TER à 1€ en Occitanie : la Chambre régionale des comptes pointe un succès populaire mais un modèle fragile

La Chambre régionale des comptes Occitanie a publié un audit-flash consacré à la politique tarifaire des billets de train à 1€, mise en place par la Région. Menée sur la période 2019-2024, cette évaluation apporte un premier éclairage détaillé sur les effets de ce dispositif emblématique, à la fois salué pour son attractivité et questionné pour sa soutenabilité financière et environnementale.
Une politique tarifaire diversifiée et élargie
Initiée en 2011-2012 dans l’ancienne région Languedoc-Roussillon, l’offre du « TER à 1€ » a été progressivement développée par la Région Occitanie. Elle se décline aujourd’hui en plusieurs formules : billets week-end, billets jeunes, billets contingentés, billets pour cinq lignes dites historiques et billets « pics de pollution ».
En 2023, plus de 2,7 millions de titres ont été vendus à ce tarif, soit 12,9 % du volume total de voyageurs-kilomètres. Certaines offres, comme les week-ends à 1€, ont connu un réel engouement : sur le premier semestre 2024, elles ont généré 47 % de voyages supplémentaires par rapport à des week-ends ordinaires.

Une fréquentation en hausse mais encore limitée
Globalement, le réseau TER d’Occitanie a vu sa fréquentation bondir de 68 % entre 2019 et 2024, la plus forte progression nationale. Pourtant, rapporté à sa population, l’usage du train reste l’un des plus faibles en France. La Région vise désormais les 100 000 voyageurs par jour à l’horizon 2032.

Un coût largement supporté par les contribuables
La Chambre régionale des comptes souligne que le financement du ferroviaire repose très majoritairement sur le budget régional. En 2023, la compétence ferroviaire représentait 466 millions d’euros, soit près d’un quart du budget principal de la Région. Les recettes commerciales ne couvrent que 23,4 % des coûts d’exploitation, un ratio nettement inférieur à la moyenne nationale (32,8 %).
Les offres à 1€ pèsent pour environ 9,1 millions d’euros par an. « Ce sont bien les contribuables qui financent en grande partie ce dispositif », rappelle l’audit.

Des effets limités sur le report modal
Si l’ambition affichée est de favoriser le report de la voiture vers le train, l’impact réel reste difficile à mesurer. Une enquête IPSOS réalisée en 2023 place le prix des billets seulement en septième position parmi les freins à l’usage des transports en commun, derrière la fréquence, les horaires ou la durée des trajets. Or, la qualité de service des TER en Occitanie reste perfectible : fiabilité (86,8 %) et ponctualité (86,5 %) sont en deçà des moyennes nationales.
Un bilan environnemental contrasté
La Région ambitionne de réduire de 40 % les émissions de CO₂ par voyageur-kilomètre. Mais les lignes historiques à 1€, parfois encore à traction thermique et faiblement fréquentées, affichent des niveaux d’émissions proches de ceux de la voiture, limitant l’impact écologique attendu.
Un dispositif populaire mais à réinterroger
L’audit-flash conclut que si le « TER à 1€ » a contribué à accroître la fréquentation et à populariser le train, il ne constitue pas à lui seul un levier suffisant pour transformer les mobilités. La Chambre des comptes appelle implicitement à réfléchir à un équilibre plus durable entre attractivité tarifaire, qualité de service et soutenabilité financière.



