Lirac : l’appellation gardoise assume sa mue et vise la notoriété nationale

À l’aube de ses 80 ans, le cru Lirac entend changer d’échelle. À l’occasion de la présentation de la 4e édition de son Salon des vins, organisée à la Maison Bronzini à Villeneuve-lès-Avignon, les représentants de l’appellation ont affiché une ambition claire : sortir d’une relative confidentialité et affirmer Lirac comme un cru d’avenir, sans complexe face à ses voisins rhodaniens.
« On a à cœur de promouvoir l’appellation à l’échelle nationale. Il faut aller à la rencontre du marché », pose d’emblée Grégory Sergent, co-président de l’appellation et vigneron au Clos du Jas. Gardois revendiqué, attaché à l’identité de la rive droite du Rhône et aux traditions qui ont façonné l’histoire viticole du territoire, il assume un discours de conquête. « Lirac a traversé une phase d’adolescence plus longue. Aujourd’hui, on arrive à une métamorphose adulte, fiers de nos convictions. »
Un cru historique, berceau des Côtes du Rhône
Reconnu AOC dès 1947, Lirac est le premier cru des Côtes du Rhône à produire les trois couleurs – rouge, blanc et rosé – là où Châteauneuf-du-Pape s’est imposé en rouge et blanc, et Tavel en rosé. « Lirac est au milieu des deux. Historiquement, on faisait du Tavel jusqu’en 1945 avant d’engager la demande d’accès au cru. Cette histoire, il ne faut pas l’oublier. Elle a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. »
L’appellation, qui s’étend sur Lirac, Saint-Laurent-des-Arbres, Saint-Geniès-de-Comolas et Roquemaure, revendique un rôle fondateur : « Nous sommes le berceau des Côtes du Rhône. Les vins partaient du port de Roquemaure. On est un peu les gardiens du temps, même si on l’oublie parfois. »
Sur le plan géologique, le terroir se distingue par ses galets roulés, ses sables et ses calcaires. Un sous-sol majoritairement sablonneux, avec moins d’argile qu’en rive gauche, qui confère aux vins des tanins plus souples et une finesse recherchée. « Ce sont des vins faciles à boire, mais capables de garde. Les sols sablonneux donnent des tanins moins agressifs, plus élégants. »
Une identité environnementale forte
Lirac revendique également un environnement exceptionnel : 1 000 hectares de vignes entourés de 2 500 à 7 500 hectares de bois. « L’ombre protège. On observe parfois un degré d’écart avec la rive gauche. Cette capillarité naturelle joue comme un accélérateur face au réchauffement climatique. » Résultat : des vins qui conservent fraîcheur et équilibre.
Plus de 50 % du vignoble est aujourd’hui conduit en bio, avec une progression continue des certifications environnementales (HVE notamment). « La prise de conscience écologique est réelle. On ne cherche pas à faire pisser la vigne. On ne veut pas produire à tout prix. Les stocks baissent mais restent maîtrisés. »
La production annuelle oscille entre 18 000 et 30 000 hectolitres. Les rouges dominent (83 %), suivis des blancs (15 %, en progression) et d’une petite part de rosés (2 %). Le prix moyen se situe autour de 13 € TTC la bouteille. « On est un challenger avec un excellent rapport qualité-prix. 250 € l’hectolitre en vrac, ce n’est pas lourd payé au vu de la qualité. Nous n’avons aucun complexe vis-à-vis des autres. »
Asseoir la crédibilité qualitative
Pour Grégory Sergent, l’enjeu est clair : installer une homogénéité qualitative sur les trois couleurs et le faire savoir. « Ce qui ne ment pas, c’est ce qu’il y a dans le verre. On recherche finesse et élégance. Il n’y a plus qu’à faire goûter. »
L’appellation travaille avec Inter Rhône sur des masterclass nationales et internationales, multiplie les présences sur les salons et festivals, et entend mieux parler aux jeunes générations, qu’elles soient consommatrices ou en formation (sommeliers, cavistes, agents). « Si on leur inculque des repères aujourd’hui, ça restera. »
Dans cette logique d’émulation, deux concours ont été lancés : le Concours des vins de l’orage (2e édition) et le Concours de la Saint-Baume, dont la première édition se tiendra fin avril-début mai à Lirac. Jury composé de professionnels, sommeliers et cavistes. « Créer une dynamique, se remettre en question, progresser ensemble. »
Le Salon des vins, vitrine de la dynamique
Le 21 mars 2026, la Maison Bronzini accueillera la 4e édition du Salon des vins de Lirac – la deuxième sur ce site villeneuvois. Un choix assumé : rester côté gardois tout en bénéficiant du bassin du Grand Avignon et de la notoriété du lieu, à deux pas du marché du samedi.
Trente exposants – domaines et caves – proposeront une dégustation libre (5 € avec verre). Quatre ateliers, limités à 20 personnes chacun (15 à 20 €), rythmeront la journée sous une tente nomade installée dans le jardin : deux ateliers accords mets et vins, un atelier accords fromages et vins, et un Atelier des sens accessible aux familles pour découvrir arômes et équilibres.
En 2025, 340 visiteurs avaient été comptabilisés. L’objectif est d’atteindre 500 participants. « Ce salon est une démarche de promotion, pas de commercialisation. Il s’agit de prouver concrètement tout ce qu’on avance. »
Aux côtés de Grégory Sergent, plusieurs ambassadeurs de l’appellation étaient présents : Laura Mercier Schrepel (promotion du cru), Catherine Nilly (Château d’Aqueria), Mathilde Cobbi (Domaine Croze Granier), Clémentine Mosca (Cave Rocca Maura) et Marie-Cécile Degoul (Domaine Bouchassy).
« Lirac a longtemps été sobre et discret. Aujourd’hui, nous voulons consolider, améliorer, créer une dynamique. Lirac, sans complexe, peut devenir l’appellation de demain. »



