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Pont-Saint-Esprit : le dernier conseil municipal du mandat a eu lieu ce mercredi 18 février

Le rideau est tombé ce mercredi 18 février sur le dernier conseil municipal du mandat 2020-2026 à Pont-Saint-Esprit. Une séance à forte portée symbolique, marquée par un débat d’orientation budgétaire (DOB) dense, des échanges particulièrement vifs entre majorité et opposition, et un climat de fin de mandat où chacun a cherché à poser les jalons du débat électoral à venir.

« Deux majorités différentes »

En ouverture, le maire Valère Segal a rappelé le caractère particulier de ce mandat « qui a connu deux majorités différentes », allusion à la recomposition politique intervenue en 2024. Il a tenu à remercier les élus pour leur implication, tout en soulignant le travail accompli sur la seconde partie du mandat.

Sur cette période, 262 délibérations ont été votées, dont 218 à l’unanimité. Trente-cinq ont donné lieu à des abstentions et neuf à des votes contre. « Un conseil nécessaire pour permettre à la commune et aux associations de fonctionner », a-t-il insisté.

Conformément à la réglementation, le débat d’orientation budgétaire devait se tenir au moins dix semaines avant le vote du budget primitif, lequel interviendra avant le 30 avril, mais sera adopté par la prochaine majorité issue des élections municipales. « J’espère qu’il aura la sérénité nécessaire », a conclu le maire.

Un DOB contraint par le calendrier

L’adjointe aux finances, Karine Bommenel, a longuement détaillé le rapport d’orientation budgétaire, rappelant d’emblée qu’il s’agissait d’une obligation légale et non d’un choix politique. Le DOB est un débat sans vote, destiné à présenter la situation financière et les grands équilibres à venir.

Le contexte national reste marqué par une croissance faible (environ +0,6 % en 2025) et une inflation en ralentissement autour de 2,2 % en zone euro. Les collectivités, a-t-elle souligné, font face à une hausse durable des charges, notamment salariales et énergétiques, plus rapide que l’évolution des recettes.

Pour 2026, la commune bénéficiera d’une hausse de 3 % de la dotation de solidarité urbaine (DSU). Les bases fiscales seront revalorisées de 0.6 %, mais les projections reposent sur une stabilité des taux communaux jusqu’en 2030.

Épargne, dette et effet ciseau

La trajectoire financière présentée s’étend de 2022 à 2030. L’épargne nette, indicateur clé de la capacité d’autofinancement, reste positive mais connaît des variations liées à des recettes exceptionnelles, notamment la cession de l’Hôtel-Dieu.

En 2023, une recette exceptionnelle de 2,6 millions d’euros a dopé les comptes, avec un reliquat de 840 000 euros attendu en 2026. L’épargne nette est ainsi passée de 352 000 euros en 2023 à 1,663 million en 2024.

Mais la vigilance reste de mise. Les dépenses de fonctionnement progressent plus vite que les recettes, créant un « effet ciseau ». Les charges de personnel représentent environ 66 à 67 % des dépenses de fonctionnement, avec un objectif affiché de 65,5 % à l’horizon 2030.

La masse salariale devrait passer de 8,3 millions d’euros en 2022 à 9,7 millions en 2030, sous l’effet des revalorisations statutaires, de la hausse des cotisations (CNRACL) et du renforcement de certains services, notamment en matière de propreté et de sécurité.

Un programme d’investissement ambitieux

C’est sur l’investissement que les projections suscitent le plus de débats. Après des dépenses annuelles oscillant autour de 1 à 2 millions d’euros ces dernières années, la commune prévoit un saut significatif : 5 millions d’euros en 2026, puis entre 5 et 6,6 millions par an jusqu’en 2030.

Parmi les principaux projets :

  • La requalification du quartier de l’Hôtel-Dieu, pour un montant global estimé à 6,793 millions d’euros sur la période.
  • Les bassins de rétention pour lutter contre les inondations, estimés à 9,5 millions d’euros (8 à 10 millions), dont 6,6 millions intégrés jusqu’en 2030.
  • La restauration du prieuré Saint-Pierre (798 000 euros).
  • La rénovation et végétalisation des cours d’école, projet OASIS (300 000 euros par an).
  • Un effort renforcé sur la voirie (jusqu’à 715 000 euros en 2026).

Ces investissements nécessiteraient un recours accru à l’emprunt à partir de 2027 (3,1 millions en 2027, 4,15 millions en 2028). La capacité de désendettement passerait alors de 3,9 années actuellement à plus de 10 ans en 2030.

Des échanges particulièrement tendus

L’opposition, par la voix de Claire Lapeyronie (groupe « Pont d’abord »), a dénoncé une « dérive » des charges de fonctionnement, en hausse de 1,5 million d’euros en deux ans, et une trajectoire d’endettement préoccupante pour la future majorité.

Sur les bassins de rétention, elle a pointé l’évolution des montants (10 millions évoqués l’an dernier, 6,6 millions cette année), s’interrogeant sur la pertinence des estimations alors que l’étude, budgétée à 180 000 euros, n’est pas finalisée.

La majorité a rétorqué que les estimations de 9,5 millions figuraient déjà dans les documents transmis par l’ancienne équipe, accusant celle-ci d’avoir « mis sous le tapis » certains coûts pour rendre le budget 2023 insincère. Les échanges se sont durcis, jusqu’à des invectives et des accusations de mensonge.

François Carli, adjoint au maire, a assumé le choix d’engager les études avant les travaux et défendu une gestion « responsable et transparente ». Karine Bommenel a insisté : ne pas projeter les montants serait « insincère ».

Aurélie Delwarte a, de son côté, évoqué une « trajectoire d’endettement » contraignante pour la future équipe municipale et un manque d’ambition sur les vingt derniers mois.

Un mandat défendu jusqu’au bout

En conclusion, Valère Segal a affirmé que son équipe avait « assumé ses compétences et ce que la population attendait », citant les travaux sur les écoles, l’accessibilité des bâtiments publics et le rattrapage en matière de voirie.

Ce dernier conseil municipal aura donc offert un condensé des lignes de fracture locales : sécurité face aux risques d’inondation, stratégie d’investissement, maîtrise des charges et héritage financier. À quelques semaines des élections, le débat budgétaire s’est mué en pré-campagne, laissant à la prochaine majorité la lourde tâche de traduire ces orientations en budget primitif.

Au moment de la clôture, l’émotion a aussi affleuré dans l’hémicycle, avec des adieux qui disent beaucoup de la fin de cycle politique. Claire Lapeyronie a rappelé qu’il s’agissait, pour elle comme pour Françoise Savelli, de leur dernier conseil municipal après quinze ans d’engagement : « une grande fierté de servir les Spiripontains », a-t-elle glissé, en souhaitant « bonne campagne » à l’ensemble des candidats et en appelant de ses vœux une campagne où « les idées et les projets l’emporteront sur les attaques personnelles ». L’élue a précisé qu’elle poursuivrait son action comme conseillère régionale jusqu’en 2028, tout en regrettant de n’avoir « jamais été sollicitée par l’équipe sortante ». Dans la foulée, Françoise Savelli a tenté, elle aussi, de dire « au revoir » au conseil, dans une séquence tendue où le maire Valère Segal a posé une condition de forme — « on veut bien vous autoriser un mot, mais il ne faut pas que ça dérape » — avant d’interrompre l’intervention, provoquant une passe d’armes sur le respect dû à la parole d’élue. Valère Segal a enfin tenu à saluer Claude Conan, dont c’était également le dernier conseil : premier adjoint, passé successivement aux côtés de Gérôme Bouvier puis de Valère Segal depuis 2024, « il a servi la commune », a souligné le maire, disant « regretter qu’il ne reparte pas » avec l’équipe en place.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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