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Un nouveau défi pour le Colonel Dorigny : commander le 1er REG dans un contexte géostratégique en mutation

Depuis le 1er juillet, le Colonel Benoît Dorigny a pris les rênes du 1er Régiment Étranger du Génie (1er REG) de Laudun-l’Ardoise. Saint-Cyrien de 43 ans, il retrouve pour la quatrième fois le régiment.

Un officier qui a été façonné par le 1er REG

Pour le Colonel Dorigny, cette prise de commandement représente bien plus qu’une simple affectation. “le 1erREG est mon régiment de cœur, mon seul corps de troupe”, confie-t-il avec émotion. Arrivé comme jeune lieutenant en 2007, il a gravi tous les échelons au sein de ce régiment d’exception : chef de section à la 3e compagnie, commandant de la 2e compagnie de combat, puis chef du bureau opérations instruction.

Entre ces passages au régiment, sa carrière l’a mené vers des postes stratégiques : encadrement à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, état-major du Commandement des Forces Terrestres à Lille, École de guerre à Paris, puis assistant militaire du directeur de la SIMMT (Structure Intégrée du Maintien en condition des Matériels Terrestres). Cette dernière affectation aux côtés d’un membre d’un comité stratégique de l’armée de Terre lui a fait prendre conscience de l’importance des défis dont le régiment devra faire face dans les années à venir.  

Une expérience opérationnelle forgée au combat

L’expérience opérationnelle du Colonel Dorigny s’est construite principalement avec le 1er  REG. Mayotte, Djibouti, puis l’opération Serval au Mali où il a commandé en 2013 la compagnie génie du groupement désert. Plus récemment, en 2022, c’est à la tête de la Task Force Contre-IED qu’il a participé à la délicate mission de désengagement des forces françaises du Mali.

“Mon parcours m’a également permis de découvrir l’engagement opérationnel en milieu multinational au sein de la MONUSCO”, précise-t-il, évoquant cette mission de six mois qu’il a réalisé en 2018 à Goma, en république démocratique du Congo.

Face aux nouveaux défis géostratégiques

Ce qui distingue cette prise de commandement, c’est le contexte géostratégique, radicalement différent. “je dois préparer mes légionnaires à un contexte d’engagement qui a profondément évolué par rapport à ce qu’ont connu mes prédécesseurs”, souligne le Colonel Dorigny. “Une bascule géostratégique s’est réalisée, nous ne reviendrons pas au système d’avant 2022. Nous devons être prêt à faire face à un ennemi qui aura les moyens de contraindre fortement notre action.”

Cette évolution, confirmée par les allocutions récentes du Chef d’état-major des armées et du Président de la République, se traduit par un investissement accru dans les forces armées. “Malgré les difficultés économiques, il y a une prise de conscience des menaces et un effort consenti par les Français au profit de leur armée. Ils comptent sur nous, nous serons là”. analyse-t-il.

Le génie, une arme polyvalente 

Pour comprendre les enjeux, le Colonel Dorigny rappelle les spécificités de son régiment : “Nous sommes un régiment de génie, par nature particulièrement polyvalent. Les moyens et les savoir-faire de mes légionnaires offrent une grande réversibilité, ce qui permet au régiment d’intervenir sans délai au profit d’une population éprouvée par une catastrophe naturelle par exemple, à un conflit armé avec une menace prégnante, en appui de la 6e brigade légère blindée.”

Trois caractéristiques définissent le génie selon lui : la transformation du terrain, l’intervention avec et sur les munitions, et cette polyvalence qui permet de répondre à tous les spectres de mission. “Hier, nous prenions le temps d’intervenir avec le maximum de sécurité. Demain, il faudra aller plus vite et peut-être prendre plus de risques. Il faut s’y préparer.”

Nouveaux équipements, nouvelles capacités

Le régiment a reçu ses nouveaux équipements, issus du programme Scorpion. “Aujourd’hui, le régiment se déploie sur Griffon, son moyen de combat”, explique le Colonel. “Mais Scorpion, ce n’est pas que l’engin, c’est un système de combat complet avec lequel nous devons nous familiariser ”.  

Le régiment a également reçu quatre embarcations fluviales, ouvrant de nouvelles perspectives tactiques. “Ces capacités de combat fluviales permettent d’utiliser les cours d’eau au même titre qu’une route”, précise-t-il.

Un régiment en permanence engagé

Avec 200 à 300 hommes déployés en permanence, le 1er REG garde un rythme opérationnel soutenu. “Aujourd’hui, j’ai le même volume qu’hier, mais déployé aux quatre coins du monde”, constate le Colonel Dorigny. Guyane, Nouvelle-Calédonie, Liban, Estonie, Grèce… la diversité des théâtres d’engagement reflète la nouvelle donne géostratégique.

Trois enjeux majeurs

Pour les deux années à venir, le Colonel Dorigny identifie trois enjeux prioritaires. D’abord, l’enjeu opérationnel : “Je dois être capable de réaliser mes missions avec mon nouveau matériel issu de la gamme Scorpion.” Ensuite, l’enjeu humain : “J’ai un peu plus de mille légionnaires, et je dois m’assurer qu’ils sont tous qualifiés pour répondre à leurs mission.” Enfin, l’enjeu de la communauté : “Souder le régiment autour des valeurs de la Légion étrangère et de l’identité propre au régiment.”

Préserver l’âme du régiment

“Le régiment est reconnu pour son expérience opérationnel et sa capacité de combat”, résume le Colonel Dorigny. “Il entretient une identité forte, savante alliance entre la rigueur de la Légion étrangère et un bien-être, un bien-vivre, avec nos familles ”. 

Cette philosophie se traduit par un esprit unique : “Au régiment, tout le monde compte. Chaque légionnaire a sa place et est indispensable au bon fonctionnement du régiment.” Le régiment a développé une forte cohésion intercatégorielle qui se ressent jusque dans les familles : “on ne fait pas la différence entre la femme du chef de corps et la femme d’un caporal-chef.”

Vers l’avenir

Face aux défis de demain, le Colonel Dorigny reste confiant : “Je m’inscris dans le sillage de mes prédécesseurs tout en  m’assurant que le régiment soit toujours capable de réaliser ses missions dans le contexte actuel et à venir.” Un contexte qui exige de renforcer certains savoir-faire spécifique du génie : franchissement de cours d’eau, bréchage d’obstacles, minage.

“Mon rôle, c’est de m’assurer qu’aujourd’hui le régiment remplit parfaitement ses missions, et que demain, dans deux ou trois ans, il soit toujours en mesure de répondre aux besoins d’appui génie de sa brigade”, conclut-il.

Le 1er REG aborde ainsi une nouvelle page de son histoire, fidèle à ses traditions mais résolument tourné vers les défis du futur.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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