A la UneActualitésGrand Avignon

30 ans après le drame de l’autoroute A9 : Roquemaure se souvient

Une cérémonie émouvante s’est tenue ce samedi midi pour commémorer les 30 ans de la tragédie qui a marqué à jamais la commune de Roquemaure et les familles des victimes.

Un drame qui a bouleversé l’été 1995

Dans la nuit du 9 au 10 juillet 1995, à 1h15, l’autoroute A9 à hauteur de Roquemaure dans le Gard devient le théâtre d’un drame qui restera gravé dans les mémoires. Un autocar à deux niveaux en provenance d’Amsterdam et à destination d’Alicante, transportant plus de soixante personnes, entre en collision avec un semi-remorque sortant d’une aire de repos.

L’impact est d’une violence inouïe. Roulant à 109 km/h, le car heurte le poids lourd qui ne circule qu’à 60 km/h. Le chauffeur tente une manœuvre désespérée, donnant un violent coup de volant à gauche, puis à droite, mais l’autocar part en embardée. Déséquilibré, il s’écrase sur son flanc gauche, percute les glissières de sécurité et glisse sur plusieurs dizaines de mètres dans un fracas épouvantable.

Le bilan est lourd : 23 personnes trouvent la mort, 32 autres sont blessées dont 18 grièvement. Parmi les victimes, de nombreux jeunes qui rentraient de vacances, des familles entières décimées en quelques secondes.

Un élan de solidarité exceptionnel

Dès les premières heures, la commune de Roquemaure et les villages environnants se mobilisent dans un élan de solidarité remarquable. Les habitants ouvrent leurs portes aux familles des victimes venues d’Espagne, de Belgique et des Pays-Bas. Les barrières linguistiques s’effacent devant la douleur partagée.

Une chapelle ardente est rapidement installée dans une école proche du lieu de l’accident. Les secouristes de la Croix-Rouge, les pompiers, les médecins et les forces de l’ordre travaillent sans relâche pour organiser l’accueil des familles et l’identification des victimes. Un hôpital de campagne est même installé sur l’autoroute elle-même.

Une cérémonie du souvenir 30 ans après

Ce jeudi 10 juillet 2025, exactement 30 ans après le drame, une cérémonie commémorative s’est déroulée sur l’aire d’autoroute de Roquemaure Nord, où une stèle a été érigée en mémoire des victimes.

Nathalie Nury, maire de Roquemaure, a pris la parole pour rendre hommage “à ceux qui sont partis, mais aussi à ceux qui restent et survivent avec le souvenir de leurs amis”. Elle a également salué la mémoire des habitants de Roquemaure qui ont aidé les secours, ainsi que tous les professionnels présents sur place cette nuit tragique.

Des familles de victimes venues d’Espagne ont témoigné avec émotion. L’une d’elles a déclaré : “Je me souviens de la mobilisation des habitants de Roquemaure et des villages voisins, c’était bouleversant. Certains nous ont ouvert leur maison. La langue n’avait aucune importance. Les frontières se sont effacées et Roquemaure est devenu le temps de quelques heures un lieu de solidarité.”

Un héritage de sensibilisation

Jean-Luc Gobert, qui a perdu un fils et une nièce dans l’accident tandis qu’un deuxième fils a survécu, était présent à la cérémonie. Son épouse, aujourd’hui décédée, avait créé l’association “Citoyenneté routière” pour sensibiliser notamment au port de la ceinture de sécurité, qui n’était alors pas obligatoire dans les bus.

Leur fils Benjamin a entrepris depuis 2017 des voyages pédagogiques, reliant d’abord Valenciennes à Roquemaure, puis Amsterdam à Valenciennes, en hommage aux victimes belges et hollandaises. Le dernier voyage doit relier Roquemaure à Alicante, destination finale du car accidenté.

Les premiers secours témoignent

André, commercial de métier, était l’un des premiers sur les lieux du drame. Revenant d’un mariage avec son fils de 24 ans, il raconte : “J’étais la première voiture sur place. On a arraché le pare-brise pour permettre aux rescapés de sortir. C’était des gamins qui étaient présents dans ce bus, on ne peut pas l’oublier. On a vu des choses que l’on n’aurait jamais dû voir.”

Trente ans après, l’émotion reste intacte. Les vitres du bus transformées en lames par la glissière de sécurité, les corps broyés, les familles anéanties : ces images continuent de hanter tous ceux qui ont vécu ce drame.

Un devoir de mémoire

Cette commémoration rappelle l’importance de la sécurité routière et du devoir de mémoire. Le drame de Roquemaure fait désormais partie de l’histoire de la commune, mais aussi de celle de toutes les familles touchées par cette tragédie.

Trente ans après, les blessures restent vives, mais la solidarité manifestée cette nuit-là continue d’éclairer l’obscurité du drame. Roquemaure n’oubliera jamais cette nuit du 9 au 10 juillet 1995, et continuera de porter la mémoire de ces 22 vies fauchées sur l’autoroute A9.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page