À Nîmes, Éric Giraudier appelle les entreprises gardoises à « agir » et place la souveraineté au cœur de 2026

Jeudi 29 janvier 2026, la cérémonie des vœux de la CCI du Gard a réuni à Nîmes un large public de décideurs économiques et institutionnels : 1 100 personnes étaient inscrites (élus, représentants des chambres consulaires, présidents de groupements d’entreprises, chefs d’entreprises). Dans une salle comble, Éric Giraudier a donné le ton dès les premiers mots : « Cette cérémonie rassemble et fédère les forces vives du Gard. Et finalement, c’est bien cela le rôle d’une CCI : être le catalyseur du monde économique et du territoire. »
Devant un parterre d’acteurs qu’il a remerciés pour leur présence, le président de la CCI a revendiqué une ligne claire : l’action et le terrain. « Il y a ceux qui parlent et il y a ceux qui agissent. À la CCI du Gard, nous sommes de ceux qui agissent », a-t-il martelé, en insistant sur une conviction : « Les initiatives que nous prenons, que vous prenez chaque jour dans vos entreprises, personne, ni à Paris ni à Toulouse, ne les prendra à notre place. Le développement du Gard, c’est ici qu’il se construit. »
« La création de valeur ne se vote pas, elle se produit »
Dans un contexte qu’il décrit comme incertain, Éric Giraudier a défendu une idée centrale : l’entreprise a besoin de visibilité pour décider, investir, recruter. « Ce dont elle a besoin, c’est un horizon. Sans horizon, on ne décide plus, on temporise. Et quand tout le monde temporise, c’est l’économie qui ralentit. » En cette année électorale, il reconnaît le rôle structurant des décisions publiques — fiscalité, énergie, foncier, infrastructures, normes, formation — mais rappelle « l’autre moitié de la vérité » : « La création de valeur ne se vote pas, elle se produit. Elle se produit dans nos entreprises chaque jour, sur le terrain. »
Un message assumé, prolongé par une défense du modèle social… à une condition : « Il n’y a pas de redistribution durable sans création préalable. Il n’y a pas de service public solide sans tissu économique fort. Il n’y a pas de cohésion sociale sans entreprises qui tiennent et qui grandissent. » Et de conclure, dans un clin d’œil à la salle : « Vous êtes, nous sommes les premiers créateurs de valeur. Rien que pour cela, vous pouvez vous applaudir. »
Quatre réalisations mises en lumière : IA, flux, tourisme, orientation
Pour illustrer l’action consulaire « au profit des 54 000 entreprises gardoises », le président a souhaité mettre en avant quatre réalisations portées par des élus de la chambre, décrivant « un Gard qui attire, qui rayonne, qui innove, qui forme ».
1) Le “Reality Lab” et l’IA concrète pour les TPE/PME.
Associée à la CCI, l’équipe de Riality a présenté un dispositif pensé pour répondre à la demande de solutions immédiatement opérationnelles : « Nos entreprises sont à la recherche de concret : quel outil utiliser, quelles compétences mobiliser, combien ça va me coûter, quelle formation… » Le Reality Lab s’appuie sur un partenariat avec la CCI Aix-Marseille-Provence, qui déploie ce service depuis plusieurs années, afin d’apporter diagnostics, ateliers de direction, formations ciblées et passerelles vers l’écosystème. Un message a été martelé : l’entrée peut être simple, avec la possibilité de « prendre gratuitement un rendez-vous d’une heure avec un expert ».
2) Le Salon de la moto, vitrine et retombées.
Agnès, qui a piloté l’édition 2025, a revendiqué un succès populaire : 13 150 visiteurs sur trois jours, venus de neuf départements, avec 35 marques représentées. Au-delà de l’événementiel, elle a insisté sur la valorisation des métiers : une “battle” entre lycées a mis en avant la mécanique moto, et l’édition 2026 doit élargir l’approche, avec un nouveau challenge autour de la communication (court-métrage/reportage) et des balades pour « découvrir les trésors » du territoire. Les dates sont posées : 25, 26 et 27 septembre 2026.
Dans la foulée, Éric Giraudier a glissé une annonce structurante : l’achat du Parc des expositions de Nîmes, présenté comme un investissement « pour vous », destiné à renforcer la capacité d’accueil et le développement d’activité. Et il a déjà projeté l’avenir : les vœux 2027 se tiendront le 28 janvier 2027, au Parc des expositions.
3) Mirabilia, l’UNESCO comme accélérateur économique.
Christophe Conquis a retracé l’arrivée de Mirabilia dans le Gard, concept porté par un réseau de chambres de commerce pour promouvoir des territoires à sites UNESCO via des rendez-vous d’affaires ciblés. L’édition gardoise s’est traduite par deux jours de workshops, avec 45 tour-opérateurs français et européens, et des éductours (Cévennes, Camargue, secteur Nîmes-Uzès) destinés à “faire vivre” le territoire aux acheteurs. Objectif : générer du business pour des acteurs souvent TPE, et projeter, à terme, une dynamique européenne. Retombées attendues : 1,7 million d’euros annoncés à horizon 2027, le temps que les programmations touristiques se construisent.
4) La Nuit de l’orientation, passerelle entre jeunes et entreprises.
Marjorie Goncalves, élue en charge de la formation, a défendu une conviction : « mêler les deux mots : les jeunes et les entreprises ». L’événement a rassemblé plus de 400 étudiants et plus de 100 métiers représentés, avec la participation de chefs d’entreprise venus “transmettre la passion” de leurs métiers. L’objectif : reconduire et amplifier, en partenariat avec l’Éducation nationale.
Trois récits d’entreprises : industrie mondiale, transmission, start-up santé
La seconde séquence a donné la parole à des entreprises, pour “vérifier le réel” derrière les stratégies. Royal Canin (message vidéo) a rappelé son ancrage : 1 700 collaborateurs en France, dont 1 400 dans le Gard, et 35 millions d’euros investis en 2025, avec plus de 85% de la production exportée. Éric Giraudier en a tiré une idée-force : « On peut partir d’ici, grandir ici et rayonner dans le monde. »
Autre exemple : Océan, illustrant le passage « de la création à la transmission ». Reprise par trois cadres dirigeants, l’entreprise a revendiqué un ADN familial et humain, et a déjà élargi son périmètre avec de nouvelles structures (transport, formation via “Campus Océan”, et une activité liée à l’assainissement et sanitaires autonomes).
Enfin, NX Neuro, start-up santé incubée localement, a exposé une ambition technologique dans l’épilepsie : mini-sondes sans fil, réduction des actes lourds, et une trajectoire internationale. Son dirigeant a défendu un choix d’implantation assumé : « Nîmes », pour l’écosystème entrepreneurial, les infrastructures, le cadre de vie et la capacité à attirer des talents. 2026 doit marquer une étape déterminante avec un premier patient annoncé l’été à la Fondation Rothschild (Paris) et une campagne de financement.
Souveraineté : alimentaire, énergétique, numérique
Dans sa conclusion, Éric Giraudier a élargi la focale au contexte international : tensions géopolitiques, durcissement commercial, fragmentation des chaînes de valeur. Il en tire trois effets pour les entreprises : « flux moins fiables, concurrence plus rude, volatilité des prix ». Face à cela, un mot : souveraineté.
Souveraineté alimentaire, saluant une mission confiée à Bernard Angelras, et adressant un message de soutien à David Sev, hospitalisé. Souveraineté énergétique, avec un plaidoyer pour la relance industrielle et la filière nucléaire, en rappelant le poids de Marcoule et du CEA. Souveraineté numérique, enfin, avec un avertissement : après le “virage du cloud” manqué, il ne faut pas rater celui de l’intelligence artificielle, présentée comme un facteur direct de compétitivité et de productivité.
Budget 2026 et visibilité : « on ne peut pas demander aux entreprises d’être aveugles »
Le président de la CCI du Gard a aussi livré un passage très politique — sans se revendiquer polémique — sur la séquence budgétaire nationale : dette, intérêts, efficience de la dépense publique, et inquiétude sur les signaux envoyés aux entreprises. « Quand la règle du jeu budgétaire se construit dans l’attention, la confiance hésite… l’entreprise se protège, elle diffère un investissement, elle ralentit un projet. »
En miroir, il a revendiqué un rôle consulaire “opérationnel” : accompagnement des entreprises, mise en réseau, accélération, et un exemple immédiat : la bascule vers la facturation électronique (échéance évoquée entre 2026 et 2028), sur laquelle la CCI promet un appui de proximité.
Dates à retenir : Maison des entreprises, grand oral de l’économie
Éric Giraudier a enfin posé deux jalons pour l’année :
- 5 février : “grand oral de l’économie” à la Maison des entreprises, annoncé comme un échange centré « sur l’économie et rien d’autre » avec les candidats à la mairie de Nîmes et à la tête de Nîmes Métropole.
- 9 juin 2026 : inauguration de la Maison des entreprises (MDE), présentée comme un “point d’appui” pour transformer l’intention en action.
Avant de souhaiter ses vœux, il a résumé sa ligne : « On peut demander à l’entreprise d’être agile, mais on ne peut pas lui demander d’être aveugle. » Et a fixé un cap : « Faire du Gard un territoire prospère : qui crée de la valeur, qui la retient, qui la transforme en emploi, en compétences, qui attire des projets et qui donne envie aux jeunes d’y construire leur avenir. »



