Pont-Saint-Esprit : les parents de Laetitia, assassinée dans son foyer, réclament vérité et justice

« Notre fille était en sécurité là-bas. C’est ce qu’on croyait… »
Dans le salon familial de Bagnols-sur-Cèze, entourés de photos de leur défunte fille, Anne-Marie et Hervé peinent encore à comprendre. Leur fille, Laetitia, 37 ans, a été assassinée dans la nuit du 8 au 9 octobre 2025, au sein même du foyer de vie Lou Ventabrun de Pont-Saint-Esprit où elle résidait depuis plusieurs années. Un établissement censé assurer sa protection, après une vie marquée par la maladie et les fragilités.
« Elle avait eu des difficultés dès l’enfance, elle était suivie depuis toujours », raconte Anne-Marie. « Mais elle avait trouvé une stabilité. Un traitement qui lui convenait, un projet de vie, des amis, une routine. Pour nous, elle était enfin en sécurité. »
Avant d’intégrer ce foyer, qu’elle connaissait par cœur, elle avait rencontré, au sein d’un autre établissement spécialisé à Bagnols sur Cèze, Anthony S., son ex petit ami avec lequel elle a entretenu une relation discontinue pendant quelques mois. Une relation instable, marquée par la dépendance affective du jeune homme. Jusqu’à la rupture. « Elle en avait peur, elle ne voulait plus le voir », confie son père. « Elle m’a dit : papa, fais quelque chose. Il n’arrêtait pas d’appeler. »
Les parents préviennent alors le foyer, mais aussi les parents d’Anthony. Une interdiction formelle d’entrer dans le foyer est mise en place. « Tout était acté », insiste Hervé. « Le CMP, le psychiatre, la direction du foyer, tout le monde savait. »
Pour les parents, aucun doute : le drame aurait pu, aurait dû être empêché.
Le 8 octobre en fin d’après midi, Anthony se rend au foyer aux côtés de sa grand-mère, prétextant assister à un pot de départ. « Il a tout manigancé, il ne connaissait même pas cette personne », dénonce Hervé. Dans une vidéo publiée sur YouTube quelques heures avant l’assassinat, il écrit à Laetitia : « Je t’ai vue aujourd’hui au foyer, débloque-moi s’il te plaît. »
À 23h, il revient seul. Il s’introduit dans le bâtiment sans difficulté, passant par une porte de sécurité (souvent ouverte aux quatre vents, selon les dires des parents de Laetitia). malgré son interdiction. Les portes de service restent en permanence ouvertes, afin que certains résidents puissent aller fumer à l’extérieur. « C’est un moulin. N’importe qui peut entrer », dénoncent les parents.
Puis, derrière la porte de chambre de Laetitia, l’horreur. Acharnement, multiples coups de couteau, scène macabre.
Personne ne voit, personne n’entend.
Il charge ensuite le corps de la jeune femme dans le coffre de la voiture de sa grand mère et l’emporte au domicile de cette dernière, à Cornillon.
À 00h39, Hervé reçoit un SMS :
« Hervé, je suis désolé. Je t’aime. »
Le lendemain matin, les forces de l’ordre frappent à leur porte. « J’ai appris par la presse que le corps de ma fille avait été retrouvé dans un coffre », s’effondre Anne-Marie. « Je n’étais au courant de rien. »
« Elle n’aurait jamais dû mourir » — Les parents dénoncent de graves négligences
Pour les parents, l’établissement porte une responsabilité écrasante.
« Ils ont fait rentrer le loup dans la bergerie », accuse Hervé. « Il est resté la nuit, il a tué, il a sorti le corps, tout ça sans que personne ne voit rien. Il y a deux à trois personnels de nuit. Ils faisaient quoi ? Dormir ? »
Anne-Marie s’inquiète pour ceux qui restent :
« Ce n’est pas seulement pour notre fille. Il y a encore des jeunes en danger là-bas. Les familles pensent qu’elles confient leurs enfants à un lieu sûr. Nous, on l’a fait. Et voilà… »
Le combat judiciaire commence

Le dossier est désormais porté par Maître Jean-Christophe Basson-Larbi (barreau de Paris) et Maître Joshua Kafil (barreau de Lyon), qui ont déposé une plainte criminelle avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d’instruction à Nîmes.
Les avocats refusent la qualification actuelle retenue par la justice : meurtre.
« Ce n’est pas un meurtre, c’est un assassinat. La préméditation est parfaitement établie. Il revient avec une arme, dans un lieu où il est interdit, plusieurs heures après avoir croisé Laetitia », souligne Me Basson-Larbi.
Les chefs d’infractions visés dans la plainte :
–Assassinat
–Complicité d’assassinat (visant X, potentiellement la grand-mère et/ou des membres du foyer)
–Recel et dissimulation de cadavre
–Homicide involontaire (visant le foyer)
« Ce foyer a failli à sa mission première : protéger Laetitia. Sans ces fautes, ces négligences, elle serait encore en vie », précise Me Kafil
Les avocats dénoncent également l’absence d’enquête approfondie sur les responsabilités du foyer.
« Nous ne laisserons pas s’installer une justice à deux vitesses. Ce dossier sera instruit jusqu’au bout », tranche Me Basson-Larbi
Une marche blanche pour ne pas oublier
Ce samedi 1er novembre, une marche blanche est organisée à Bagnols-sur-Cèze, avec pour slogan, « Justice pour Laetitia ».
Le cortège partira de la place Jean-Jaurès pour rejoindre le commissariat situé esplanade André Mourgue.
« C’est pour elle. Pour qu’on nous écoute. Pour que ça n’arrive plus jamais. » conclut Anne-Marie
Au foyer, une amie de Laetitia lui avait confié récemment comme le raconte Hervé, une phrase lourde de symbolique:
« T’as de la chance, toi. Tes parents s’occupent de toi. Nous, on n’a pas cette chance… »
Près d’un mois après la disparition de Laetitia, Cette phrase résonne encore. Et nourrit la détermination d’Anne-Marie et Hervé :
« On se battra pour tous les autres. Plus jamais ça. »




