À Bagnols-sur-Cèze, le compte financier unique 2025 ravive le débat sur les choix budgétaires

Le compte financier unique 2025 de la Ville de Bagnols-sur-Cèze a été présenté, mercredi 25 juin, lors du conseil municipal, par Denis Daude, adjoint aux finances. Ce document, qui remplace désormais le compte administratif, dresse le bilan budgétaire de l’exercice écoulé et a donné lieu à un débat nourri entre la majorité municipale conduite par Pascale Bordes et les élus d’opposition, notamment Christine Muccio et Jérôme Jackel.
Pour 2025, le compte financier unique du budget principal fait apparaître, toutes sections confondues, 49,03 M€ de recettes et 46,58 M€ de dépenses. La section de fonctionnement affiche un résultat excédentaire de 1,66 M€ sur l’exercice, porté à 3,82 M€ après reprise du résultat 2024. La section d’investissement présente, elle, un excédent annuel de 782 185 €, mais reste marquée par un déficit cumulé de 5,91 M€ après reprise du résultat antérieur.
Dans le détail, les recettes de fonctionnement atteignent 29,73 M€, dont 14,91 M€ issus de la fiscalité locale, 7,89 M€ de dotations et participations, ainsi que 3,67 M€ d’impôts et taxes. Côté dépenses, le fonctionnement représente 28,07 M€. Les charges de personnel constituent le premier poste, avec 15,03 M€, soit 57,25 % des dépenses réelles de fonctionnement. Les charges à caractère général s’élèvent à 6,93 M€, tandis que les autres charges de gestion courante atteignent 3,41 M€, comprenant notamment 739 670 € de subventions versées aux associations et une subvention au CCAS de 540 000 €.
C’est précisément sur ce point que Christine Muccio a interpellé la majorité. « Les chiffres ne mentent pas », a-t-elle lancé, estimant que la Ville affectait 1,9 M€ d’excédent tout en diminuant certaines subventions. Pour l’élue d’opposition, ces choix relèvent « uniquement de choix politiques » et non d’une contrainte budgétaire incontournable.
Pascale Bordes lui a répondu sur le même terrain : « Les chiffres ne mentent pas et sont factuels. » La maire a toutefois défendu une lecture plus préoccupante de la situation financière, en reliant le débat budgétaire à l’état des équipements publics, notamment les écoles. Dans un contexte de fortes chaleurs ayant conduit à des fermetures partielles d’établissements scolaires, elle a critiqué l’absence d’investissements suffisants dans le passé. « Si la santé financière était à ce point florissante, pourquoi n’avez-vous pas mis de climatiseurs dans les écoles ? Vous aviez d’autres priorités que les enfants », a-t-elle lancé. Pour la maire, « vu l’état des finances de la Ville, ce sera très difficile d’avoir une école digne de ce nom ».
Christine Muccio a contesté cette présentation, rappelant que « chaque année, entre 600 000 et 800 000 € » auraient été investis dans les écoles sous le mandat précédent. Elle a également défendu une approche fondée sur la rénovation globale : « Avant de climatiser, il faut isoler. » Pascale Bordes a répliqué en jugeant que ces travaux auraient dû s’inscrire plus tôt dans « un plan pluriannuel de rénovation » et de désimperméabilisation. « Le résultat n’est pas flagrant », a-t-elle ajouté, tandis que Christine Muccio évoquait les réalisations déjà engagées, comme les sanitaires ou les ascenseurs.
La dette a également occupé une place centrale dans les échanges. Au 31 décembre 2025, l’encours de dette s’établit à 26,23 M€. L’épargne brute, hors cessions, atteint 3,215 M€, soit un taux d’épargne brute de 10,90 %. Le ratio de solvabilité, c’est-à-dire le rapport entre l’encours de dette et l’épargne brute, est de 8,16 années. Le taux d’endettement atteint 88,96 %, soit 1 422 € par habitant.
Jérôme Jackel a appelé à ne pas dramatiser la situation. « Oui, la dette est élevée, mais la Ville n’est pas en faillite », a-t-il affirmé, rappelant que les seuils de vigilance sont généralement situés autour de 10 ans, et les situations critiques autour de 13 ans. Selon lui, il faut de la rigueur, mais pas « une austérité sociale » qui pèserait principalement sur les associations et les familles. Il a aussi rappelé qu’en 2008, la dette par habitant s’élevait à 1 792 €, contre 1 422 € aujourd’hui.
Le débat s’est ensuite déplacé sur les responsabilités politiques passées. Jérôme Jackel a notamment évoqué le projet de passerelle, voté à l’unanimité à l’époque, y compris par des élus aujourd’hui dans la majorité. Pascale Bordes a répondu en défendant son absence régulière aux conseils municipaux lors du précédent mandat, lorsqu’elle était députée. « Mieux vaut faire le choix de la politique de la chaise vide que servir de caution morale », a-t-elle déclaré, rappelant qu’elle siégeait alors à l’Assemblée nationale, notamment en commission des lois.
Dans un communiqué publié à l’issue du conseil municipal, le groupe d’opposition « Bagnols, c’est vous », composé de Christine Muccio, Christian Baume, Michelle Fond-Thurial et Maxime Couston, a également souhaité « rétablir les faits » sur la situation budgétaire de la commune. Selon eux, l’ancienne majorité laisse un excédent de 1,9 M€, ce qui contredirait les discours jugés alarmistes de la nouvelle équipe municipale. Le groupe estime que la suppression de subventions aux associations ne peut pas être justifiée par une situation financière dégradée, mais relève d’un choix politique assumé. Il défend par ailleurs les investissements réalisés ces dernières années, qualifiés de « réfléchis, responsables et indispensables » pour préparer l’avenir de Bagnols-sur-Cèze, tout en critiquant une communication municipale qu’il juge marquée par « l’outrance » et la « caricature ».
Au terme des échanges, le compte financier unique 2025 a été approuvé. Trois élus du groupe de Jérôme Jackel ont voté contre, tandis que Christine Muccio et Gaëtan Callejon se sont abstenus.



