Dix ans d’Occitanie : le pari régional de Carole Delga à l’épreuve des faits

Dix ans après la fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées, la Région Occitanie dresse le bilan d’une décennie d’action sous la présidence de Carole Delga. Créée en 2016 dans un contexte de recomposition territoriale nationale, la collectivité revendique aujourd’hui un modèle singulier : forte capacité d’investissement, volontarisme social et ancrage territorial assumé.
À l’heure du budget 2026, fixé à 3,54 milliards d’euros, l’exécutif régional met en avant une ligne constante : protéger le pouvoir d’achat, soutenir l’économie et investir massivement dans les mobilités, la santé et la transition écologique.
D’une fusion administrative à un projet politique
En 2016, la naissance de la nouvelle région n’allait pas de soi. Le défi était double : construire une identité commune tout en respectant les spécificités territoriales. Dix ans plus tard, l’exécutif régional considère avoir transformé une fusion institutionnelle en projet politique.
L’Occitanie s’est positionnée comme un laboratoire de politiques publiques : rentrée scolaire la moins chère de France, généralisation du train à 1 €, gratuité des transports pour les jeunes, réouverture de lignes ferroviaires comme la Rive droite du Rhône, création d’une foncière agricole, structuration d’une filière hydrogène et développement des énergies renouvelables.
La Région revendique également sa gestion des crises : près de 800 millions d’euros mobilisés pour soutenir entreprises et commerçants pendant la crise sanitaire, 22 millions de masques distribués et une implication logistique dans les campagnes de dépistage et de vaccination.
Un budget 2026 offensif malgré les contraintes
Le budget primitif 2026 s’établit à 3,54 milliards d’euros. Malgré une baisse cumulée des dotations de l’État estimée à 500 millions d’euros en quatre ans — dont 144 millions supplémentaires en 2026 — la collectivité maintient un niveau d’investissement élevé : 1,15 milliard d’euros, en hausse de 11 %.
Avec 177 euros investis par habitant (contre 152 euros en moyenne dans les autres régions), l’Occitanie se positionne comme la première région de France en volume d’investissement. En dix ans, plus de 11 milliards d’euros ont été injectés dans l’économie régionale.
Les priorités affichées pour 2026 :
- Maintien des dispositifs de soutien au pouvoir d’achat (transports scolaires gratuits, trains à bas coût).
- Recrutement de médecins via le dispositif « Ma Santé, Ma Région ».
- Soutien à 5 000 agriculteurs.
- Accompagnement de 5 000 entreprises avec un objectif de 50 000 emplois maintenus ou créés.
Économie : un territoire qui résiste à la désindustrialisation
Depuis 2016, plus de 4 milliards d’euros ont été mobilisés pour l’économie régionale, dont 1,7 milliard en aides directes aux entreprises. Près de 100 000 entreprises — à 99 % des TPE-PME — ont bénéficié d’un accompagnement.
Dans le Gard, 325 millions d’euros ont été engagés, dont 128 millions en aides directes pour plus de 9 000 entreprises.
Alors que la France enregistre un solde négatif d’usines, l’Occitanie revendique 22 000 emplois industriels créés entre 2015 et 2023. Des implantations comme l’usine SOPREMA à Saint-Gilles ou le projet industriel MGH Energy à Laudun-L’Ardoise (1 milliard d’euros d’investissement annoncé) illustrent cette dynamique.
Transition écologique : adaptation et résilience
Le changement climatique frappe particulièrement le Gard : +2,5 °C depuis 1960, multiplication des sécheresses et hausse de 20 % de l’intensité des pluies extrêmes.
La Région déploie le plan « Occitanie Résiliente », qui inclut :
- Préservation de la biodiversité (32 % du Gard classé Natura 2000).
- Sécurisation du réseau hydraulique régional.
- Grands travaux de prévention des inondations à Nîmes et sur le barrage de Sainte-Cécile-d’Andorge.
- Développement des énergies renouvelables : 3 700 GWh produits dans le Gard, soit un quart des consommations énergétiques.
Depuis 2016, la consommation énergétique totale du département a baissé de 10 % malgré la croissance démographique.
Agriculture : vers la souveraineté alimentaire
La Région a doublé son budget agricole en dix ans (de 30 à 77 millions d’euros annuels). Plus de 800 millions d’euros ont été engagés à l’échelle régionale.
Dans le Gard :
- 1 362 aides accordées pour 22,7 millions d’euros.
- 10 millions d’euros de cofinancement FEADER.
- Soutien aux filières viandes, viticulture et élevages camarguais.
- Extension des aides agroenvironnementales pour les taureaux de Camargue.
Le futur Pacte régional pour la souveraineté alimentaire doit structurer cette stratégie autour de trois axes : production, rémunération et compétitivité.
Mobilités : le marqueur politique fort
Les mobilités constituent le premier budget régional (1,2 milliard d’euros en 2026). Depuis dix ans :
- 900 millions d’euros investis dans les infrastructures ferroviaires.
- 14 millions de billets à 1 euro vendus.
- +68 % de fréquentation depuis 2019.
- Réouverture de lignes comme Montréjeau–Luchon et la Rive droite du Rhône.
- Mise en service de la gare de Nîmes Pont du Gard.
Dans le Gard, la fréquentation de la ligne Nîmes–Alès a progressé de 43 %. De nouvelles rames à forte capacité seront livrées entre 2026 et 2027.
Santé : pallier les carences nationales
Bien que la santé ne soit pas une compétence obligatoire des Régions, l’Occitanie a lancé le GIP « Ma Santé, Ma Région ».
À l’échelle régionale :
- 26 centres de santé.
- 83 professionnels salariés.
- 400 000 consultations réalisées.
Dans le Gard :
- 5 centres ouverts.
- 58 000 consultations depuis la création.
- 17 professionnels en activité.
La Région soutient également 14 projets de maisons de santé dans le département et finance des postes de chefs de clinique en lien avec le CHU de Nîmes.
Dix ans, un bouclier territorial ?
En dix ans, plus de 1,5 milliard d’euros ont été votés au bénéfice direct des Gardois :
- 913 millions en aides et subventions.
- 591 millions en investissements propres.
- 334 collectivités accompagnées.
- 1 636 associations soutenues.
Pour l’exécutif régional, ce bilan confirme la transformation de l’Occitanie en acteur central du développement territorial : bouclier social, investisseur public majeur et moteur de la transition écologique.
À un an des échéances politiques nationales et à mi-mandat régional, le message est clair : la majorité régionale entend démontrer qu’un échelon intermédiaire peut conjuguer proximité, solidarité et puissance d’investissement.
Reste à savoir si ce modèle, revendiqué comme singulier, saura résister aux tensions budgétaires nationales et aux attentes croissantes des territoires.



