une phrase ambigüe : « Est-ce que ça te ferait de la peine s’il lui arrivait quelque chose ? » Poncet affirme avoir pris cela pour une plaisanterie.
Dans la nuit, il se rend dans une boîte de nuit, sans son téléphone et retrouve ce même homme accompagné des autres protagoniste qu’il désigne. Vers six heures du matin, il attend Marie-Pascale près de l’hypermarché Leclerc des Angles, un lieu par lequel elle passe en voiture au moment d’aller travailler. Il dit l’avoir vue passer dans sa Twingo blanche, sans être au volant et dans le sens inverse. Il tente de la suivre en scooter mais ne parvient pas à la rattraper. Peu après, il aurait croisé M Diakhaby lui permettant de suivre la voiture de Marie Pascale. Il raconte ensuite avoir rencontré le même groupe d’hommes, dont Paul Baptiste et Christophe Sanchez, qui l’invitent à monter dans la voiture de Marie Pascale. Après une poursuite qui aura mené la Twingo jusqu’à une zone de brocante à Villeneuve les Avignon, puis vers la carrière de Sauveterre. Là, Poncet aurait aperçu sa compagne, figée côté passager. « Avec ce qu’on lui a fait tout à l’heure, elle ne risque pas de bouger », lui aurait dit un des hommes. Pris de panique, il affirme leur avoir demandé de la laisser partir. Ils auraient refusé : « On ne peut pas maintenant, un kidnapping c’est 20 ans, on va réfléchir. »
Les événements se poursuivent dans une maison isolée près de Pujaut et Rochefort du Gard, où la voiture de Marie-Pascale entre dans une propriété. À l’intérieur, une femme — que Poncet décrit comme une « gitane » — aurait refusé que le groupe reste. Il pense que sa compagne était déjà morte, évoque des traces de sang, un corps inerte. Selon lui, les hommes lui auraient fait croire ensuite qu’elle s’était échappée. Il raconte aussi un passage à l’aérodrome, une tentative de le faire sauter d’un ravin, et un retour à Avignon où un couteau lui est remis pour qu’il le jette dans le Rhône. Il affirme l’avoir tenu dans un tee-shirt pour ne pas laisser d’empreintes.
Tout au long du récit, Fabrice Poncet admet avoir gardé le silence par peur pour sa fille. Il dit avoir croisé Paul Baptiste et Christophe Sanchez en prison des années plus tard, ce qui aurait ravivé ses souvenirs. Sous pression psychologique, il reconnaît avoir parfois menti, modifié ses déclarations, ou réprimé certains faits. Il nie toute implication directe, tout en admettant avoir été un « naïf », instrumentalisé, et psychologiquement vulnérable. Il prétend avoir vu son ex-compagne inconsciente, puis morte, sans pouvoir la sauver ni alerter les secours. La cour interroge alors les contradictions de ce récit, notamment le fait qu’il se disait incapable de conduire, alors qu’il relate plusieurs trajets complexes. Quant à l’absence de signalement aux autorités, il la justifie par la peur d’être accusé et de représailles contre sa famille.
Mais ce récit, qui désigne des protagonistes non identifiés ou aux antécédents flous, repose entièrement sur ses déclarations, sans preuves matérielles. Aucun témoin n’a corroboré la présence de Baptiste ou Sanchez, aucun élément tangible ne confirme ses propos. La Twingo a bien été retrouvée brûlée à quelques kilomètres d’Avignon, mais rien ne vient étayer la mécanique de l’enlèvement qu’il décrit. Le téléphone de Marie-Pascale n’a jamais été retrouvé. Face à ce manque de cohérence et d’éléments concrets, la cour peine à accorder du crédit à sa version, d’autant plus qu’elle s’inscrit dans un contexte de violences conjugales anciennes et répétées que plusieurs témoins ont documenté.
Poncet avoue des violences verbales, des gifles. Il conteste les coups de pied, conteste les violences graves. Il nie savoir conduire, malgré les vidéos et trajets évoqués dans l’instruction. Il dit être fragile, influençable, naïf. Il prétend avoir “voulu dire la vérité” pour soulager sa conscience. L’avocat général le recadre et refuse de l’interroger « je ne veux pas tirer sur l’ambulance. La présidente ironise : « Si je veux buter quelqu’un, je ne fais pas tout ce cirque. »
Plaidoirie des parties civiles : “Il se nourrit du mensonge comme Popeye se nourrit d’épinards”
Ce vendredi à Nîmes, après les témoignages déchirants des proches de Marie-Pascale Sidolle et l’interrogatoire confus de Fabrice Poncet, la parole a été donnée aux avocats des parties civiles. Trois plaidoiries distinctes, portées par Me Eydoux, Me Musso et Me Tixador, sont venues brosser le portrait d’un homme violent, manipulateur, fuyant ses responsabilités, et enfermé dans une mécanique de déni qui n’a eu pour effet que de renforcer la douleur des proches.
“La violence, c’est un mode de vie pour lui” – Me Eydoux
Dans une plaidoirie empreinte d’émotion mais aussi de fermeté, Me Eydoux s’est adressée directement aux jurés : « Vous êtes les spectateurs d’une femme arrachée à sa famille. » Elle balaie d’emblée l’idée d’une disparition volontaire. Marie-Pascale Sidolle n’aurait jamais laissé derrière elle sa fille, sa sœur, sa nièce. « Elle portait seule le poids de sa souffrance. » Pour l’avocate, la victime tentait de se libérer de l’emprise d’un compagnon alcoolique et brutal, qui s’est retranché dans une version des faits “théâtrale”, incohérente et dénuée d’authenticité. Elle évoque un quotidien où chaque verre devient une menace, chaque reproche une gifle, chaque tension un orage.
L’avocate souligne la stratégie de Poncet, qui tente de minimiser : il parle de “bousculade”, jamais de coups, de “dispute”, jamais de violence. « C’est un homme manipulateur qui, quand il n’a plus d’emprise sur sa compagne, la transfère sur sa fille. » Elle rappelle que Stéphanie, la fille de Marie-Pascale, a été elle-même frappée alors qu’elle était enceinte. « La violence, chez lui, ce n’est pas un dérapage, c’est un mode de vie. »
Elle dénonce l’image inversée du père, celle qui aurait dû représenter la sécurité et la tendresse, mais qui, avec Fabrice Poncet, incarne la destruction, la terreur et la menace. « Ce 14 avril, c’est un féminicide. Un de plus. Comme il en survient toutes les dix minutes dans ce pays. » Elle conclut en rendant hommage à Stéphanie Sidolle : « Elle se bat depuis six ans. À vous de ne plus être de simples spectateurs. »
“Un procès pour livrer la vérité, pas pour se protéger” – Me Musso
Me Musso, dans une intervention plus sobre mais tout aussi percutante, a replacé l’enjeu de ce procès dans sa gravité : « Avant d’être la disparue de l’hôpital, Marie-Pascale Sidolle était une femme vivante. Si l’on veut comprendre son funeste destin, il faut imaginer la détresse dans son regard. »
Pour lui, Poncet n’a pas seulement trahi une femme : il a trahi une confiance, une intimité, une famille. Il revient sur les incohérences techniques : les images du balcon que Poncet aurait escaladé, mais sans qu’aucune caméra ne le capte. « S’il avait voulu livrer la vérité, il aurait saisi cette chance, celle de parler ici, aujourd’hui, avec sincérité. Mais il s’est muré dans le flou. »
“Il se nourrit du mensonge comme Popeye se nourrit d’épinards” – Me Tixador
Dans une plaidoirie offensive, Me Tixador dresse le portrait d’un accusé lâche et manipulateur. « Ce procès, c’est le deuil suspendu d’une famille, et l’obstacle à ce deuil, c’est le mensonge. Fabrice Poncet est un menteur, et tous ceux qui ont témoigné ici l’ont dit. »
Pour l’avocat, Poncet a sciemment modifié sa version des faits à de nombreuses reprises, sans jamais livrer un récit cohérent. « Il s’est comporté comme un lâche. Ce qu’il nous offre, c’est un ramassis d’inepties, une fuite en avant. » Il insiste sur le fait que chaque revirement a été motivé non pas par le remords, mais par la stratégie, et que la souffrance des proches en a été décuplée. « Le deuil se construit sur la vérité. Or, lui, il se nourrit du mensonge comme Popeye se nourrit d’épinards. »
En conclusion, les avocats des parties civiles ont demandé aux jurés de rendre justice à une femme qui n’a jamais pu raconter ce qu’elle avait subi. Et à sa famille, qui se bat pour que la vérité soit enfin reconnue.
Réquisitoire de l’avocat général : “Pas la peine d’aller chercher l’intervention des extraterrestres”
À la cour d’assises du Gard, l’avocat général a livré un réquisitoire incisif, presque théâtral, mais d’une redoutable précision. En quelques phrases, il a balayé la stratégie de défense de Fabrice Poncet, qualifié de “seul et unique coupable possible”, face à un dossier qu’il estime limpide.
D’entrée, il plante le décor : « Cela fait deux jours qu’on cherche la vérité. Deux jours qu’on la frôle, qu’on la touche du doigt. Aujourd’hui, c’est la première fois que je n’ai pas de questions à poser. Parce que toutes les réponses, je les ai trouvées dans le dossier. »
Il évoque un Poncet désigné par tous les indices, toutes les incohérences, tous les silences. « On aurait pu plaider le doute, mais encore faut-il que ce doute repose sur des éléments concrets. Ce que l’on a vu ici, c’est tout l’inverse. »
Et le magistrat d’enchaîner : « Ce qui est certain, c’est qu’il a menti. Un innocent n’a aucune raison de mentir. Il a menti sur sa présence à l’hôpital, sur la relation qu’il avait avec Marie-Pascale, sur sa capacité à conduire, sur sa présence dehors au moment de l’enlèvement. Et surtout, il a menti au moment où il savait que c’était fini, qu’il n’avait plus d’emprise. C’est là qu’il a vrillé. »
Puis vient le moment du sarcasme : « On n’a pas besoin d’aller chercher l’intervention des extraterrestres. On connaît les ressorts de ce drame. Et ce ne sont pas les quinze versions différentes du prévenu qui nous feront douter. Dans son récit, il rencontre une prostituée, finit par manger une pizza, laisse son téléphone, perd ses clés, croise trois hommes, boit, se drogue, suit sa femme en scooter, tente de la prévenir mais ne peut pas, et finalement se retrouve témoin passif d’un meurtre organisé. Même un élève de CM1 aurait inventé une histoire plus crédible. »
Il poursuit, implacable : « Fabrice Poncet voulait une belle histoire, celle d’un homme dépassé, manipulé, étranger au drame. Mais elle ne tient pas la route. Sa version a même fini par déteindre sur sa propre défense, tant elle est absurde. Et pendant ce temps-là, les victimes — la fille, la sœur, la nièce — doivent assister à ce cirque, à cette construction, à ce mépris. Elles méritent mieux. »
Puis il assène : « Il s’est lui-même placé sur les lieux du crime. Il s’est mis dans la temporalité du crime. Il est le seul à avoir le mobile, le seul à connaître les habitudes de la victime, le seul à savoir où elle se garait, le seul à ne pas l’avoir vue vivante ce jour-là, tout en affirmant l’avoir vue. Ce n’est pas un crime d’opportunité. Ce n’est pas un hasard. »
Enfin, la voix se fait plus grave : « Marie-Pascale est morte à 54 ans. Il lui a volé 30 ans de vie. Il mérite 30 ans de réclusion criminelle, dont 20 de sûreté. » La sentence tombe, nette, sans effet de manche. L’émotion gagne la salle.
Voici un résumé structuré et fidèle de la plaidoirie de la défense lors de la troisième journée du procès de Fabrice Poncet, accusé dans l’affaire de la disparition et de la mort de Marie-Pascale Sidolle :
Plaidoirie de la défense : “Le seul monstre que je connaisse, c’est l’erreur judiciaire”
En clôture d’un procès intense et douloureux, les avocats de Fabrice Poncet, Me Neveu-Sanchez et Me Tapiero, ont pris la parole pour tenter de sauver leur client d’une condamnation à la hauteur du réquisitoire de l’avocat général : 30 ans de réclusion criminelle assortis de 20 ans de sûreté. Leur plaidoirie, entre émotion retenue, analyse technique et mise en garde contre la précipitation, a mis l’accent sur le doute, les incohérences du dossier, et l’humanité d’un homme présenté tout au long des débats comme un bourreau.
D’emblée, Me Neveu-Sanchez s’est adressée aux jurés :
« Trente ans, c’est une peine pour un monstre. Mais les monstres, ça n’existe pas. »
Refusant tout artifice oratoire, elle les invite à regarder Poncet dans les yeux, à juger non pas selon l’émotion, mais selon le droit.
« Peu m’importe d’être élégante. Ce qui compte, c’est que vous avez entre vos mains le destin d’un homme. Chaque voix compte. »
Sans nier la douleur des proches, qu’elle reconnaît comme réelle, l’avocate dénonce un procès où la parole de l’accusé n’a eu aucun crédit, mais pose une question essentielle :
« Ment-il pour manipuler ou ment-il pour survivre à sa propre détresse ? »
Elle annonce alors une plaidoirie d’acquittement, fondée non sur le récit fluctuant de l’accusé, mais sur les failles du dossier, qu’elle démonte « de façon chirurgicale » :
- Sur la conduite de la Twingo, elle rappelle que Poncet ne sait pas conduire, ne possède pas de permis, et qu’il est décrit comme incapable même de franchir un rond-point.
- Sur la question du balcon qu’il aurait escaladé, elle interroge : « Comment aurait-il pu grimper là où un gendarme mobile a eu du mal à se hisser ? »
- Sur les vidéos de l’hôpital, elle souligne le caractère hermétique de l’accès, placé sous surveillance constante. Rien ne montre Poncet sur les lieux.
- Sur le témoignage de l’aérodrome, elle attaque la solidité de la mémoire d’une témoin qui, deux ans après les faits, dit avoir vu la victime mais se trompe de modèle de voiture (une Clio, puis une Twingo sur suggestion des gendarmes), et identifie Poncet après l’avoir vu durant des mois dans les médias.
- Concernant les lunettes cassées, elle note qu’elles ont été réparées en juin : « Aurait-il vraiment attendu deux mois après un crime pour les réparer, s’il voulait cacher une preuve ? »
- Enfin, aucune trace de lutte n’a été retrouvée sur son corps, ni preuve matérielle accablante.
Elle poursuit :
« Osez regarder ce monstre, ce diable qu’on vous dépeint… Le seul monstre que je connaisse, c’est l’erreur judiciaire. »
Et d’ajouter, en citant Éric Dupond-Moretti :
« La souffrance des parties civiles n’est pas confiscatoire. Lui aussi, Fabrice Poncet, a le droit de souffrir. »
Puis vient Me Tapiero, dans un ton plus personnel et direct :
« On s’est tous laissé prendre dans un feuilleton à géométrie variable. Mais je ne peux pas accepter les moqueries de l’avocat général. Ici, personne ne se soucie de Fabrice Poncet. Pourtant, il y a des choses essentielles dont personne ne parle. »
Il évoque un passé familial violent, un père qu’il qualifie de “salopard fini”, qui battait son fils.
« Sa relation avec Marie-Pascale ? C’était une suite de ‘je te prends, je te laisse, je t’abandonne’. »
Sur la présence de sa maîtresse anglaise deux mois après les faits, il dédramatise :
« Elle venait de perdre sa mère, ils se sont consolés mutuellement. Est-ce cela une preuve de culpabilité ? »
Avant de conclure, Me Tapiero livre une réflexion plus humaine que judiciaire :
« J’ai de la peine pour cette famille, parce qu’elle se déchire. Et j’ai de la peine pour cet homme qu’on a enterré vivant dès le premier jour. »
Les deux avocats n’ont pas demandé la clémence, ils ont demandé l’acquittement.
Face à une salle figée par l’émotion, le jury est désormais confronté à la tâche lourde et solennelle de trancher : justice pour Marie-Pascale Sidolle, certes, mais quelle justice, et à quel prix ?
Fabrice Poncet est finalement reconnu coupable par les jurés d’assise après plus de 3h de délibéré des 12 chefs d’accusation. Il est condamné à 30 ans de de réclusions dont 15 ans de sûreté assorti de 10 ans d’inégibilité et 10 ans d’interdiction de port d’armes.



